Archives de la catégorie ‘Prose à Marc

Le trésor de ma maman   134 comments

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Ma mère possédait un trésor…

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un trésor qui se transmettait de filles en filles..  d’épouse en épouse.. de mère en mère..

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Une  machine à coudre Singer..

Si j’en juge par les caractéristiques et les photos trouvées sur Internet elle devait dater des années 1910.. Ce qui pourrait coller avec mon arrière grand mère qui  servait chez les bourgeois, comme on disait, et qui faisait des travaux de couture.. En tout cas c’était le trésor.. son trésor. Elle en brossait régulièrement les pieds tourmentés en fonte noire.. astiquait le coffre  en bois qui protégeait l’instrument  et se lamentait d’avoir perdu la poignée du tiroir.

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A cette époque, la seule soie dans laquelle on pouvait se  soulager était celle des patrons du « Petit Echo de la Mode ».. et encore.. Mon grand père qui devait souffrir d’une délicatesse qui  n’était  sans doute pas sans fondement, exigeait qu’on lui apportât ces précieux morceaux de soie car son royal derche ne supportait pas le papier journal..  donc  je n’ai jamais pu expérimenter ce plaisir indicible de la réussite. (je ne connaissais pas la Rolex et la limite d’âge associée).

Ce petit journal fournissait à ma mère  l’occasion de montrer  son talent :  « Premier prix d’éducation ménagère du canton me lâchait elle  à chaque fois  en riant.. ».  Et donc elle faisait ses créations à partir des patrons  de soie que ce journal proposait à chaque parution. De toute façon, avant son crépuscule, je n’ai jamais vu ma mère assise à ne rien faire..   jamais.. la pauvre.. au mieux elle tricotait.

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Sur la grande table en  bois recouverte d’une toile cirée de la cuisine.. on sortait  « la boite à couture »  avec les  aiguilles,  la craie plate,  et cette énorme paire de ciseaux  que je pouvais juste effleurer des yeux  et qui faisait chanter la table et le tissu quand ma  mère.. appliquée, sérieuse..  sa mèche sur le front  suivait le tracé crayeux.. « crout crout »  .. ça résonnait sur la table.. « crout crout »..

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Ensuite venait le bâti.. c’est presque la pièce.. mais pas encore.. c’est cousu à gros points.. lâches.. fragiles.. Mais ça permet de se rendre compte..

Quand la pièce  était jugée digne de passer à la phase suivante, on sortait la machine.. ma mère cherchait  dans la boite le fil qui correspondait au tissu..  elle me  levait un regard  interrogateur en posant le bobineau sur le tissu.. voir ? j’acquiesçais..

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Navette

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Ensuite j’avais droit à préparer la navette.. mettre le  petit support  entre les deux pointes..  passer le fil de la bobine  dans l’œilleton et ensuite pédaler, un pied en haut à  gauche  sur le plateau.. l’autre en bas.. Et  pédaler, pédaler.. le petit bras circule dans un sens et dans l’autre guidant le fil de façon régulière.. pas trop le  remplir.. mais suffisamment.. puis  placer ce  petit cylindre dans la navette.. un truc bizarre qui me faisait penser à un suppositoire en métal.. pourvu de fentes ..

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Y passer le fil.. mettre le tout dans le réceptacle sous l’aiguille.. Placer la bobine  sur son  support.. faire cheminer le fil dans les différents  trous.. bras.. puis.. après l’avoir humecté du bout des lèvres, le passer dans le chas de l’aiguille.. Pas facile.. petit le trou.. gros le fil.. Tirer un peu.. en haut..  en bas sur celui de la navette..

Tout cela réalisé..ma mère s’installait tel un pilote d’avion.. vérifier le tissu.. poser à plat sur les petits crans d’avancement..  abaisser le pied de biche..  caler les pieds sur le plateau…  on pose  doucement la main sur le volant au bout de la machine..

