Archives de la catégorie ‘Prose à Marc

Balade en bord de mer   44 comments

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Nous avons abandonné notre petit chemin des douaniers..

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Quand le temps est très beau.. et que le vent cesse de montrer sa force.. nous allons  marcher sur la longue plage de Kerhillio..

C’est une longue plage..  au départ d’Erdeven ..  et qui  mène très loin jusqu’au fort de Penthièvre..

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A marée basse.. on profite d’une large  bande de sable..  peuplée hors saison de promeneurs, de  ramasseurs de coquillages.. et des richesses que la mer, dans sa  grande bonté, laisse sur l’estran .. coquilles.. bois flotté..  et  souvent..  hélas.. morceaux de filets.. de bouées .. casiers..

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Elle est en principe interdite aux chiens.. mais ces pauvres animaux ne sachant pas lire..

Il est vrai que la majorité est amicale..  les rencontres  inquiétantes sont assez rares..

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Asperges de Rommel à Erdeven (photo web)

Quand  le coefficient de marée est important, on y voit encore émerger les défenses que Rommel avait fait ériger.. 

Rommel et son goût pour les Asparagacées.. il aimait les asperges.. non,  je ne dirais rien sur les turions que l’on trouve par centaines..

Parfois cette plage est fermée.. un  agent en quad fait des allers et retours pour en chasser les éventuels promeneurs..

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Rafales en exercice à Lann Bihoué (photo web).

Ces jours là.. la plage est pour l’aéronavale.. les Rafales font leurs exercices de tirs Air/Sol

C’est la noria, le bruit des réacteurs ..et la rafale ra ta  tac tac tac t tac..

Je retrouve ma jeunesse à Solenzara.. les séances de tirs.. les Mirages.. l’odeur du Kérosène..

Pourquoi ai-je toujours aimé cette odeur..  quand je travaillais à  Roissy.. mon bureau donnait sur le tarmac.. Le bruit.. l’odeur..

Oui, j’ai bien conscience d’être  un peu particulier sur le sujet.. mais c’est une ambiance qui me plait..

Pourtant  je l’ai déjà dit..   pour mon premier avion à réaction  au dessus  de la maison, je m’étais réfugié sous la table de la cuisine..

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En dehors de ces jours « sans » cette plage est admirable.. les couleurs.. les reflets.. le vent.. la dune.. Les « richesses » laissées par le jusant…

A n’importe quelle saison  elle sait se montrer..  même l’hiver  quand le vent souffle.. que les joues picotent un peu..

Cette leçon d’ éternité…laisser son empreinte sur le sable encore humide..en sachant que la nature effacera  notre passage.. quelle humilité…

Cette plage est   belle… puisse-t-elle le rester…

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Un cadeau de la mer aux terriens…

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Marc

Publié 17 octobre 2021 par Leodamgan dans Bretagne, Etel, Non classé, Plage, Prose à Marc, Voyages

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En partant à Auray…   103 comments

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Depuis Etel

Pour aller à Auray..   il y a une petite route.. Elle démarre de Belz  pour arriver au lieu dit  Toul-Garros..
Toul veut dire Trou en  breton.. et Toul-Garros rappellerait  le trou causé par l’aviateur Garros qui s’était écrasé là avec son appareil..
Cette petite route passe entre champs et bois..  avec  parfois une petite zone industrielle..

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Bordée  par endroits de murets où arbres et pierres sont entrelacés à jamais.. on  pourrait y voir arriver des chouans..
Moi je n’aime pas cette route..  on y croise  des camions qui ne respectent guère la vitesse autorisée..

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Et  de surcroit, le matin l’hiver, on a le soleil levant dans les yeux.. souvent sous le pare-soleil..
Moi cette route me fait peur car j’ai la crainte d’y voir surgir du gibier..
On en aperçoit souvent dans les champs sur le côté.. quand l’aube naissante y étale son tulle de brume

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J’ai toujours une appréhension à y circuler le matin tôt…..
J’étais  en train de faire part de mes inquiétudes à Mo.. et avait réduit ma vitesse entre 60 et 70 au grand dam du pressé derrière moi..

