Archives de la catégorie ‘Prose à Marc

Blog en pause   45 comments

Pour ne pas vous contaminer avec mes microbes

Ben voilà..  ça a commencé doucement par un petit picotement dans la gorge et le nez qui coule..

Marc est passé à la  pharmacie et est revenu avec tout ce qu’il fallait.. sirop.. nébuliseur  aux huiles essentielles.. pastilles  etc.. un kit  parait il aussi efficace que la  6eme flotte.. bref j’avais la force de frappe du Missouri et du Bismarck réunis..

Seulement voilà.. je ne sais quel alien avait réussi à pénétrer  l’édifice mais je me suis retrouvée avec un nez façon Niagara.. des bronches façon incendie de Londres en 1666.. et dans la  tête.. les bandas d’un match Perpignan Montpellier.

Comme de surcroit, étant gagnée par la fièvre du samedi soir.. et la toux qui n’était pas de pique.. la situation semblait désormais relever plus de la prestation  Diaphoirus que de la médication par mon époux qui, faut bien le dire.. malgré ses soins attentifs a été vaine..

Lundi j’ai donc poireauté presque deux heures à la consultation.. dans une salle où semblait régner une atmosphère de concours.. à qui la plus belle quinte.. que penses tu de ma rafale d’éternuements.. et ma toux.. pas convaincante ma toux? En un  mot : « où vas-tu bacille.. ».

En moins d’un quart d’heure la messe était dite.. je suis ressortie avec une prescription aussi longue qu’une lettre de président.. et une pharmacopée à faire frémir la ministre de la santé.. qui ne pense qu’au trou.. antibiotique comme ci.. cortisone comme ça.. doliprane..  sirop.. et autres  garnitures..

Bref, je vais mieux aujourd’hui mais j’ai encore quelques jours de traitement…

Ce qui m’anéantit le plus.. c’est que demain dimanche.. tintin.. nib.. polop.. macache.. pas de ti punch dominical..  parait qu’avec les antibios faut éviter.. la scoumoune..

Voilà, tout cela pour  vous dire pourquoi mon  billet hebdo est court.. vu qu’ayant eu  les hémisphères cérébelleux encalminés toute la semaine.. le vent de l’inspiration n’a pas  gonflé la voile de  ma rédaction..

Marc

Donc, merci Marc d’avoir guidé mes doigts sur le clavier.

Mo

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Publié 19 janvier 2019 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc, sante

Bro gozh ma zadoù   59 comments

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Que dire de la colline écrasée de soleil.. des pins qui se penchent vers la mer bleue.. immensément bleue…

Le chant des cigales… cette chaleur qui vous prend… la sieste sous les muriers platanes..

les fourmis qui courent  sur le fil de fer là.. au dessus de la tête tandis qu’une incoercible envie de dormir..

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Que dire des petits matins dans la forêt des  landes.. en marchant entre les bruyères et les fougères.. cette odeur forte d’humidité.. le pas élastique sur le sol couvert d’aiguilles de pins.. l’odeur de la  résine qui suinte vers les petits pots d’argile..

On se dirige vers le  lac  qui fume..  saupoudré du jaune du pollen des pins.. le  martellement au loin du pic.. et un gros remous la bas  près des nénuphars..

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Que dire  du ciel  étoilé..  du chant des grillons..

des insectes de la nuit quand la tiède brise de mer passe au dessus du maquis encore chaud de la  journée et vous porte cette odeur unique..

des  plantes du maquis.. bruyères.. arbousiers.. cistes.. myrtes..

Les marins grecs  qui la nommaient Callisté.. prétendaient qu’on sentait cette ile avant de la voir..

Oui.. tous ces  moments.. tous ces instants de ma jeunesse.. Le Pradet.. Ondres.. Solenzara..

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Pourtant..  depuis 15 ans que nous sommes ici.. je n’ai pas de nostalgie…  Peut être parce que je suis sûr que je ne pourrais retrouver ces souvenirs..

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mais aussi  parce que,  quand nous arrivons à Lann Bihoué,  que l’avion amorce son dernier virage sur le tarmac,

j’ai l’impression de revenir  d’un lieu d’où je ne suis jamais vraiment parti..

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Pourquoi ici.. j’aime la pluie.. le vent.. le vrai.. comme le mistral.. celui qui fait chanter les fils..

gronder la barre au loin comme si un train sans fin déchirait  le souffle de la nuit..

Pourquoi je me sens si misérable face à ces tonnes d’eaux vertes et écumantes qui se fracassent sur la côte sauvage..

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et qui peuvent en  quelques jours se retrouver si bleues.. si calmes..

Pourquoi j’aime ces arbustes qui poussent dans le  vent salé, l’ajonc qui nous offre son or presque toute l’année

Le cri des goélands piailleurs et bagarreurs qui se chipotent  pour une étoile de mer ou un morceau de papier..

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Et les sentiers..  qui serpentent entres des murets moussus et couverts d’arbustes..

on s’attend à tout moment à entendre le cri de la chouette.. ou même de voir l’Ankou et sa carriole grinçante..

