Archives de la catégorie ‘Prose à Marc

Tonton Moustache   51 comments

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Quand j’étais gamin, il me faisait peur, avec ses grandes moustaches à la Napoléon III.

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Il essayait pourtant d’être gentil, me faisait jouer avec des bouchons dans un des éviers derrière le comptoir de son bistrot, à Issy les Moulineaux,

mais je préférais la voix douce de  son épouse.. la tante Angèle, une bretonne de Plougastel Daoulas..

Et puis avec le temps, grandissant, non seulement il ne me faisait plus peur, mais je me suis mis à l’aimer.. Tonton Moustache.. c’est moi qui lui ai donné ce surnom.. fallait bien que je le désigne au milieu de tous mes tontons..

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Pas simple sa vie à Tonton Moustache, il avait commencé en gardant des chèvres à Carqueiranne (près de Toulon)  puis apprenti boulanger.. puis la guerre..

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cuisinier chez Drouant..

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La guerre.. les tranchées.. les hommes avaient la moustache alors..

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La pipe de Joffre.. ah la pipe de Joffre.. un de ses trésors.. il la lui avait donnée lors d’une tournée dans les tranchées.  J’imagine  que son ordonnance en avait un stock.. qu’il distribuait au gré de ses inspections de motivation des troupes.. mais bon..   quand tu es dans la  boue  avec les  horreurs que l’on sait.. l’enfer du quotidien qu’il fallait vivre.. voir passer le général en chef   distribuant des mots d’encouragement.. et donnant sa pipe..

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Va savoir  comment on réagit.. en tout cas, je ne lui ai jamais dit le fond de ma pensée à Tonton.. c’était SA pipe.. LA pipe.. peut-être que c’était bien sa pipe au gégène.. et que j’ai des mauvaises pensées sur le coté  manipulateur..

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Il avait dû se faire un peu de sous chez Drouant car il avait investi dans un bistrot d’Issy les Moulineaux.. et sûrement que son affaire a dû bien marcher.. car un jour.. il a décidé de   laisser Issy.. son aérodrome.. Latécoère et tout le toutim,  retourner vers son passé..

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Il a acheté  une grande bastide.. et la moitié de la colline.. là-bas au sud.. au pied du Faron.. derrière le barrage de Toulon.. des vignes..

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des oliviers et des amandiers..

Une  grande maison avec des  petites dépendances..  une grande terrasse vitrée  qui donnait sur le vallon.. avec des palmiers.. ça sentait les amandes.. des piles de journaux s’entassaient dans les coins..

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l’Equipe, Miroir Sprint.. (son  fils: mon parrain Marc.. était un bon coureur cycliste)..

un capharnaüm de trucs.. paniers.. cagettes.. son bazar.. l’hiver il chauffait peu..  en fait la cuisinière en bas ronflait été comme hiver.. La tante  était décédée quelques années après le déménagement au sud.. et il vivait là.. avec une famille de  gens qu’il hébergeait et qui l’aidait à faire son vin..

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Ahhh son vin.. un truc à nettoyer le zinc des bistrots.. il faisait aussi son alcool et son pastis lui-même.. mais là.. fallait faire attention.. quand on ressortait de la terrasse.. au soleil.. d’un coup  ça se mettait à faire lourd dans le carafon.. il se buvait comme du lait son truc..  mais   comme traîtrise.. te sciait les pattes en moins de deux.

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Je l’aimais bien l’oncle..  pas grand.. sa  gapette sur le crâne.. ses chemises à carreaux.. sa montre avec la chaîne accrochée au troisième bouton.. ses jambes arquées sur des gros croquenots.. pour un moko (Toulonnais), à la différence de son frère.. il n’avait pas l’accent.

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.Quand on arrivait.. il saluait mon père.. ma mère par deux surnoms qui devaient dater du temps où les weightwatchers feldgrau avaient mis Paris au régime.. enfin.. la majorité..

« salut l’haricot ».. « salut l’hirondelle ».. lui paluchant un peu le sein gauche..

ma mère rigolait.. il avait le droit l’oncle.. il était le seul a être venu à leur mariage..

Eh oui.. pour mon grand-père.. son fils, épouser une fille de divorcée.. morganatique, le truc.. impensable.. elle a payé gros ma pauvre Maman.. mais l’oncle.. il aimait faire ch.. son beauf.. (mon grand-père).. jusqu’à venir à table en flanelle.. quand il faisait chaud..

Scandale de scandale.  Je crois que je l’aimais aussi pour ça,Tonton..

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Je devais avoir voir une douzaine d’années.. il nous a invité au restau.. à Toulon.. le bar de la Marine.. eh oui.. comme  dans le film.. sans doute un hommage à Raimu.. (ndlr : Raimu est de Toulon, comme  Felix Mayol.. c’est d’ailleurs pour cela que le Rugby Club de Toulon a un brin de muguet sur son  blason.. Mayol en portait un à son revers).

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Donc il nous a invité au restau.. et c’est là que j’ai mangé de la langouste pour la première fois.. ma mère en avait le plaisir aux yeux.. de la langouste.. comme les riches.. j’en garde encore le souvenir.. comment ce truc blanc caparaçonné de rouge  peut il être si fin.. si parfumé..

Ensuite il a décidé d’aller au cinéma.. et ce fut une nouvelle « initiation » pour moi..

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je ne me souviens plus du titre exact.. mais c’était du genre  « mon après-midi chez les nudistes »..

Ah misère.. en noir et blanc.. des dames toutes nues..  des dames qui jouent avec des ballons .. des cerceaux.. ah.. je me demandais quelle contenance prendre en sortant..

je me souviens de son œil malicieux quand il m’a demandé si j’avais aimé le film. Ah le bougre..  rire derrière sa moustache.. il rigolait de ma gêne..

Il est vrai qu’aujourd’hui..

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Oui, c’était  mon grand oncle..  un jour de mistral.. comme d’usage.. le feu est parti tout seul.. bien sûr le tesson de bouteille qui fait loupe.. ben voyons..

Le feu a gagné la colline.. en  haut et s’est mis à redescendre.. vers la maison.. alors il s’est couché.. en se disant que si tout brûlait.. autant brûler avec..

Mais ce n’était pas le jour.. le feu s’est arrêté pas loin.. et, mistral aidant, il a  traversé le vallon pour reprendre en face.. le creux a été épargné..
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Nous passions tous les étés à Toulon.. et tous les étés nous allions le voir.. évidemment  il y avait le grand repas chez son frère qui habitait pas loin..

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Dans la cour sous le grand figuier.. avec le petit Tounet qui courait partout en aboyant.. vibrant de voir tant de monde d’un coup..