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Un peu avant Ker Pont.. à la hauteur de Lann Rohan.. deux cervidés traversent dans le soleil levant..  j’ai freiné.. le premier a fait un grand bond en avant.. le second a fait demi-tour..

il y a parfois des coïncidences étranges.. les psychiatres disent qu’il n’y a pas de coïncidences.. 

Mon esprit serait-il en communion avec celui des animaux du Mané  er Houet..

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Serais-je devenu druide.. sans le  savoir..

Aurais-je moi-même, par la force de la pensée, mis en œuvre cette conjonction..

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Dois-je faire un pèlerinage sur la tombe de Merlin..

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dans la forêt de Brocéliande ..

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Aller chercher la force ancestrale du radon granitique dans des menhirs de Kerzerho…

il est donc vrai que cette terre est mystérieuse..

les korrigans..

le bugul-noz…

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Est-ce l’esprit du roi Marc’h  et ses oreilles de cheval.. Marc.. Marc’h

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Je vais vérifier mes oreilles tous les matins.. on ne sait jamais

Marc

Publié 10 octobre 2021 par Leodamgan dans Bretagne, Etel, Non classé, Prose à Marc

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Les Landes, le Papu (partie 4 et fin).   77 comments

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C’en était fait de nous, nous avions attrapé la maladie, l’amour de la pêche, et l’amour de ce pays de cette forêt et de ses parfums, de la quiétude des petits matins sur le lac et bientôt  de l’amitié  des gens.. A côté  de la maison,  jouxtant  quasiment  un poulailler presque commun, vivait un couple, un peu plus jeune que mes parents avec deux  enfants, un garçon et une fille  un peu plus jeunes que ma sœur et moi  également.

Le  petit garçon avait pris ma sœur en tendresse, et il n’était pas rare de le voir courir partout  en criant :

« Où elle est ma petite fiancée ?»

Cet accent des Landes, moins violent que celui des mes grands oncles de Toulon.. Cette façon de prononcer le mois de mai.. en remontant un peu sur la fin..

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Il est comme le piment des Landes, cet accent, présent, mais doux, comme une petite décoration aux phrases,  histoire de dire : « je vous parfume les mots ».
Tout naturellement des liens se sont créés avec cette famille,

Je me souviens des boites de pâtés, cadeaux faits maison que nous dégustions dans le train, sur la petite table tandis que le soleil couchant filtrait à travers le défilé des pins, le crépuscule venait nous dire : »c’est terminé, il  va falloir attendre  pour revenir »..

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Mon père avait décidé, après l’achat de sa 403, que nous devions aller dans le midi, afin disait il,

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de voir la mer qui est bleue et calme, et puis il y avait la famille.

Malgré cela, il fut hors de question de ne pas aller dans les Landes.

Et je ne sais comment, peut être en réduisant les congés d’été, ou en obtenant de son patron un peu plus de vacances, toujours est-il que le rythme fut pris

Séjour dans les Landes en mai, séjour à Toulon l’été..

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J’ai donc vécu une partie de ma vie entre ces deux pays si beaux, si riches en  parfums, en ambiance, si prenants , que je n’ai jamais pu les quitter sans un cruel pincement au cœur.

Les amis des Landes avaient, comme ça se fait encore, des parents avec eux, la mère pour l’un et le père pour l’autre.

Ce fut pour moi la rencontre de mon enfance, Le Papu, ce vieux monsieur devint ce grand-père qui sans doute au fond de moi me manquait terriblement.

Bien sûr, j’avais un grand-père par le sang , bien sûr il avait un cœur, vu qu’il prenait des  tonnes de médicaments au cas où, et qu’il ne fallait pas le contrarier, car en plus, il était fragile ce cœur… selon la grand-mère.

Seulement, mon grand père.. c’est que de son cœur, il en avait perdu le mode d’emploi.

Mais moi j’en voulais bien d’un grand-père,  à qui on peut parler, à qui on pense, pour qui on s’inquiète quand il est malade…

Je ne sais pas quel âge il avait, Le Papu mais il se déplaçait avec une canne, la casquette vissée sur la tête, qu’il enlevait d’un geste large avant de faire la bise à ma mère.. découvrant une  masse énorme de cheveux  blancs,.

Il avait l’accent qui roulait comme les pierres d’un gave, et  ponctuait chaque phrase d’un « hile de pute »..

J’avais bien compris malgré mon jeune âge.