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Les chemins dans la dune..  aux plantes si belles et parfois rares qui  résistent aux conditions les plus rudes.. vent.. sable..

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Et parfois l’eau salée quand, dans un effort énorme, la terrible  alliance de la houle et du vent .. permet à la mer d’aller couvrir des endroits que d’ordinaire elle ne voit  que de loin, laissant à  son départ ses cadeaux d’estran.. algues.. goémon.. varech.. peu importe le nom.. morceaux de bois galets roulés et roulés encore..

Que dire  de toute cela… né à Paris depuis pas mal de générations.. serais-je en train de trahir mes ancêtres… Bro gozh ma zadoù..

C’est vrai que  je n’ose même plus  retourner à Paris tellement je souffre de voir ce qu’il est devenu..

Alors  ça doit être un réflexe de survie.. je me suis créé un nouveau pays.. ou un besoin de se raccrocher à la nature.. aux rochers immuables qui seront encore là bien après nous..   au menhirs qui  veillent sur  ce coin  comme des soldats pétrifiés..

Il y a dans cette terre sauvage accrochée sur son granit ..offerte aux terribles vents.. quelque  sort.. quelque charme.. qui  attrape l’âme aussi surement qu’un bagad peut, à sa guise, donner envie de danser.. ou de pleurer ..

 

 

Chaque pays a sa folie, la Bretagne les a toutes.

 (Jacques Cambry, fondateur de l’Académie celtique en 1805).

Marc

 

Publié 7 janvier 2019 par Leodamgan dans Bretagne, Non classé, Prose à Marc

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Juste un hommage   60 comments

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Cette semaine, la télévision  a occupé une bonne partie d’une  après-midi  bruineuse en passant le film « Troie »..

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plus de 03h00 de péplum.. avec  la belle Diane Krüger en Hélène.. Brad  Pitt en Achille..et Lawrence d’Arabie en Priam..  (même Ned Stark nous faisait Ulysse..)

Grand spectacle hollywoodien.. combats.. lances.. tout ça sentait la sueur et le sang.. et les nobles sentiments..

Un peu d’états d’âmes de Brad pour philosopher sur les vicissitudes d’être un héros..

Pour un peu on entendait Cloclo  chanter le mal aimé..

Moi j’ai pensé à deux  professeurs qui ont marqué ma scolarité.. et  pourquoi  pas, ma vie..

Un prof d’Histoire.. et un prof de Français.

Pendant qu’Achille zigouillait à tout va, me revenaient  ces vers de Jarry..

Hélène,
La plaine
Hellène
Est pleine
D’Éros..

L’agile
Achille
Mutile
La ville
Où pâme
Priam

Ce film a dû faire tourner mon vieux prof dans sa tombe.. non.. Paris n’a pas tué  Menelas.. et non Briseis n’a pas égorgé Agammenon..

Ce film est un monument  dans la réécriture  de la mythologie méthode US.. fi d’Andromaque..  Ajax est présenté comme un géant  à moitié abruti..

Peu importe le respect  du texte… du moment que ça saigne..

Ce prof a marqué mon enfance.. il fut notre prof d’histoire et géo de la 6ème  à la 4ème..

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Il parlait grec et latin… lisait le hiéroglyphe dans le texte.. et quand il nous emmenait au Louvre voir les salles Egyptiennes, il  nous décryptait les stèles comme nous on lisait l’Oncle Paul dans Spirou..

Comment ne pas être fasciné.. en fait je n’avais qu’à écouter son cours et  j’en étais imprégné…  imbibé.. c’était gravé à tout jamais… plus de  60 ans après quand j’ai vu ce film..   toutes les incongruités  me sont apparues…

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Ce prof était extraordinaire.. il mettait en scène son cours… n’hésitant pas à s’allonger sur son bureau pour nous expliquer comment on tuait les esclaves..  les  comparant aux allumettes pour  bien nous faire comprendre combien  ces  malheureux n’étaient rien ..

– Vous faites attention à l’allumette quand vous allumez le gaz ?

– ben non..

– eh bien les esclaves, pour Rome, c’était pareil..

J’ai  aimé ce prof… je l’ai admiré..  les années suivantes   peu  de choses me sont restées de mes cours d’histoire et géo..  au bac,  j’ai même fait l’impasse là-dessus,  me concentrant sur les gros  coefficients.. math et physique..

Mais  ce prof..

Il a   gravé ses cours  en moi..

Et l’autre, le prof de Français.. que j’ai eu plusieurs années de suite..  il venait du sud-ouest.. il avait un nom qui prêtait à rire.. le premier jour il a dit je m’appelle.. ‘xxx’.. un frémissement a parcouru la salle..

– Oui, ben voilà.. maintenant vous le savez..

Et puis plus rien.. jamais..  on disait : « j’ai ‘xxx’ en français » .. mais sans penser à rigoler ou à faire une plaisanterie..