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Mais moi.. le frère et sa femme je les aimais aussi ..  un peu..  mais mon chouchou celui qui a une grosse place dans mon  jardin des souvenirs.. c’est lui.. ce sacré Tonton  Moustache.. ah le bougre.. son mégot sous la moustache roussie et son œil si pétillant.. toujours à rigoler, à lâcher une plaisanterie..

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Va savoir.. il est peut-être cuistot chez Lucifer..

c’est rien ça comparé aux quatre ans qu’il a dû vivre.. avec la pipe de Joffre

et puis y’a peut-être des jeunes dames peu vêtues qui jouent au ballon ou au cerceau..

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Allez vaï..  adieu l’oncle…

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Marc

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Publié 13 octobre 2017 par Leodamgan dans Arnaques, Prose à Marc

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Sacs en plastique.   49 comments

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Cette fois..  ça y est..

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En principe..  nous quittons le  sacplasticorien.. étage à oublier de  l’anthropocène.. pour passer  au sacenpapierien . Si on pouvait faire pareil avec les mégots sur les plages..  époque du cradingrien.

Bref, ça y est, c’est voté, tamponné,  entériné : terminés les sacs plastiques qui volent au vent, polluent, détruisent la faune. On passe au papier  ou au sac biodégradable. Ce dernier,  il est à perfectionner.. car pour être mince et fragile.. il est mince et fragile. Ils ont inventé des sacs  « la Pléiade ».

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Mais bon.. selon les historiens..  les plasticologues.. car à l’instar de ces  politologues  avisés qui nous expliquent pourquoi  il faut se serrer la ceinture.. pourquoi  n’y aurait il pas de plasticologues? Avec une écharpe rouge autour du cou à la télé, même si il fait 37 degrés dehors. Oui ça existe.

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On nous date au carbone  quatorze l’arrivée du sac plastique dans les années  soixante mais c’est pas précis ça.

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Moi ce que  je puis dire.. c’est que quand j’étais gosse.. ma pauvre Maman  a tenté d’apporter sa contribution au budget du ménage.. et qu’elle avait trouvé comme  travail à domicile :  passer deux coulisseaux rouges de chaque coté  d’un sac plastique..  dans des petits trous idoines.. de telle façon qu’en tirant de chaque coté  le sac se ferme.

Je devais avoir 7 ou 8 ans. Un  gonze venait  en voiture.. il déposait un énorme tas de sacs  plastiques .. les coulisseaux rouges.. reprenait ceux qui avaient été faits. Je revois ma mère s’échinant à passer cette p… de petite ficelle.. fallait plier.. passer.. un vrai bordel.. J’en ai  fait avec elle  pour l’aider au mieux.. c’est  vrai que j’avais les doigts plus petits.. et puis ça me faisait de la peine de la  voir s’échiner.

Oui.. sale époque..  elle était auto entrepreneuse avant l’heure..  auto exploitée,  oui.. et déjà des sacs plastiques.

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J’ai un autre témoignage.. au lycée en 3ème.. à l’époque où les  boutons sur le blaze peuvent rivaliser avec ceux des arbres au printemps..  l’époque  où l’intérêt pour Blek le roc  devient secondaire et où, comme dirait Souchon, on est plus porté sur le mystère du dessous des jupes des filles..  un collègue inventif avait mis au point une petite source de revenus.

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Il glissait sous son pull deux  petits  sacs plastiques emplis d’eau.. et contre dix ou vingt centimes de l’ancien temps ..

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il garantissait une palpation tout a fait identique selon lui  à l’effet tant imaginé et phantasmé  d’une poitrine féminine.. ahh l’imagination.. reine des facultés… 10 centimes .. pour 10 centimes en fermant  les yeux.. c’était  pareil selon lui.

En fait, il avait presque inventé la prothèse .. je ne sais même pas si  ça existait à l’époque. Ceux de cette pauvre Jane Mansfield paraissaient bien vrais.

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Donc premier témoignage.. en 1959.. le sac plastique était arrivé en banlieue.

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Mais continuons nos investigations..

Plus tard, élève à Clichy dans un bahut  prés des quais de la seine, et dont la rue était fort calme puisqu’en face du lycée était une petite usine de ferraillage et autres produits afférents.

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Une rue si tranquille.. que le soir, des voitures venaient s’y garer et que des  couples plus ou moins légitimes  s’y livraient à des exercices  gymniques allant des plus simples.. aux contorsions les plus  compliquées..  dans ces cas là , le plus souvent sous une couverture.

Ce que ces amoureux qui répugnaient aux bancs publics ignoraient, c’est que dans ce bahut.. en principe vide après dix huit ou dix neuf heures.. il y avait un internat.. et qu’après des journées bien longues à s’avaler du calcul intégral ou des cours sur les jonctions multicouches des transistors.. qu’on le veuille ou non.. y a un moment faut que ça tourne à la déconnade.. c’est comme ça.

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Alors quand ça partait.. ça partait.. Nous remplissions des sacs plastiques d’eau.. et  accoudés aux fenêtres .. voyeurs hilares.. nous attendions le moment qui nous semblait le plus sommital pour balancer nos bombes à eau sur la voiture..  le summum étant de voir le visage effaré des gens qui  se rendaient soudain compte que tout avait été suivi.. comme par Zitrone rue Cognac Jay.

Bien sûr.. les éclaboussés d’un soir ne revenaient pas.. mais le lieu était si pépère.. que d’autres  se faisaient  piéger tout pareil.

Il faut noter que ce procédé de bombe a eau est la version de base.. sans vouloir m’attirer de foudres.. je sais qu’il existe des clubs de football.. où le supporter adverse est accueilli avec des bombes à eau.. mais  l’eau a été remplacée par un liquide plus humain.. et plus facile à trouver dans un stade où l’ingestion de bière facilite le processus.

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En résumé  en 1965..  le sac plastique était si facile à trouver qu’on pouvait en faire des bombes à eau.. sans  éprouver le  sentiment de perdre un précieux contenant.

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Cette rue était tranquille (jours tranquilles à Clichy).. mais un soir on a entendu un hurlement presque inhumain.. en bas.. un gars était entouré par  trois ou quatre rombiers..  qui brandissaient des surins.. avait-il été  touché ou avait-il  simplement  peur..  une peur qui fait pousser un cri animal.. toujours est-il que pendant qu’un paquet de potes dévalait les escaliers quatre à quatre..  nous avons hurlé  :  « on vous a vu.. on vous reconnaitra.. tiens bon on arrive » ..  on a fait un tel barouf  que les gars du soir qui bossaient dans l’usine d’en face sont sortis..  les lardus sont venus.