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Un petit coup d’élan..   la courroie en cuir se tend…et « rrrraaaaa  tacttttt »  c’est parti..  il faut  surveiller.. guider.. le tissu avance.. vite.. la bobine danse sur son axe…  « rrraaaa »  on avance..  on pourrait en faire des mètres..  il faut  que ce soit régulier.. bien suivre le bâti..  les morceaux cousus.. on tire un peu.. « rrrrrrrrrrrrr » et on coupe les deux fils.. « Ahhh non.. avec des petits ciseaux.. pas les gros… »

Elle nous en a fait des choses avec sa machine notre Maman..

Quand mon père nous a quitté à son tour, et que j’ai dû  faire   les démarches.. pour calculer les taxes et autres prélèvements, le notaire nous a évalué un forfait mobilier  énorme..   je ne me souviens plus mais mes pauvres parents n’ont jamais eu en mobilier la somme indiquée.. loin de là.

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Le buffet Henri II de ma grand mère ou une chambre à coucher de chez Levitan  (des meubles garantis pour longtemps)  bref, à son grand désarroi au notaire, j’ai demandé un expert pour estimation.. faut payer bien sûr.. mais au moins..

Ayant dédaigné le buffet Henri II ..  qui ne vaut rien… je pensais l’entendre s’exclamer devant la machine à coudre.. « 5 ou 10  euros » l’a-t-il estimée..  eh oui.. le trésor de ma mère.. ne valait rien.. hormis  l’affectif.. ce qu’il représentait .. le vecu.. rien, nada.. que dalle.. roupies de sansonnet.

Ma sœur qui vit de l’autre coté de l’Atlantique m’a demandé de  lui expédier la machine.. là, par contre.. c’est pas donné..

J’ai démonté avec soin la machine.. j’ai tout bien mis dans un  carton spécial (les US ne veulent pas de caisses en bois.. ils nous ont filé le feu bactérien dans un sens.. alors pas de réciprocité ) .. Et j’ai expédié.   Le trésor de notre Maman est donc là-bas.. en Caroline du sud..

Avec elle, les souvenirs, les images, Mo m’a demandé de  faire un petit texte, alors je pioche dans mes souvenirs.

C’est étrange, mais plus on vieillit plus les souvenirs anciens  reviennent à la surface, des  choses simples.. vécues par beaucoup.. rien d’extraordinaire. Les objets s’y mettent..  ils veulent leur part .. Si cette machine pouvait parler.. depuis qu’elle a quitté l’usine.. elle a dû en entendre des choses.. en subir.. Des belles et des moins belles..

Moi, c’est ma Maman, penchée sur la  machine.. la petite mèche s’échappant de la  petite pointe de cheveux qui descendait sur son front ..   se relevant  toute fière de  sa  couture  qu’elle tendait à bout de  bras.. pour savourer..

Allez bon..  reviens  mon  gars..   pas mollir.. va regarder le rugby..

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Marc

PS : contrairement à ce que pensent les Américains, ce n’est pas Singer qui a inventé la machine à coudre, mais un Français nommé Thimonnier en 1830

 

Publié 19 janvier 2021 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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La Savoie   102 comments

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J’ai été Savoyard..

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eh oui..  gamin né à Paname, envoyé en altitude pour se refaire les bronchioles abimées par l’insalubrité du logement de la rue des Gravilliers….

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Mionmaz                                                                                            Seyssel

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Je me suis retrouvé dans un  petit bled.. lieu dit.. Mionnaz ..  du coté de Seyssel  avec mes parents .. nous avons dû y  passer plusieurs mois..

j’ai encore en tête les noms que j’entendais alors :  Seyssel, Rumilly, Gorges du Fier…

Ma mémoire est  défaillante mais des images me reviennent, notre bâtiment était plus en arrière de la route.. avec d’autres bâtisses,

le tout  formait presque une place  avec l’abreuvoir..

et dans un coin, un arbre qui m’est apparu immense et qui donnait des petits fruits noirs.. violet foncé.. qui tachaient sol, mains, vêtements..

mais avec un parfum..un parfum.. jamais  je n’ai  retrouvé cette odeur..  jamais.. que ne donnerais-je..

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Un murier  noir avait dit mon père..

C’est vrai que  j’ai encore des souvenirs  olfactifs..  cet arbre et la pureté de l’air que nous respirions,

j’avais l’impression qu’il me gonflait la poitrine.. me donnant un sentiment d’invincibilité..