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Ses mains étaient fortes, de ces mains  qui montrent qu’elles ont connu les charges, les manches d’outils, ces mains qui font paraitre les choses plus petites quand elles les étreignent.

Ces mains, je les ai retrouvées dans la famille de Mo,  tous des mineurs, traceurs .. des poignées de main  où l’on sent vibrer tout le travail qu’elles ont accompli.

Des mains nobles.

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Il était né un peu plus au nord à St Geours,  et avait commencé gamin aux forges de l’Adour au Boucau.

Parfois quand  nous étions assis et qu’il me racontait, il me parlait d’un copain :

« Té, il est mort..  ouhhh il était vieux, hile de pute.. enfin, je dis ça.. Il  était plus jeune que moi »  rigolait-il en  laissant apparaitre le peu de dents qui lui restaient devant.

Quand nous repartions, on se saluait :

« Adichatz Papu.. à l’année prochaine .. »  en le serrant fort..

« Ouhh Marrrc, on fera comme on peut, hile de  pute.. ».

Et je partais le cœur serré.. en me disant que peut-être…

Bien sûr ma mère échangeait du courrier, je demandais  des nouvelles..

Les années se sont succédé.. le temps  nous a vu grandir.. vieillir..  les souvenirs se sont faits plus nombreux,

C’était  comme un retour en famille, les repas autour de la grande table, les rires, le partage.

La Mamé me préparait du gâteau Basque, pour me faire plaisir, et hile de pute.. je ne donnais pas ma part au chien.

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A Pâques, c’était la coutume de faire l’omelette, avec le jambon  qui avait été fait à l’automne précédent, il faut y mettre des œufs.. des petits piments..  le jambon..  et je ne sais  d’autre, en tout cas il faut y mettre de l’amour..  et dieu sait qu’il y en avait..

Nous partagions, je devrais dire nous communiions le lundi, avec du vin et un coup de rhum.

Je confesse, qu’ensuite sur la barque avec mon père, l’humeur était plutôt à la  rigolade qu’à la pêche.

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Ça ne l’a pas empêché alors que nous étions dans les nénuphars de l’étang de Garros,d’attraper un superbe brochet.

Les mois de mai ont enchainé sur les mois de mai… parfois du soleil.. parfois de  la pluie.. le plaisir de se revoir.. la pêche..  l’omelette.. longtemps.. si longtemps que le dernier jour où j’ai vu le Papu, j’étais militaire, j’avais 25 ans..

Je suis descendu.. je ne pouvais manquer il le fallait.. je savais que, même si je volais le sable de la longue plage, je ne pourrais en remettre un seul grain dans le sablier.

J’avais eu du mal à avoir une permission, mais à force de négocier avec l’adjudant  il avait lâché  (c’est vrai qu’il était lui aussi du sud ouest.. il a dû comprendre..).

A l’époque  il était interdit de sortir en civil, quand le Papu m’a vu:

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« Ouhhh hile de pute que tu es beau Marc.. et tu as des galons »

« Non Papu.. je suis juste caporal.. ce n’est rien »

« hé quand même, hile de pute ».

Ce fut la dernière  fois que je le vis..

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 Epilogue :

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Cette année là, la Mamé m’a proposé de me vendre une grande et belle parcelle de pins en bord de mer.. pour que je m’installe… j’ai hésité.. mais trouver du travail là-bas.. tout quitter..  J’avais une promesse d’embauche à Paris…..

Oui,  j’ai hésité..

Je ne suis jamais retourné  dans les Landes, j’avais trop peur d’avoir mal..

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« Adishatz Papu« .

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« Le gémissement des pins, la nuit, n’était émouvant que parce qu’on l’eût dit humain. ».

( Mauriac : Thérèse Desqueyroux)

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Marc

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Publié 1 août 2021 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

Les Landes, les lacs (partie 3)   91 comments

Il y a dans  ce coin une quantité importante de lacs dont certains de bonne taille..

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d’autant plus grands aux yeux du  gamin que j’étais. Ces lacs portent des noms dont je ne pourrais donner la signification : Garros, lac du Turc, Yrieux… Celui qui était près de notre maison, les gens l’appelaient la Laguibe.

A l’époque elle était très poissonneuse en particulier grâce à des importations de poissons Nord Américains.. le blackBass et le Calico-Bass.