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Le sac plastique support de publicité.. le sac plastique frime.. qui n’avait pas son sac marron marqué FNAC?  Le sac plastique était partout.. il envahissait  notre quotidien.. terminé le poisson dans  le journal.. terminé le cabas en  toile cirée noire.

Le sac plastique est devenu, comme le mégot,  une des traces que l’homme moderne laisse de son passage.. pas terrible.. pourrait faire mieux. A Paname, un lâcher de mégot c’est 68 euros maintenant.. punaise.. il y a une fortune sur la plage.

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C’est sûr, il était temps que la sacplasticomania cesse..   y’en a partout.. ceci dit, ce n’est pas la faute du sac.. ce n’est pas ontologique (ndlr: j’adore ce mot, Onfray en met partout dans ses phrases.. et j’ai parfois du  mal à en appréhender la signification dans le contexte, il doit avoir une machine à saupoudrer les mots.. c’est son herbe de Provence à lui).

Le sac jeté  partout.. c’est bien l’homme lui-même qui en est responsable.. et il y en a du dédaigneux de la nature.. du méprisant  du bien commun..  du gros dégueulasse.

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Je vais quand  même regretter un  aspect du sac plastique..  ce qui était écrit dessus.. la raison sociale du commerçant.  Etant  gosse je gardais comme un dernier morceau de souvenirs.. histoire de bien  me meurtrir l’âme.. le sac du charcutier ou celui du boucher..  « Charcuterie  XXX   Ondres »  .. « Boucherie YYYY Le Pradet.. marchés de La Garde, La Valette, Cuers » . C’était le sac qui gardait les belles images, les odeurs, les sons.. rien que le regarder  l’émotion montait.

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Hasta la vista  sac plastique.. qu’il en soit ainsi.. le 7ème continent.. la honte.. pas fiers  de ce qu’on laisse à notre descendance.

Espérons que les humains ne trouveront pas autre chose pour saloper  notre planète. Mais je crois hélas que c’est déjà fait.

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Business is business…

Publié 17 juillet 2017 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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Nostalgie d’ovalie   45 comments

Fait du vent.. fort.. on attend 130 km/h cette après-midi.. la rivière d’Etel est bien haute..

et Mo me lance des yeux de biche en me demandant si des fois,

je n’aurais pas une idée de Blog..

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Va savoir…

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Alors, l’actualité aidant, je ne parle pas de l’odyssée.. d’Ulysse and Co.. je parle du match de samedi.. que les journalistes toujours avides d’anglicismes, ont baptisé « le crunch ».. moi, ça m’horripile ces mots anglais partout.. crunch, punchline, pitch.. encore écrit comme ça.. crunc’h.. ça ferait plus Breton que Grand-breton!

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chabalChabal

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Pour moi France-Angleterre.. c’est l’histoire.. comme avait lâché Alphonse Alimi le boxeur. Il avait vengé Jeanne d’Arc.. c’est Trafalgar, Fachoda.. Mers el Kebir.. sur la pelouse bien sûr.. en fait je les aime bien les Rosbifs.. surtout quand ils perdent..

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lomuLomou

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Tout ça à cause du rugby.. prononcer à la française : ruby.. si on peut rouler le « r » c’est encore mieux.. j’ai découvert ce sport quand j’avais une quinzaine d’années.. et malgré les espoirs de mon père, je n’aimais pas trop le foot..

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dessin7.

il avait beau m’emmener au Parc des Princes.. l’ancien.. celui avec la piste cyclable où crissaient les crampons.. me faire vociférer aux exploits du Racing Club de Paris je suis tombé dans l’ovalie.. avec plusieurs camarades de classe, on s’était inscrit et le jeudi (je crois bien que c’était le jeudi après-midi à cette époque), on allait au stade Pershing ou au stade Bonvoisin à Vincennes.. tâter du cuir..

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dessin6.
Je n’ai jamais été fluet, et je me suis retrouvé numéro 3.. c’est-à-dire l’un des trois qui poussent devant à la mêlée.. à droite.. sort peu enviable.. car à notre niveau de jeu.. l’activité se résumait à pousser comme des bœufs.. soufflants et transpirants, l’oreille et la joue sur celle du mec d’en face.. La sueur.. les cheveux collés..le souffle..le bras au dessus du plus petit au milieu appelé le talonneur.. avec le bras du mec derrière qui t’attrape le short par devant comme il peut.. l’objectif était de faire passer le ballon derrière.. bien sûr les échanges de coups de satons étaient monnaie courante.. et je m’étais bricolé des espèces de protège-tibias pour mettre sous mes chaussettes.. donc on poussait.. soufflait.. le plus souvent ça se terminait en magma humain.. ceux au maillot propre derrière s’étaient déjà amusés à faire quelques courses et passes.. que se relevant à peine.. il fallait jouer une touche.. ou pire.. refaire une mêlée..

.melee

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Notre jeu n’avait rien de ce que l’on voit à la télé.. c’était brouillon, mal organisé.. mais il y avait cette chose unique de ce sport unique.. une unité, une seule envie. . un seul but.. gagner ensemble.. une solidarité, une fraternité.. comment pourrais-je transcrire cette sensation.. cette force qui vous pousse.. cette puissance que l’on ressent .. ces grognements.. cette odeur de sueur et d’haleines mêlées.. la douleur à l’épaule.. à l’oreille .. ces cris.. durant ces minutes le monde se résume à la pénombre de l’arc de cette cathédrale humaine..

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rugby1.
si ça s’effondre .. on se retrouve face contre terre.. le nez dans la boue.. désarticulé.. l’hiver quand les corps fument.. la mêlée se transforme en un organisme vivant.. qui se déplace.. d’avant en arrière.. bouge.. vit.. meugle… nimbé de brume.. une communion.. bien sûr c’est un sport dur.. qui fait mal.. quand se termine le match..

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c-rivesRives, dit : « casque d’or ».

le retour aux vestiaires.. joyeux de la victoire ou tristes .. les corps sont meurtris.. couverts de boue.. on récupère un peu.. assis sur le banc.. l’entraineur essaye de dire les mots qui vont bien.. et puis la douche.. chaude.. très chaude.. qui nous sort de la gangue de terre et de boue.. les petits picotements commencent.. les petits saignements des griffes .. estafilades.. coups de crampons.. la boue avait étouffé le saignement.. mais là il se libère. .. ça picote, ça cuit.. l’épaule fait mal.. le genou..

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chaussures.
A l’époque, les crampons étaient constitués de petits disques de cuir cloués sur la chaussure.. bien sûr, à l’usage, le petit clou était plus apparent …
J’ai joué deux ans.. et puis après le bac, l’école à Clichy.. ce fut moins facile.. alors je me suis tourné vers autre chose.. j’ai pratiqué l’aïkido.. j’ai bien aimé..