Je retrouve un peu cette sensation en Bretagne quand je sors le matin..  un air qui gonfle les poumons.. que l’on sent aller jusqu’au plus profond de soi..

Rien à voir avec ce que je ressens en banlieue quand j’ouvre les volets à la fraiche.. faut être franc.. ça daube.. pardon, c’est méphitique.

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Toujours est-il que nous étions hébergés dans une grange aux murs couverts d’ampélopsis, refaite en appartement…

Il y avait du bois partout.. du sapin fraichement raboté qui embaumait..

Mais le soir, sortant de leurs abris, des araignées grandes comme des soucoupes…

Les  propriétaires vivaient à côté.. dans un  vieux chalet.. l’étable à côté de la cuisine..

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L’ancien se baladait avec une corneille apprivoisée sur l’épaule.. qui, outre des coups de bec affectueux, 

lui lâchait de bien belles médailles sur sa veste en gros velours côtelé.

Passée la période d’acclimatation avec le fils du maréchal ferrant.. après les rituels « parisiens tête de chien » ou « parigot tête de veau »

auxquels je répondais par un  « savoyard tête de lard »..

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nous devînmes bien potes passant des heures à jouer dans l’abreuvoir où, à l’aide de demis rondins accrochés par des clous cavaliers,

on  jouait aux navires, voiliers et autres aspects maritimes bien étrangers à ces montagnes .

Ou bien nous allions ravitailler les gens qui travaillaient aux champs.. mon interrogation la première fois où on m’a dit.. ramène moi une chopine..

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Certes je souffrais le  martyre quand son père approchait le fer juste sorti de la fournaise du sabot du cheval..

la fumée.. l’ odeur de corne  brulée.. le cheval qui tressaillait à  peine de la  jambe..

et bientôt..  les clous.. à grands coups de marteau..  les pointes tordues ensuite sur le côté.

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Les bœufs me faisaient plus peur..  d’abord c’étaient des bêtes à cornes..  avec leur voilette sur les yeux..

et puis on les engageait dans une sorte de cage en fer.. les fers étaient plus petits.. mais le rituel le même.

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Souvent mon camarade et moi avions pour mission de garder les vaches et les chèvres. 

Il y avait une dizaine de vaches et peut être cinq ou six chèvres..

On ne pourrait soupçonner mais certaines de ces  bêtes se haïssaient

et je me revois tapant sur le dos d’une vache  qui essayait de coincer une chèvre entre elle et le talus..

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Ce qui me fascinait c’était de voir les vaches lâcher leur bouse en marchant..

et là  je vais confesser quelque chose qui fait rire Mo  (qui m’a poussé à écrire cette confession)  mais que je n’ai avoué qu’à peu de personnes..

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Un  beau jour avec mon  compagnon de bêtises.. nous avons décidé de tenter l’expérience  du siècle..  faire comme les vaches..

déféquer en marchant.. une expérience qui pouvait faire progresser  nos connaissances…

Nous avons donc enlevé culotte courte et slip.. et courbés vers l’avant.. côte à côte comme nous voyons les bœufs..

mais sans le petit filet sur la tête, faut pas exagérer..

Empreints d’une grande émotion devant une grandissime potentielle découverte..  

nous avons poussé notre expérience..  en  poussant sur  les intestins..!!

Rapidement..   il fallu se rendre à l’évidence..  c’était un fiasco.. une Bérézina.. la bombe  tombait sur les jambes..

et pas  ronde et fumante dans l’herbe.. Il fallait en convenir c’était loupé et dégoûtant..

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Les  jambes maculées et la honte au front nous dûmes aller jusqu’à un coin d’où sourçait un petit ruisseau d’eau glacée..

au milieu des cailloux comme chante le barde.. coin nommé  « là bas d’sous » 

et qui nous était interdit car infesté de vipères.. honte.. crainte..  mais pas cul propre..

Nous avons été laver notre fondement dans cette eau glacée..  les chaussettes.. les sandales… etc

Assis dans l’herbe avec notre grosse tartine de pain épais savoureux recouvert de confiture de mures..  

notre quatre heures comme on disait,

ayant bu notre  honte..  nous avons signé un pacte d’omerta.. 

conclu que non, il n’y avait rien de commun entre les vaches et nous..