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blackbass

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Le calico-Bass.. perche soleil en français est un poisson qui ne devient guère plus grand qu’une main.. pour les espèces acclimatées dans le sud ouest.. mais c’est un poisson doté d’une voracité extrême qui, en fait, s’est révélé être un fléau pour l’équilibre halieutique.

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Nous n’étions que des amateurs débutants.. mon père avait investi dans du fil, quelques bouchons et des pochettes d’hameçon.. pour les cannes nous coupions des bambous du bord du chemin.. en faisant attention de ne pas les prendre trop verts..  car trop lourds et trop cassants.. La pêche est l’école de la patience, ça commence par la canne.. il  faut attendre que le bambou sèche.

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La laguibe

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Nous partions le matin à la fraiche.. et après quelques instants de marche, nous trouvions notre poste usuel, un bon plan d’eau abrité du vent et pas trop envahi de nénuphars..

J’avais le souvenir olfactif de plantes du bord de ce lac.. nous avancions sur un tapis moussu, élastique sous nos pas  comme une éponge humide et dégageant une odeur unique et spécifique à ce coin, une odeur qui s’est incrustée dans tout mon être.. Je pensais ne jamais identifier ce parfum, et il y a quelques années, au hasard d’une commande de plantes aquatiques, en ouvrant le colis… les images me sont revenues comme si je remontais le temps..

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Menthe aquatique

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C’était de la menthe aquatique. ce tapis d’herbe humide du matin qui s’enfonçait  sous nos pieds… c’était ça.. tout simplement..

Quand nous rentrions le midi avec notre pêche  nous avions sur les mains ce mélange d’odeurs et ces petites plaques argentées d’écailles de poisson collées de ci ou de là comme sur le costume pailleté d’un artiste  de cirque.

Une odeur de poisson, de menthe, d’herbe et de la sciure des asticots..

Les asticots étaient vendus « à la mesure ».. dans de la sciure..

il faut réinvestir souvent car les asticots mutent rapidement et une boite un peu ancienne devient vite une boite d’énormes mouches bleues que l’on entend bombiner à travers les trous de la boite en plastique…

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Le plus souvent mon père optait pour les vers.. il fallait retourner le fumier pour trouver de gros lombrics gras et dodus mais bien trop gros pour la gueule du calicobass.. les vers étaient réservés pour le black bass.. le black comme ils disent.

Il faut faire un pelote de vers sur un hameçon de  bonne taille et descendre cet appât  gigotant et tortillant entre les feuilles de nénuphars quand le soleil commence à chauffer.. descendre doucement.. tester chaque trou avec patience.. la sueur sur le front, les  crampes dans le bras tant le bambou est lourd.

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Alors parfois, on déchaine l’enfer..  ce superbe poisson qu’est le black bass ouvre une gueule démesurée, et dans un grand « blop » caractéristique,  happe la pelote d’appât.. et d’un coup..  la sérénité du lac est troublée.. le poisson saute  hors de l’eau.. se débat dans une gerbe d’éclaboussures.. file vers  l’amas de branches qui est son refuge.. la canne plie.. il faut donner du mou pour épargner le fil.. mais pas trop.. résister suffisamment.. ne pas se  hâter mais l’empêcher de gagner les coins inextricables  où il sait que le nylon va se rompre, coincé dans une racine..

C’est un poisson noble.. courageux qui lutte avec  force.

Plus âgé, quand il m’est arrivé de reprendre des blacks, seul le premier  finissait au four (car c’est un poisson délicieux), les autres, je les remettais à l’eau.

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Lac du Turc

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En fait, je dis que j’aime la pêche, mais je crois que c’est l’ambiance de la pêche que j’aime.. que ce soit  l’atmosphère des lacs le matin quand ils sont en brume fumante au petit jour.. la surface  immobile jaune du pollen des pins.. seuls le cri de la poule d’eau ou le martèlement du pic rompent le silence.. l’attente, le guet..

ou plus récemment, les yeux rivés sur les gros moulinets.. l’odeur du diesel et le balancement du bateau que les deux moteurs de 450Cv propulsent en trainant les énormes appâts.. dans l’attente incertaine du marlin suicidaire…