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dessin-2

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Mais jamais je n’ai ressenti ce que j’ai vécu durant ces deux années.. inscrites au plus profond de moi.. peut-être je paye aujourd’hui avec les genoux qui sont douloureux.. et l’épaule qui m’a abandonné.. quand je regarde un match à la télé.. tous ces moments remontent.. les odeurs.. les cris.. les coups..

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L’autre fois.. la jeune fille d’une amie qui était allée voir un match à Twickenham.. me faisait part de son étonnement d’avoir entendu le bruit.. le choc des corps.. ben oui.. à la télévision on ne le perçoit pas.. mais ça fait du bruit.. masse contre masse.. corps contre corps.. pas de protection.. masse de muscles contre masse de muscles..

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Ce samedi soir c’est France-Angleterre..

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Je penserai à ma jeunesse.. à ces moments intenses.. je penserai au match France-Angleterre de 1970.. quand l’essai valait 3 points.. je l’avais suivi ce dimanche après-midi depuis le foyer des soldats.. où je faisais mes 16 mois.. les Français avaient étrillé les Anglais 35 à 13.. Historiques, les Dauga, Trillo, Bourgarel (un ailier aux jambes de feu***)..

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Depuis le temps a passé.. les règles ont un peu évolué.. l’essai vaut 5 points.. le professionnalisme est arrivé.. la publicité sur les maillots.. et les affaires de dopage.. eh oui.. mais l’esprit reste.. Je pourrais écrire des heures sur ce sport..

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Pour la conclusion.. je suis partagé entre deux pensées :
Celle de Saint-Exupéry : « Le but du sport est d’unir les hommes »
ou celle de Walter Spanghero.. (merci à lui) :
« Eh bé.. si j’avais pas eu le nez.. je prenais son coup de poing en pleine figure »

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logo-ffr.
Allez France !!!!

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Marc

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*** Bourgarel était d’origine antillaise. Lors de la tournée de l’équipe de France en 1971, l’Afrique du sud où sévissait l’apartheid s’opposa à sa venue. Le Président Ferrasse, appartenant aux « gros pardessus » comme on dit, fut très clair : ce serait l’équipe de France avec Bourgarel ou rien. Durant les matches, le malheureux Bourgarel fut l’objet d’agressions terribles. Mais ses camarades : Dourthe, Skrela , Spanghero .. lui manifestèrent ce que ce jeu nous donne : de la solidarité. Il y eut une gigantesque bagarre générale, puis le jeu reprit et le second « test match » se termina par un match nul. Sur un drop de Cantoni..

Publié 4 février 2017 par Leodamgan dans Divertissement, Non classé, Prose à Marc

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Le drame   39 comments

 

Le drame, que dis-je..   un  émoi  incommensurable dans la résidence.. un mystère..

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le chat et le renard

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Les chats disparaissent.. un par un.. le greffier..  un jour était là et le lendemain.. zoup.. terminé le minou..

Bien disparu..  sans laisser de traces.. pas même un poil.. ou un collier anti-puces.. rien..

Un lourd soupçon s’est abattu..

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Nous ne sommes  plus en 1870 à Paris.. quand on mangeait les chiens et les chats..

On a mangé Kiki, la chienne à ma  tante.. c’est resté une histoire familiale..

Eh oui.. en 1870.. ça clappait mal à Paname et mes aïeux ont dû se résoudre à l’horrible..

Z’ont bouffé Kiki..  becqueté.. en daube, le klebs.. et cette marque.. ce sceau s’est transmis de génération en génération..

Z ‘ont bouffé Kiki..

Un sceau d’infamie que nous trainons.. face à la SPA ou GreenPeace..

Comme les Cheyennes.. on a bouffé du chien..

Mais là.. nous n’en sommes pas là.. même si l’essence est aussi rare que les puces sur le dos d’une truite..

nous n’en sommes pas réduits à jaffer  les greffiers..

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Alors.. que dire.. que penser..

Un trafic d’organes.. de bestioles pour laboratoire.. va savoir…

Non.. un coupable est désigné.. le goupil.. on l’a vu.. trainer vers le local à poubelles..

Tout beau.. tout  rouquemoute.. avec sa  belle queue.. façon chapeau de Davy Crockett..

Alors c’est forcément lui.. c’est lui ce salopard qui s’embourbe les matous.. bouffe tout..

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Il doit les emporter tout pantelants et sans défense dans son antre..

Et comme l’ogre..

Préparer son grand couteau.. son grand chaudron.. et zoup..

Un peu de thym, de laurier..  un oignon piqué de clous de girofles..

A table, mes  petits renardeaux..

Regardez ce que Maman vous mijote..

Du matou.. bien tendre..  persillé à souhait…

Elevés au Ronron..  ou à l’autre truc, celui avec la branche de persil.. et la chouette  gonzesse en chemise de nuit qui danse sur la table..

Comme si un chat bouffait du persil.. y’a que les têtes de veau. qui s’en remplissent le tarin..

Mangez mes grands.. régalez vous…  si on manque, je retournerai demain en chercher.. y’en a d’autres..

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Ma sœur qui vit dans le sud.. celui de Rhett Butler et de Mam’zelle Scarlett..

Là.. ce sont les alligators qui se tapent les chats ou les chiens..

Eh oui..  c’est triste ..

C’est  terrible cette histoire.. mais c’est la nature..

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Publié 29 mai 2016 par Leodamgan dans Bretagne, Etel, Faune domestique, Faune sauvage, Non classé, Prose à Marc

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La constellation du chien…   31 comments

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1976-1.

Il y a quelques semaines,  la télé nous a fait un petit coup façon souvenirs.. les verts.. le chaudron,  la finale de coupe d’Europe..   les poteaux carrés..

Moi, je me souviens de ce soir là.. il y avait eu des  problèmes dans nos programmes informatiques et j’étais resté  au taf pour réparer et.. ma mission terminée.. un collègue m’avait déposé à la Bastoche  et j’étais rentré  à pinces par la rue de Charenton.. Il faisait beau et  par les fenêtres ouvertes.. j’entendais  les  commentateurs et les clameurs des postes de télé..

Pas un rat dans les rues.. Paname était figé devant  la télé.. c’était fin mai.. il avait déjà fait chaud en début de mois.. mais là.. il faisait encore plus beau.. Mais de là à penser que..

la constellation du chien..  tu parles..

En juin.. ça s’est mis à grimper.. grimper.. et quand arriva juillet.. alors là.. ça cognait.. une chaleur étouffante avait  nappé  la ville.. la limace collait sur les endosses.. et si le métro du matin sentait encore le déodorant.. le propre de la douche du matin… le soir..  c’était façon vestiaire..