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que nous ne pouvions nous libérer de la cahute aux araignées et au papier journal accroché sur le clou..

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C’était il y a longtemps..  dans une prairie pentue de Haute  Savoie..

avec au loin la dent d’Oche (et pas d’Hoche  comme je le pensais) et le mont Blanc..

Plus tard quand  nous parcourions le Queyras le sac sur le dos..

je n’avais plus confiance dans les bêtes à cornes.. avec Mo on  faisait un crochet.. mais je n’ai pu m’empêcher d’y penser..

ben oui.. y’a pas d’arbres avec des feuilles..  pas de ruisseau avec des cailloux..

les mélèzes ou les pins cembro.. ça pique..  z’ont pas le choix les vaches…

C’est pour ça que le grand Manitou, dans sa grande sagesse, leur a donné cette possibilité.. caguer en marchant..

mais nous, nous étions condamnés.. non seulement à gagner le pain à la sueur de  notre front..

mais  à trouver un petit coin.. discret..  et à inventer l’imprimerie pour avoir du papier journal..

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Ceci étant..  je n’ose  imaginer les rues des villes.. si d’aventure..

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Marc

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Publié 20 décembre 2020 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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La marchande de beurre ou un amour inavoué.   88 comments

A cette époque, dans notre petite  ville.. 8604  habitants,

comme je l’avais inscrit sur mon grand cahier d’instruction civique,

le marché se tenait deux  fois par semaine dans une  grande rue qui descendait vers la gare.

Je pourrais presque encore replacer les commerçants..

 

Les   étalages se terminaient tout en bas, par un camelot qui   vociférait ses annonces :

« pas cent  francs.. pas cinquante francs.. pas vingt francs..

eh oui, petite Madame pour vous je rajoute la cafetière, le jeu de tasses.. et s’il y a un défaut.. hop ! »

Il fracassait son assiette au sol.. un débit, un bagout..  le camelot dans toute sa splendeur..

 

Souvent  j’accompagnais ma mère au marché pour l’aider  à pousser sa carriole.. que dis, je sa caisse à roulettes.

Par souci d’économies, mon père avait fabriqué avec des planches une caisse en bois,  mis un  double couvercle rabattant  sur les côtés,

quatre roues  et un arceau pour pousser qu’il avait dû récupérer sur un vieux landau..

Un coup de peinture grise.. et hop pas besoin d’investir dans une carriole en osier.

L’ensemble  pesant déjà au moins une tonne à vide.. les roues fixes n’en arrangeaient pas non plus la maniabilité.. mais c’était comme ça..

Moi,  je me demandais comment les dames avec leur panier tressé sur le bras

et leur beau porte-monnaie long et plat avec le fermoir doré faisaient pour faire les courses.

Nous, notre carriole était pleine et pesait comme un âne mort..  hélas, la rue que nous avions descendu à vide, fallait la remonter.

Et là.. fallait  pousser… souvent ma mère ponctuait nos efforts en riant et en lâchant.. martelant chaque mot,

« dans un chemin montant .. sablonneux.. mal aisé, six forts chevaux  etc etc.. ».

 

Moi gamin j’aimais bien aller au marché..  en plus il y avait mon amour secret..   une vendeuse  beurre œufs fromages..

Ah seigneur qu’elle était belle..  elle  me séduisait..  tout dans ses gestes me faisait succomber..

ses  cheveux  clairs et bouclés.. ses gestes précis pour mettre sur la balance.. sa façon de regarder l’aiguille sur ce fouillis de chiffres..  quelle femme..  

Elle Lâchait d’une voix qui me charmait : « trois cinquante.. ce sera tout ? ».

Mais ce qui me fit tomber amoureux furent ses dents.. elle avait un sourire éclatant  blanc.. avec deux incisives peut-être un peu grandes..

 

 

Mais va savoir..   quel inconscient me gouverne.. 

j’ai toujours eu le regard attiré par le sourire féminin et les dents éclatantes.. et surtout des incisives un peu grandes..