J’ai toujours eu de la peine pour les poissons…

Dans le roman d’Hemingway le vieil homme dit fréquemment.. « je n’ai rien contre toi poisson.. »  oui, je n’ai rien .. hormis un à pêcher pour le plaisir du gout qu’est-ce qui nous pousse à aimer la pêche.. qui fait que le cœur bat quand on sent le poisson se débattre au bout de la ligne.. penser que la ligne peut se rompre.. qu’on peut le perdre sans le voir et que c’est ainsi.. la règle…

Mais quand il est dans le fond de la  barque ou du bateau vaincu et sanglant.. j’avoue que je n’ai plus de plaisir.. j’ai de la peine.. de la honte d’avoir arraché à la nature un élément qu’elle a mis du temps à construire..

Gamin  je ne me posais pas toutes ces interrogations.. je  faisais secrètement le concours pour en attraper plus que mon père.. ou des plus gros.

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Poisson fariné à frire

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Quand nous rentrions,  ma mère les vidait.. il fallait les rouler dans la farine et les passer à la friture.. on mangeait ça le soir avec du sel.. dans un plaisir partagé, mon père lançait sa phrase favorite : « vivre du produit de sa pêche.. ».

C’est vrai que cela économisait l’achat de viande même si ma mère se désolait de voir sa bassine d’huile destinée aux frites se transformer en bassine pour les fritures de poissons.

Au delà de la taille de la friture ma mère  n’intervenait pas. Autant elle était capable de vider un poulet, chose que je serai sans doute infichu de faire aujourd’hui sauf en cas de grande disette, sur les poissons de bonne taille, elle était pétrifiée à  l’idée de les ouvrir et de les vider d’autant que les  bestioles  pêchées à la dernière  minute avaient coutume de s’agiter en ultimes soubresauts sur la paillasse de l’évier ce qui déclenchait des hurlements  ainsi qu’un repli stratégique en dehors de la cuisine.. le tout ponctué de « ah non je ne peux pas.. je ne peux pas.. ».

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J’ai donc appris jeune à vider un poisson et acquis une parfaite connaissance du système natatoire ainsi que des parties de peau noire qu’il convient  d’enlever.

Les lacs et la pêche dans les Landes sont intimement liés dans mes souvenirs, le bord de mer se résume en grosses vagues, énormes troncs pour se protéger du vent chargé de millions de grains de sable.. et trempotage hasardeux dans le reste d’écume laissé par des lames bien trop importantes pour un gamin.

Les lacs dans les Landes, c’est d’abord  l’accès, l’approche.. le plus exaltant prés de la maison,

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Lac d’Yrieux

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le plus sauvage était le lac d’Yrieux.. propriété de je ne sais quel groupe d’actionnaires, il y était interdit d’y pêcher en barque, mais la pêche du bord y était tolérée..  et même si elle était interdite je ne sais pas si un garde chasse (si tant est qu’il en existât) se serait risqué de mettre une amende.. il parait  que dans ces cas là, les cabanes ou autres granges brulent avec facilité..

Donc il fallait accéder à ce lac par un chemin  peu tracé à travers les sous bois de bruyères et de fougères.. ces  fougères sont  hautes.. vertes au printemps et roussies à l’automne..

Emprunter ces chemins le matin  était pour moi comme participer à la création du monde.. l’odeur des aiguilles des pins humides de rosée,  parfums de résine..  les bruyères .. un sol souple.. élastique.. et puis au détour d’un entrelacs de fougère.. la surface du lac.. fumante.. lisse.. jaune du pollen des pins comme si on y avait saupoudré de la fleur de soufre..

Le chant du coucou.. et le martèlement d’un pic au loin..  avec soudain  un grand bruit d’éclaboussure,

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preuve indiscutable  de la présence de poisson.. de gros poisson..

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(A suivre, courage à vous, plus qu’un épisode et c’est fini).

Marc

Publié 25 juillet 2021 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc, vacances

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Les Landes à vélo (partie 2).   85 comments

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Nous avions deux vélos, mais mère avait sur le porte bagage une petite chaise pour enfant destinée à ma sœur. Moi,  je m’asseyais sur le cadre du vélo de mon père.. les années suivantes.. grandissant.. j’avais eu droit à : primo l’achat  d’occasion d’un vélo  à ma taille et secundo d’avoir droit à le voir expédié.