Chemises et bouches grandes ouvertes.. on happait le  moindre  coup de vent.. comme un gardon sur un tas de ferrailles..

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Paris 1976 (1).

Nous  habitions, Mo et moi dans un  studio  de bonne taille qui, outre le fait d’être exposé plein sud, avait la particularité d’être entièrement vitré du sol au plafond sur toute sa longueur.. juste une grosse barre d’aluminium à mi hauteur pour permettre de  faire coulisser les fenêtres..

Au début..  ça fait tout drôle..  un peu les flubes de s’approcher de la fenêtre et même de s’appuyer..

Mais avec le temps.. et la certitude que c’était du solide….

J’avais collé du papier sur la partie basse afin de garantir un peu d’intimité vu qu’il n’y avait aucun rideau ni store..

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Paris 1976 (4).

Mais  de toute façon.. placé comme il était.. le vis à vis était le  mur en pierre du pignon des vieux immeubles qui longeaient la voie ferrée..

Nous étions le long de l’ancienne  voie de la Bastille.. (aujourd’hui  transformée en coulée verte). Et,  à part les chats ou des gamins,  rien ne se passait sur ces talus envahis par les herbes.. de l’autre coté..  l’avenue Daumesnil et ses immeubles.

La température dépassait les 30 degrés dans la journée.. et le boulot se faisait.. mais fallait s’accrocher.. tout collait.. la sueur au front..  suffisait de poser la main sur un papier et on repartait avec..

Comme cette pauvre femme  que nous avions repérée à la cantine.. elle  posait avec soin une serviette en papier dépliée.. sur le siège en plastique orange et, déployant sa jupe plissée en corolle parachute, se posait sur le siège.. Le repas terminé elle récupérait sa serviette et tout allait bien.. mais hélas pour elle.. il suffit d’une fois.. il faisait très très chaud ce jour là.. et quand elle s’est levée à la fin du repas.. Majax.. plus de serviette sur le siège..

Nous étions une bande de jeunes hommes.. costumes  cravate.. (obligatoire à l’époque..)  mais  l’adolescence  n’était pas si loin.. et bien sûr nous avons rigolé..

Je me souviens de cette pauvre femme.. digne.. mais cramoisie.. s’éloignant avec son plateau.. quand a-t-elle pu récupérer son précieux chargement.. la miche humide on avait.. comme on dit chez moi.. les rideaux collaient aux fenêtres.. le papier aux bonbons..

Il faisait chaud.. on allait de temps en temps en salle ordinateur (la seule climatisée) pour récupérer un peu.. mais je confesse que nous avons quand même passé pas mal de temps derrière  un demi au bistrot d’à coté..

Le soir venu.. quand  on réintégrait notre   sweet home.. une douce béatitude  nous attendait.. le thermomètre dépassait les  47  degrés  dans  le studio.. mes pauvres plantes.. des avocats que j’avais fait germer selon la méthode en vigueur étaient cuits.. séchés.. bon pour l’herbier..

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Paris 1976 (2).

Nous nous baladions sans presque rien.. à loilpé… nous nourrissant de trucs dits frais.. tomates ou fruits. guettant  enfin la presque  fraicheur du soir par les fenêtres ouvertes..

En face, de l’autre coté du boulevard.. une jeune femme.. nue.. tirait son lit sur le balcon et  se préparait à dormir..

On se serait cru dans une ville naturiste..  du sans textile partout.. la bouteille à la main..

l’Intermarché en bas était pillé.. la bière.. le coca.. l’eau.. tout était razzié..

J’avais trouvé chez le quincaillier à coté.. un petit ventilateur.. un truc qui lui restait..  et qui nous prodiguait un peu d’air façon sèche cheveux..  mais au moins un air mobile..  oui.. je me souviens de cette année là..

Il y a eu d’autres épisodes  de coup de chaud.. mais nous avions déménagé en banlieue.. plus d’air.. plus d’espace.. terminées l’avenue Daumesnil.. la place Rambouillet.. l’air  dense de la gare de Lyon..

Et puis bon.. avec le temps.. ça reste un bon souvenir.. punaise..

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1976-3.

S’il faut se taper ça chaque été avec le changement climatique..

On va planter des grands cactus cierges dans le  jardin.. et je vais m’acheter un sombrero..

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1976-5.

Vamos Chiquita..

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Publié 22 mai 2016 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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Tire-fort   56 comments

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Je dois admettre que ça m’a laissé pantois..

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Il m’aura fallu atteindre l’âge avancé de 70 ans passés, pour utiliser et,  par voie de conséquence, découvrir le « Tire-Fort »..

Comme son nom l’indique, mazette, ça tire fort.. Ça relève du miracle ce truc..

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Pierre couchée 1.

Dans le cadre de nos travaux de jardin, façon j’en refais un bon coin, qui  est moche.. nous avons opté  de donner un petit air Japon.. histoire de  jouer Madame Butterfly..  drapés dans des kimonos en soie.. avec des pompes en bois aux pieds.. bien sûr quand la température sera redevenue plus humaine..

Ce qui  n’est pas pour tout de suite.. vu que le trio infernal : Servais, Pancrace et Mamert (pas le mec à moustache qui ronchonne.. un autre..) nous attend histoire de  nous geler les choses de la vie alors qu’avril étant passé on aurait tout loisir de se défiler..

Bon, revenons à nos pavetons.. dans le cadre de la réorganisation.. et de la modernisation.. nous avons décidé d’adopter enfin des réformes structurelles indispensables.. ah.. je m’égare..

En l’occurrence.. une énorme pierre.. que la pelleteuse lusitanienne avait déterrée.. lors de la construction des fondations.. ce  bloc était resté là.. et nous avions fait avec.. construisant notre jardin autour.. un peu déplacé et relevé un gros bloc.. d’un bon mètre de long.. par cinquante centimètres de large..

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Pierre couchée 2.

Va savoir quelle mouche.. tsitt tsitt nous a piqués.. ou bien est-ce la conséquence logique de notre  intégration.. voire réelle  assimilation Bretonne.. nous avons décidé que cette pierre couchée.. devait devenir une pierre dressée.. (men hir.. dans le texte).

Parce que bon.. nos ancêtres.. en peaux de  bêtes.. musculeux comme Schwartzy.. quand il nous faisait le coup du barbare.. étaient parvenus.. va savoir comment.. à  dresser et aligner des cailloux gros comme des 4X4.. histoire de montrer aux dieux que bon.. fallait compter avec eux..

Avec pas grand-chose.. ils  ont levé des tonnes.. deux vieux citadins avec des  outils modernes devraient donc arriver à dresser une dent de lait de 200 ou 300kg..

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Pierre levée (3).