A cette époque, si les gamins avaient toutes les  dents c’était parfait..  

si il  fallait couronner..  ben c’était « full métal jaquette »  ou en or si c’était devant et encore, fallait des  sous.

Mais pour le reste.. si ça poussait de travers,  ma foi..

J’ai eu combien de copains avec les dents plus ou moins irrégulières..  voire carrément en vadrouille.. c’était comme ça.

Sans doute que la  dentisterie n’avait pas le modernisme actuel,

ou alors  il fallait  aller chez les gens qui avaient  des  moyens que nous  n’avions pas.. ni mes parents  ni ceux de mes  potes..

 

 

Je me souviens,  en terminale.. j’ai eu un bon copain..   qui, ayant eu  sans doute à souffrir étant petit,

était arrivé en nous disant..   « on m’a surnommé bouche d’égout »  

en nous souriant largement pour nous montrer qu’effectivement y’avait des espaces..

chaque dent avait vécu sa vie sans se soucier des autres..

Nous étions déjà bien grands en terminale et, en fait, on ne l’a jamais appelé comme ça..

ce n’était plus le temps des moqueries..   en fait ça nous avait pas fait rire..

Bref,  moi du haut de mes 7 ou 8 ans.. j’en pinçais pour la marchande de beurre.. et son sourire..

Il arrivait parfois que ma mère oublie quelque chose au marché..

Pas grave.. avec mon petit vélo à pignon fixe, je  velocipedais  jusqu’au marchand de patates.. 3 centimes le kilo  me semble-t-il ,

mais bien sûr, sans rien dire, je ralentissais devant l’étal du BOF..  afin de  voir  la dame de mes pensées..

 

Elle était là, avec son tablier blanc, avec le gros nœud derrière  et ses manchettes  blanches..

des petites boucles  s’échappant sur son front..   et son sourire…  ah misère..

Que de regrets de ne pas être plus grand.. de ne pas pouvoir  lui avouer combien  j’étais prêt à  conquérir le monde… à braver  Fafnir ..

J’ai  soixante quinze berges.. la pauvrette doit se taper ses cent printemps… qu’est devenu son sourire..

Je crois que c’est ce qui reste au fil du temps.. le sourire..

Si j’en juge par certains acteurs  ou actrices.. le temps fait plus ou moins  ses misères.. mais le sourire reste..

Allez, si tu me lis..  le gamin un peu blond..avec un petit vélo bleu…

 

 

qui te dévorait du regard.. sans que tu saches  pourquoi.. (« qu’est ce qu’il a à me fixer ce petit c.. ?? » )…

C’était moi.. !!!

Marc

Publié 18 novembre 2020 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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Vieux médocs   91 comments

C’était mieux?

Nous sommes passés à la pharmacie dans la semaine,  récupérer nos doses de vaccin anti grippe gracieusement offertes par Dame Secu..  

un cadeau pour les vieux..

mieux que la vignette..  je pensais à  ça  en attendant Mo dans la Twingo, la vignette pour les vieux.. !! Et par association d’idées….

Foutue vignette, c’était dans les années 56/57..  la grippe asiatique.. et puis celle d’après 68, la grippe de Hong Kong.. 

en fait j’ai eu beau chercher, je ne me suis pas revu faire des trucs spéciaux.. en 57 je prenais le dur pour aller au lycée..

et début 69, je bossais déjà un peu avant d’aller servir la France pour 16 mois..

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Etant môme, je me souviens des coups de froid.. de ma mère qui sortait LA bassine..  déjà j’allais beaucoup mieux..  comme un  chien.. façon Pavlov..

je savais que cette bassine.. c’était la farine de lin et le cataplasme..  oh p… unaise  le cataplasme.. un supplice..

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Dans la vitrine du pharmacien, y’avait bien la réclame pour la ouate Thermogène avec le truc vert  qui crachait le feu..  mais bon.. trop cher.

Mais le cataplasme.. un truc qui te brulait la couenne.. « faut qu’ça soit chaud » disait elle.. tu parles..

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Un cataplasme.. des gouttes de Balsamorinol dans le tarin.. un truc huileux qui te redescendait sur les lèvres..