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Mon premier vélo avait été un petit vélo bleu qui me permettait d’aller au marché chercher quelques denrées et surtout d’aller voir la marchande de beurre dont j’étais tombé amoureux.

Ma mère n’a jamais été très rassurée sur un vélo. Si elle était capable d’assumer une ligne droite et ce sur de longues distances  elle perdait rapidement son assurance face au moindre incident de parcours et à la moindre incongruité.

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Ma sœur avait beau lui  hurler des « vas y Bobet »  depuis le porte-bagage.. ma mère peinait et souffrait sur la route de la plage.

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Un malveillant serpent traversant la route l’a même fait valdinguer, elle, le vélo et ma sœur hurlant dans le fossé..

Ce stupide reptile choisissant le moment où elle arrivait pour traverser la chaussée. Bien sûr ma mère a paniqué, déjà devant la soudaineté  de l’intrusion  et ensuite une répulsion naturelle l’a poussé à vouloir déclencher deux manœuvres.. un coup de guidon et un coup de  frein.. manœuvres que son inexpérience n’a pas pardonné..

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Cet épisode du serpent a d’ailleurs marqué une forte perte de motivation pour affronter quotidiennement les cinq kilomètres qu’il fallait parcourir pour arriver sur la plage. Outre la distance, les landes ont cette particularité d’être le coin le plus chaud  de France métropolitaine que je connaisse.. j’ai eu chaud à Toulon.. très chaud au bord du Gapeau à guetter le chevesne.. très très chaud même..

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Mais jamais comme sur cette  route  bordée de pins.. qui menait à la plage.. se l’affronter à l’heure du déjeuner relève  plus du parcours disciplinaire de Biribi que de la promenade rieuse sous les frondaisons d’une route bordée de platanes.

La route était longue et se terminait par une zone dunaire où les végétaux disputaient âprement leur survie au sable et au vent, qui  il faut bien le dire, peut être particulièrement violent.

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A cette époque les traces  de l’occupation et ses  alignements  de blockhaus étaient encore très fortes.

Aujourd’hui  on trouve toujours ces cubes de béton a usages multiples, supports d’expressions, toilettes, etc.. mais le plus souvent  sous l’effet  de l’érosion , de la corrosion  , des tempêtes d’hiver  des mouvements de la dune  ce sont des édifices  cassés, corrodés .. (j’en ai vu des transformés en habitation dans le Nord).

Mais à l’époque, tout était encore en place.. on trouvait  les affuts des mitrailleuses.. des douilles d’obus .. le temps avait commencé son œuvre, tout était encore très présent, ce n’était pas encore une évocation d’un épisode de l’histoire… c’était encore le témoignage d’un départ à la hâte.. mais aussi la marque d’un travail gigantesque de béton et de ferraille..

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Ce qui était remarquable aussi c’étaient les billes de bois échouées sur la plage.. des troncs énormes sans doute tombés de quelques grumiers car mal arrimés.

Je savais par le magasin Guyenne et Gascogne que nous étions en Gascogne.. mais je n’avais pas encore  la perception des tempêtes qui peuvent se déchainer.. l’océan se résumait pour moi à la bande humide d’estran où l’écume venait à loisir massacrer mon château de sable

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Les vagues étaient trop fortes pour moi, j’admirais mon père qui osait aller se tremper avec de l’eau jusqu’au torse acceptant le déferlement de cette masse d’eau qui m’impressionnait.

Le plus souvent nous étions ratatinés derrière un tronc d’arbre, maigre abri face au vent qui nous  abrasait de ses milliers de grains de sable. Mon père essayait avec des branches et un morceau de toile de compléter notre abri.. mais  le repas de midi crissait sous la dent.

Parfois il faisait si chaud que ma mère gardait la chambre dans la pénombre, un gant de toilette sur le front.. une cuvette à proximité.

Je me souviens d’une fois où, avec mon père nous  avions affronté la route de la plage.. sous un soleil digne de Bidon V mais  le sable était si brulant sous nos pieds que nous avions dû battre en retraite.

Petit à petit, la distance, la chaleur nous a éloigné de la plage , mon père s’est alors tourné vers la pêche dans les lacs.

(à suivre).

Marc

Publié 18 juillet 2021 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc, vacances

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