J’avais donc un beau levier avec une barre à mine.. mais passer de l’inclinaison de quelques degrés.. à la verticale.. comme disait mon père.. c’est une autre paire de manches..

Et me vint l’idée du tire-fort..

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Tire-fort (3).

Une commande chez un fournisseur qui n’a sans doute d’écologique (un  grand fleuve d’Amérique du sud) que le nom. Deux jours après.. contre la modique somme de 38,50 euros.. zoup.. le bazar est arrivé.. une notice épaisse comme un annuaire.. vu qu’il y avait l’explication.. en  pas mal de langues qui me sont étrangères.. et dont objectivement.. je n’ai cure.. comme dit l’abbé..

Me voilà en possession de l’outil.. inventé par un français.. en 1929..  monsieur Faure.. (Félix.. ou Roch.. pardon.. je ne sais pas)

Ce matin.. avec Mo.. vu que nous partageons les mêmes expériences et autres  innovations depuis presque un demi siècle.. nous avions planifié l’opération.

J’avais un peu réfléchi à la mise en œuvre.. un bout attaché au tronc du pin d’Himalaya.. (un merdier d’arbre qui ne fait que  monter vers le ciel..)  va me permettre  d’arrimer le tire fort..

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Pierre levée (4).

Une élingue passée sous la pierre après l’avoir soulevée un peu avec le levier..

on a un peu creusé  au cul de la pierre histoire de lui fournir un réceptacle.. façon  coquetier pour gros œuf..

Avec Mo.. comme je l’imagine pour beaucoup de  gens qui partagent durant des années.. nous n’avons  plus besoin de parler.. c’est comme si chacun lisait dans les pensées de l’autre.. en plus c’est  le plus souvent vain.. vu que nous pensons la même chose..

Mo a pris des photos.. pour son blog.. Elle m’a regardé.. posé l’appareil..  je lui ai demandé de  faire un peu levier en s’appuyant  le plus possible.. mais en restant loin du  bloc.. et de l’autre coté j’ai commencé à actionner le levier du tire fort..

Je pensais devoir utiliser une force primitive.. ancestrale.. primaire….. mais non.. le câble d’acier était tendu.. c’était un peu dur.. mais sans plus.. le  petit bruit du cliquet.. rien d’autre..

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Tire-fort (1).

La  pierre doucement s’est levée.. doucement.. la cuvette que nous avions  creusée faisait son office.. au bout d’un moment Mo m’a dit.. mon levier touche le sol.. effectivement.. la pierre était encore inclinée.. mais le levier ne servait plus à rien..

On a débarrassé et j’ai continué mon cliquet..  je suis arrivé en limite du câble.. la pierre  n’était pas dressée.. mais presque alors  je me suis dit que peut-être.. comme au temps où je portais le numéro 3.. à droite à la mêlée au rugby .. je me suis appuyé sur la pierre.. et j’ai poussé.. doucement.. fallait pas qu’elle retombe de l’autre coté..

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Pierre levée (5).

Et pile.. elle s’est calée dans le trou.. presque droite.. J’ai lâché.. me suis reculé..

J’ai regardé Mo.. on s’est souri…. c’est bien a-t-elle dit doucement….

Voilà.. je  peux garantir que je n’ai aucun lien de parenté avec Monsieur Faure.. était il un cousin de celui  qui..?   vous savez celui  qui n’avait plus sa connaissance.. certes il y a le coté  « tirer » ..  étrange ce  rapprochement de vocabulaire.. mais je m’égrillarde.. et ne voudrais pas après un tel exploit tomber dans le graveleux..  transformer mon billet en article de ces journaux spécialisés.. ceux aux grandes pages vertes  de ma jeunesse..

Voilà.. une  bien  belle expérience.. une bien belle invention..

En épilogue:  allez on se lâche comme durant les entractes de  mon enfance..

Pour tirer fort.. pensez à Monsieur Faure.. j’évite le Faure c’est fort… déjà pris..

Jean Mineur Publicité Balzac zéro zéro un..

Pour les photos.. une seule adresse.. le blog de Mo..!!

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Marc

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PS : je laisse à Marc la responsabilité de sa pub pour mon blog. Mais non, il n’y a pas entente illégale ni conflit d’intérêt.

Mo

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Balade de St Véran au col Agnel en 1979   55 comments

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C’était au temps.. disons du temps d’avant..

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le temps où nous allions en montagne.. dans le Queyras.. l’été y crapahuter ou chercher des minéraux et l’hiver y faire du ski.

Une année, il y avait si peu de neige.. que nous découvrîmes le ski de fond.. et ma foi.. les années passant, nous étions devenus plus chevronnés et aptes à envisager des randonnées plus longues.. sans passer sa journée les miches au frais à cause des chutes fréquentes.

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St Véran Col Agnel (8).

Cette année là, avec un moniteur, et une partie du club de ski.. l’objectif fut de faire un grand tour qu’il n’avait encore jamais fait en hiver..  départ Saint Véran, par la vallée de Fongillarde, rejoindre le refuge du col Agnel (qui n’était pas ce qu’il est aujourd’hui), puis par le col de Chamoussierre.. rejoindre la Chapelle de Claussis où nous attendrait le reste du club de ski.. avec l’autre moniteur.. sur le papier, belle randonnée.. départ St Veran 2040 mètres.. refuge du col Agnel.. 2600 mètres par la route, 16 bornes pour aller jusqu’au refuge.. le retour.. quien sabe..

Le lendemain.. col de Chamoussière 2900 mètres.. et retour tout en descente.. à priori.. bonne météo.. bonne neige.. beau ciel.

Nous ne partîmes pas cinq cents.. et sans prompt renfort.. nous partîmes à huit.. trois couples.. une dame seule et le guide : Pierre.

La randonnée à ski avec peaux de phoques sur des skis larges et des chaussures fixées, c’est une chose.. la randonnée avec des skis de fond, c’est un peu plus folklorique..

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fartage

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D’abord, à cette époque, on fartait les skis. Farter consiste à étaler une couche de produit (la « poussette ») qui a pour effet de faire glisser dans un sens et retenir dans l’autre.. ainsi on grimpe les pentes sans coup férir.. on glisse d’un mouvement harmonieux et souple.. la longue spatule vers l’avant.. ça glisse impec.. et quand on propulse l’autre.. le fart retient le ski et hop.. on avance gracieux et souple.. en poussant d’un mouvement alternatif sur les bâtons.. c’est le stawug.. une course avec des skis aux pieds.. (aujourd’hui, on ne fait plus guère comme ça.. mais bon..).. le mouvement est souple.. élégant.. on glisse sur la neige.. sans bruit..