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et si tu toussais.. les gouttes Nican dans du lait tiède..  un coup à  partir à la refile appeler Hughes ou Raoul..

tellement c’était pas  bon mais qui te stoppait la toux en moins de deux..

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Y’avait aussi les ventouses.. mais ça.. c’était pour mon père..   ça se terminait invariablement en gueulements..

Un petit pot..  du coton enflammé au bout d’une tige de bois..

On aspire l’air et pof sur le dos..   une succion et voilà une bosse rouge qui se forme dans le flacon..

Le  hic c’est que ma mère avait la trouille.. ça merdait.. elle chauffait le verre..

Le pater, aussi serein qu’un chat qui se coince la queue dans une porte.. poussait des gueulements..

Elle revenait.. furie dans la cuisine.. où j’attendais sagement..  je concède en rigolant  en mon for intérieur..

Elle me faisait ses mimiques.. « y’ m’fait ch.. TON père.. plus jamais.. c’est la dernière fois »,  et vaillante comme elle était, elle repartait à l’épreuve.

De toute façon.. le paternel.. il était plus souvent en coup de tabac  qu’en mer calme.

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Oui, c’était simple la pharmacopée dans la maison..  des inhalations au Perubore  pour le rhume..

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Formocarbine et ultra levure si t’avais mal au boyaux..

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Le top du top étant l’Elexir parégorique sur un sucre si d’aventure t’avais la courante..

Ahhh l’élixir parégorique.. déjà le nom..  je me gargarisais  en le prononçant..  il y a un coté grimoire… en plus c’est furieusement bon et c’est vrai que ça fait du bien.. 

( je crois qu’à l’époque  il était très opiacé).

Il m’est arrivé souvent de simuler le mal au ventre juste pour quémander mon sucre.. mon canard.. ma dope

Un parfum divin.. un petit picotement sur la langue..

Je confesse qu’en dehors de la Gitane sans filtre, c’est le seul truc où je fus accro..

Pour le reste.. la pommade Rap pour les bosses.. ça  pue..  la  pommade Mitosyl pour le reste.. un truc à la jacques Brel.. ça sent la morue… ça pue aussi.

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Mal de tête : aspirine ou mieux Kalmine dans sa boite compartimentée en métal un  cachet rond.. dodu.. un truc tout léger..  mais gros à  avaler..

Ma mère a souffert durant la guerre et l’occupation.. elle m’en parlait souvent.. c’est là qu’elle a attrapé son « au cas où »..

Elle avait une pharmacie avec les remèdes pour tout.. pour la jaffe.. elle stockait toujours des trucs à becqueter d’avance.. sucre, farine, pommes de terre, riz, pâtes..

il est vrai que ses vingt ans elle les avait passés à  crever la dalle.. dans  Paname occupé..

Lazarett.. Kommandantur.. Ausweiss..  ah oui, à cette époque fallait des papiers pour sortir…

Elle m’a refilé  le virus.. moi aussi je suis « au cas où ».. même pour le bricolage..

Mo me ronchonne  « tu fais des stocks »  mais quand elle vient.. en me lâchant de sa petite voix..   « Je ne digère pas.. T’AS pas un truc »..

Ou penaude avec son appareil à traiter la vigne.. « regarde, je crois que c’est cassé là.. T’AS pas un truc »..

Oui,  dans ma Twingo  (et pas dans ma caisse américaine comme chantait Dick).. j’ai repensé à ces vieux médocs.. à ma mère..

à ces époques où je me suis foutu de la grippe de  Hong Kong  ou de la  grippe asiatique .. ou de petaouchnock.. insouciant et heureux le môme..

Punaise.. le coup de blues.. à se prendre un coup d’Elexir Parégorique sur un sucre..

Ça se vend encore parait-il.. mais c’est du dilué… !!!   de l’ersatz comme on disait en 40…

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Ah les chiens.. !!!  enfin il me reste le ti punch..