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rode-poussettes

Du fartage dépend la journée de ski.. un mauvais fart et le ski relâche.. c’est à dire glisse en arrière.. transformant une séance de plaisir en bagne.. et le mouvement harmonieux devient une marche façon marche en raquettes.. il y a différentes sortes de fart en fonction de la température de la neige.. depuis l’argento quand la neige est plus proche de la soupe.. là.. on tartine un dentifrice collant.. qui colle autant sur les doigts que sur le ski.. à la poussette verte quand on est en dessous de.. bon.. très froid.. façon moins 10 .. ou pire.

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Batons

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Le ski de fond pratiqué sur une neige dure.. c’est bien.. dans des traces préétablies, c’est mieux.. dans de la neige ‘’vierge’’.. ben faut un couillon pour faire la trace.. en général c’est le guide.. mais au bout d’un moment faut relayer et c’est un autre qui à son tour s’enfonce dans la poudreuse jusqu’aux genoux.. pour y faire de purs sillons.. le prix à payer est qu’on attrape vite froid aux pieds et que les chaussettes se transforment en serpillières mal rincées.. (des wassingues.. dans le Nord).

Bien ce préambule indispensable étant fait..

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St Véran Col Agnel (3).

Nous sommes partis de St Veran.. chacun portant son sac avec chaussettes de rechange.. fil a coudre..(eh oui.. les accidents de futal.. ça arrive..) tee shirt.. etc.. Kway.. les denrées et ustensiles communs ayant été repartis entre tous.. les hommes portant plus.. la dame seule ayant prétexté qu’elle se suffirait de quelques fruits secs dans sa banane abdominale.. et que ce faisant, elle ne voyait pas l’utilité de se charger de choses dont elle ne jouirait pas.

Saine ambiance.. longs regards échangés..

Mais basta.. nous sommes partis.. le fart aux pieds.. la crème sur le pif.. la joie au cœur.

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Vin

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Comme j’étais en bonne forme et que je ne tombais plus beaucoup.. il m’échut de porter le plus précieux.. le pinard.. deux boutanches.. le moniteur portant une hache pour couper un peu de bois sec.. enfin.. sec, c’est vite dit..

La descente vers la vallée s’est opérée sans problème.. quelques gamelles pour la fin de peloton.. mais rien de grave.. la longue ligne droite le long du torrent.. enfin.. de son nid recouvert de neige.. le matin fut un pur régal.. terrain plat.. un paysage digne des grands.. au loin.. le col Agnel qui mène vers l’Italie.

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St Véran Col Agnel (9)

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Le repas du midi près de grosses pierres roulées par le torrent à la fonte des neiges.. un feu rétif et  difficile à entretenir .. mais qui, au prix d’efforts et d’essoufflements, nous permit de faire griller nos steaks au bout d’un bâton.. entre la terrine et le claquos.. ce fut un délice.. manger la viande avec les doigts.. déchiqueter comme on peut.. couper au mieux avec l’opinel.. nouvelle version de Jeremiah Jonhson..

La dame qui s’était largement nourrie de trois pruneaux et deux figues.. grande dame mince aussi longue et fine que ses skis.. nous regardait bâfrer.. couper de gros morceaux de pain.. gouleyer avec la boutanche qui passait de mains en mains.. finalement.. comme Kevin Costner au loup du film presque éponyme.. on lui a mollement proposé un peu de notre indigne pitance.. et ma foi, après quelques chichis d’usage, et sans doute de remords elle a accepté et s’est rapprochée du feu.

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St Véran Col Agnel (1).

Mais la messe n’était pas dite.. après le plat et les plats.. fallait grimper.. et là.. là.. au bout d’un moment.. les muscles se sont faits plus réticents.. le stawug moins élégant.. ça commençait à peser.. le temps s’est mis à changer un peu et une petite neige fine s’est mise à tomber.. rien de grave.. mais ça a dû changer la température.. et le fart faisait moins son office.. un mètre j’avance et un peu je recule.. la marche est devenue pénible.. lourde.. il a fallu mettre le Kway.. c’est bien ce truc.. ça coupe le vent.. ça arrête la pluie ou la neige.. mais en dessous.. le sauna.. tu baignes dans ton jus..   le sac commence à tirer les épaules même s’il reste peu de pinard.. ça pèse.. devant moi en Kway rouge.. Mo me montre la voie.. et derrière moi.. ça s’est étiré comme un peloton en montagne..

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St Véran Col Agnel (6)

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Punaise j’en chie.. j’ai soif.. je m’arrête un peu.. et tant pis je pichtegorne un coup de jaja.. misère ça requinque.. et cette trace qui n’arrive pas.. il est encore loin ce foutu refuge?

La neige tombe plus drue.. devant moi à une vingtaine de mètres.. le Kway rouge pousse sur ses bâtons.. je la vois elle.. elle est là.. ma Mo..

Bon.. faut pousser, pousser.. le pied relâche.. saloperie.. allez.. je vais m’en jeter un coup.. je me retourne.. ils sont loin les collègues.. mon pote est là-bas loin.. près de sa jeune femme qui est tombée pour la nième fois.. de toute façon.. faut continuer.

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gendarmes5

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Au détour d’un virage.. deux silhouettes au dessus de moi.. mince, des gendarmes! deux superbes gendarmes fiers.. droits sur leurs skis.. hiératiques.. eh oui.. quand le temps est moche.. ça passe le trafic entre l’Italie et la France.. pas de Schengen à cette époque.

Je les apostrophe : ‘’hello.. c’est encore loin le refuge.. ? » – « Noonn.. vingt minutes.. un peu plus.. ». Allez une dernière lichette de pinard.. et ça repart.. vingt minutes.. une rigolade.

La tache rouge a pris de l’avance elle est plus loin.. Mo.. elle fonce.. j’ai mal aux bras.. j’ai froid aux mollets.. le futal est trempé..j’ai les arpions gelés.. j’en ai marre.. oui.. 20 minutes, il disait le pandore.. j’en ai mis 45..

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St Véran Col Agnel (5).

Mais bon.. ça y est.. j’y suis.. le moniteur est ressorti.. guetter le reste..

Moi je demande une bière au gardien du refuge.. un gars bien jeune.. qui le garde.. seul.. avec son chien.. elles sont chères me dit-il car je les porte à dos d’homme pour ravitailler.. pas grave.. je suis comme une éponge qui aurait séjourné au soleil.. je suis une ruine.. je confesse que j’en ai bu trois.. avant de me sentir de nouveau en état de bouger.. enlever les chaussures.. les chaussettes trempées.. me mettre les miches près du poêle.. après avoir changé les chaussettes.. séché un peu.. tout le monde était arrivé.. je suis sorti me griller une tige de huit.. j’étais redevenu moi-même.