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Publié 18 octobre 2020 par Leodamgan dans Divertissement, Non classé, Prose à Marc

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Et si…   103 comments

Et si avec Mo nous étions restés à Paname, dans notre   douzième..  et si  le temps s’était figé dans les années 70

Déjà nous n’aurions pas  notre amie l’arthrose…

Et  notre  désespérante habitude de fréquenter les salles d’attente d’hosto ou de radiologie..

Mes genoux ne seraient pas en titane..   mais en bons  os made in  Gross Paris..   Façon matériel de guerre…

Et puis bon, faut bien l’avouer.. pas mal de kilos en moins…

Bien sûr moins de vécu.. c’est vrai.. mais bon..

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En fait c’est cette affaire de Charlie Hebdo qui m’a fait repenser à tout ça..

A l’époque je bossais rue du Louvre..  bureau 7  5eme étage.. le 5/7..  comme cette discothèque qui a brulé  faisant  tant de morts..

Hara kiri n’avait pas encore titré son fameux bal tragique à Colombey..

Mais c’était l’époque des fanzines.. Gotlieb se déchainait..

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L’écho des savanes.. Métal hurlant.. Fluide glacial…

J’avais laissé Blek le roc ou Pecos Bill.. et  ça revenait..

Le génie des alpages de  F’Murr…

 

Et puis ce titre qui vit la naissance.. Charlie mensuel devenait hebdo…

Choron et  Wolinski  dans Hara kiri..

Cette couverture célèbre..qui  fut encore  dans l’actualité :

« Giscard vend sa femme aux émirs » saisie.. interdiction .. réédition avec trois couvertures différentes..

C’était l’époque de la création , du neuf.. du créatif..  de l’innovant.. bref du bouillant.. du pas politiquement Korrect..

Le mois de mai avait laissé des graines.. ça poussait de partout.. combi Volkswagen.. et virons à Srinagar ou à Goa..

 

J’étais rentré dans une boite « costard cravate obligatoire pour les hommes et jupes pour les femmes ».

Et là ça prenait l’eau de partout.. des robes.. des jupes courtes.. pas de soutif.. des polos..

Punaise..  l’anarchie.. que dis-je, la chienlit comme  nous disait la voix  derrière l’écran noir (pas de mes nuits blanches).

Ouais..  si nous étions restés à Paname avec Mo..  en figeant le temps..

 

Sainté***  et ses poteaux carrés…

Je suis trop vieux.. l’époque d’aujourd’hui ne me plait plus.. Je ne sais pas..

Ouais..  ne restent que ces images du temps d’avant..

Parait que nous sommes des profiteurs.. On bossait 44 ou 45 heures par semaine.. mais on s’en foutait c’était bien..

Et dans notre domaine.. l’informatique c’est bien.. mais  faut le chouchouter nuit et jour, le Big Brother

Ouais, trop vieux..   trop  vieux

J’aurais dû rester à Paname avec  ma douce  Mo et appuyer sur pause .

Allez , un petit signe à mon pote de la BA115 . Il se reconnaitra…

Carpe diem

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Marc

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*** NB : les poteaux carrés de Sainté

La finale de la Coupe des clubs champions européens 1975-1976 voit le Bayern Munich remporter sa troisième Coupe des clubs champions. Les Bavarois s’imposent le score de 1-0 face aux Français de l’AS Saint-Étienne, au terme d’une rencontre qui marqua la mémoire collective des supporters de foot français.

La rencontre est globalement dominée par les Stéphanois, surtout la première période pendant laquelle ils touchent par deux fois les montants du gardien allemand Sepp Maier. Ces poteaux avaient la particularité d’être carrés, ce qui était assez rare car ce type d’anciens montants avait été remplacé dans la plupart des stades par des poteaux ronds. Dominique Bathenay et Jacques Santini seront les deux malchanceux à faire heurter le ballon sur ces poteaux, respectivement à la suite d’une frappe lointaine et sur une tête. Le match fut ainsi surnommé du côté français la « finale des poteaux carrés » en référence à ces faits de jeu, alimentant la légende autour de cette rencontre. Pour certains, si les poteaux avaient été ronds, les Stéphanois auraient inscrit ces deux buts mais en réalité, personne ne peut vraiment dire si le ballon serait rentré3.

Publié 13 septembre 2020 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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