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Chaussettes1

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Pot-au-feu

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Nous avons mangé le soir.. dans l’odeur unique des chaussettes qui sèchent sur un fil au dessus du poêle.. mélange de fragrances d’humidité et de salle de sport.. le repas était simple : une soupe de légumes fumante.. et un pot-au-feu accompagné de riz.. la viande bien gélatineuse et grasse serait d’ordinaire restée sur le bord des assiettes.. mais en ces circonstances elles furent récurées.. nettoyées.. abrasées..

Une ambiance si particulière.. des choses partagées.. les rires.. je me souviens qu’il y avait quatre autres personnes.. des amis, journalistes d’un quotidien qui parait l’après midi.. qui, eux, faisaient en peaux de phoque une randonnée sud-nord.

Bien qu’agréable, la soirée fut courte. La fatigue aidant, nous nous hâtâmes de rejoindre le dortoir..

Des matelas côte à côte sur un grand châlit de bois.. chacun a pris sa place.. les couples en alternance.. le guide et la dame mince, eux, vivant leur vie chacun de leur côté.. l’agencement sage et alternatif du coucher.. un homme.. un espace.. une femme.. un espace.. fin du couple.. grand espace.. se retrouva bouleversé au matin.. le froid aidant.. ce furent trois tas.. sous des couvertures et autres empilement de vêtements chauds.. que le guide vint réveiller sur le coup de 04h30 du matin.

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St Véran Col Agnel (11).

Il voulait passer les couloirs à risque d’avalanche avant que le soleil ne les frappe.. le réveil fut un calvaire.. quitter le chaud refuge de sa douce.. même tout habillé..

La toilette expédiée.. un lavage des dents.. un peu d’eau au coin des yeux.. l’eau froide et le froid du recoin n’incitant pas à découvrir la moindre parcelle de peau.. pas viking moi.. en fait, je m’étais trimballé dans le sac plein de choses pour Mo et moi.. pour rien.. pour la tringle à rideaux comme on dit.

Le petit déjeuner roboratif…. les chaussettes et les chaussures sèches.. les bouteilles de vin réapprovisionnées.. payé le taulier.. sommes sortis.. bigre.. ça pinçait.. il faisait si froid.. que nous avons farté poussette verte.. c’est dire.. au moins celle-là elle ne colle pas partout..

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St Véran Col Agnel (12).

Je me suis grillé une Gitane en regardant la vallée plus bas.. en songeant que la prochaine ce serait à l’arrivée.. le paysage était magnifique.. et nous sommes partis.. il faisait nuit.. puis petit jour.. Pierre nous faisait découvrir les traces des animaux.. là un lagopède.. ailleurs un lièvre.. le parcours débuta dans le plaisir de la découverte.. le plaisir de l’explorateur.. mais bientôt ce fut plus dur.. dur.. la pente plus raide.. le froid qui emplit les poumons.. brûle le nez.. et cette Gitane que je n’aurais pas dû fumer.. saloperie.. j’arrête.. c’est décidé..

Nous sommes passés par des amoncellements de rochers, la marche devenait escalade.. il a fallu enlever les skis.. s’en aider comme d’une corde.. pour ensuite retrouver un terrain bien pentu.. mais où la poussette verte accrochait bien.. monter en biais.. conversion.. repartir.. on grimpe en zig zag.. boustrophédon la trace.. après plusieurs heures d’effort le soleil était bien haut quand nous sommes enfin arrivés au col..

C’était bien le temps du casse-croûte.. le ciel était bleu sombre.. rien.. autour, une vue extraordinaire.. des crêtes.. des pics.. une alternance de nuances de blancs et du sombre des parois.. l’air si froid.. mais qui semble si vierge de toute pollution.. le moniteur qui gueule : « Pas par là.. y’a des plaques à vent ! ».. le plaisir d’avoir réussi.. la suite était la récompense.. nous avions réussi.. c’est vrai que c’est un immense plaisir.. arriver à ses fins après en avoir bavé..

Nous avons partagé les restes de la veille.. boites.. terrine.. fromage qui n’avait pas le mental à couler.. l’avait pris froid dans le sac.. mais bon.. une petite pause.. tartinés de crème.. on sentait la peau cuire sous les rayons.. en fait faut penser aux oreilles.. ça morfle faciles les lobes.. si tu fais pas gaffe elles rissolent comme des girolles dans de l’huile chaude…..

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St Véran Col Agnel (13).

Le temps était venu de redescendre.. le moniteur nous a dit.. « C’est par là.. tout droit.. suivez ma trace.. » et il est parti.. en quelques secondes il fut un petit insecte plus bas.. et nous nous sommes élancés.. c’est quelque chose de descendre dans de la neige toute fraiche.. neuve.. de la neige à soi.. juste le vent dans les oreilles.. le chuintement des skis.. on s’arrête.. on regarde.. on hume.. on savoure.. un coup d’œil derrière.. les traces des camarades.. chacun son parcours.. et quelquefois.. la trace fine est interrompue par un gros gribouillis : « Ah.. il s’est   ramassé.. » .. au détour de la trace du guide.. là-bas en bas, des silhouettes qui gesticulent.

Ca y est nous y sommes.. bon.. là, faut pas merder.. pas tomber.. faut arriver nobles.. altiers.. burinés.. façon seigneurs des cimes.. mais punaise.. ça fait du bien.. ce soir un bain chaud.. je vais m’y prélasser.. ouais.. avec des sels parfumés.. ou alors avant.. un sauna.. ah oui.. pas bête ça.

Cette fois on entend les cris.. les prénoms.. nous y sommes.. les embrassades..

« Ouais ..on vous voyait en haut.. on vous a vu descendre.. alors c’était bien? »

Les questions de partout : « C’était dur ?.. nous on pourrait le faire? »

« Tiens passe moi ton sac.. »

Oui.. ce fut et ça reste un bon souvenir.. cette année là.. l’ambiance était telle que j’ai eu le cœur très serré quand nous sommes partis.. et que ceux qui restaient nous ont chanté « Ce n’est qu’un au revoir .. »

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Power Through Riders ascend the Haute Catergorie climb of the Col Agnel on stage 18 of the Tour de France in Galibier, France. Mike Powell 01

Il y a quelques années, le Tour de France a grimpé le col Agnel.. bien sûr j’ai regardé..

Bon.. c’était l’été et ils sont montés pour certains peut être à l’EPO ou je ne sais quoi..

Tout  ‘armstrongués’ du moltogome.. à l’insu de leur plein gré..

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Moi.. je l’ai grimpé l’hiver.. et tout au pinard..

Question de génération sans doute?

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Publié 10 mars 2016 par Leodamgan dans montagne, Non classé, Prose à Marc, Sain Véran

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