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Montaigne                                      Jarry                                                  Jacob                                     Supervielle

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Parfois en arrivant  le matin :

« Ah.. je pensais  vous parler de Montaigne ce matin.. mais en fait,  je voudrais vous parler de Jarry..et  Max Jacob.. »

– vous connaissez.. ?

– non

– ah.. Max Jacob arrêté par la Gestapo écrivit : « Arrêté par la Gestapo, prononcer :  j’ai ta peau »

Et c’était parti.. une heure de découverte, d’écoute ..  un autre monde.. Supervielle, Jarry..

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Georges Fourest ..  « Qu’il est joli garçon l’assassin de Papa.. »

Même s’il nous faisait décortiquer le Misanthrope.. ou Les Caractères.. Il trouvait toujours un moyen de nous ouvrir l’esprit  sur autre chose..

– La Modification.. ? ça vous dit.. ?

– non

Et ça recommençait….

Je le revois nous expliquer les adjectifs  Homériques.. Hector au casque ondoyant..le rusé Ulysse.. Achille au pied léger..

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et l’inénarrable « servante à la belle ceinture » où, à l’aide de gestes,  il tachait de nous expliquer, qu’en fait de ceinture, c’était plus haut que la nature avait été généreuse..   mais tout ça dans le feutré.. dans le pudique..

Ce péplum  américain truffé d’insultes à Homère m’a fait penser à eux et m’a donné envie d’écrire combien j’ai aimé ces deux profs..  puissent ils être,  l’un  à l’Olympe en train de disserter avec Athena  et l’autre dans la galaxie de la Pléiade..

Je voudrais rendre hommage à ces enseignants..   je ne cite par leur  nom..  je ne sais pas  si je peux..   mais je souhaite que  d’autres comme  eux aient pu poursuivre dans cette voie..  dans cette façon.. Si particulière… si captivante..

Savoir fasciner.. savoir faire aimer.. inscrire une empreinte  définitive.. donner l’envie de lire.. de comprendre… d’étendre sa vision..

Sans doute  est-ce l’amour de leur métier et l’amour qu’ils nous portaient qui nous a nimbés..

Merci Monsieur D…. prof d’Histoire et Géo

Merci  Monsieur C….  prof de Français

Marc

 

Publié 30 décembre 2018 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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Tranche de pain, tranche de vie…   53 comments

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Ce matin, comme tous les dimanches…

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J’ai fait mon viron* du dimanche: le pain, puis le cimetière sur la tombe de mes parents.. un rituel…

Ici dans notre commune, le pain, le bon pain est une denrée rare..

Il a plus  d’innovants qui ont réussi le jumelage avec Monsieur Bricolage… tu as un pain insipide le midi.. et un marteau le soir..

J’ai fait la remarque une fois… le gonze* m’a rétorqué que la ficelle, c’était  fait pour manger   »de suite »…

Mais il y a un boulanger qui fait ses trucs à l’ancienne.. il  est bardé de médailles..  façon meilleure baguette, meilleur éclair etc..

Tout ça pour dire que son bricheton*  a le goût du pain d’avant..  et le dimanche matin, y a intérêt à se pointer à l’aube.. car il y a du peuple..

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En fait, j’en ai déjà parlé… c’est celui qui a installé sa machine à  aspirer les biffetons.. une machine inventée par Bercy sans doute…

En tout cas, pas de bol.. ça fait un mois que  sa moloch à flouze* est en rade.

Tractation à l’ancienne..  faut cigler* dans les doigts farinés et fuselés de la  boulangère.

Bref ce matin, faisant une croix sur ma grasse mat’, je me pointe, le jour se levant à peine, vers les  huit plombes..

Hé ben mauvaise pioche y’avait pas une place pour se  garer…

Obligé de se garer à perpète.. bref, je me gare devant une maison en construction.

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En même temps que je m’extrayais du véhicule.. de dessous la palissade, sort un beau greffier*.. un beau bestiau au poil gris.. un gris tendre… gorge de pigeon.

Le matou se dirige vers moi en miaulant avec véhémence..  tête bien droite.. décidé…  gueule grande ouverte à me montrer ses petits crocs..

Il y a un truc qui lui déplait.. en fait il me demande quelque chose mais quoi..

Je lui parle doucement.. il vient frôler mes fumerons* histoire de déposer ses phéromones..

Il accepte  poliment un gratte-gratte sur le crâne mais sans plus.. juste histoire de dire… « OK gratte moi.. mais agit.. ».

J’ai fermé la caisse à boulons et suis parti chez le roi du fournil..

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A mon retour, à peine arrivé-je à quelques mètres, il est sorti de dessous la voiture pour me vilipender de nouveau.. il venait vers moi, sa petite tête.. ses grands  yeux guettant le geste attendu..

C’est clair, je ne répondais pas à ses espérances..

Je lui ai expliqué  avec regret que je n’avais rien à lui donner…  j’ai refermé le coffre..

Il a dû comprendre que  nous n’étions pas faits pour  partager..

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Il est reparti digne mais déçu.. la queue en l’air.. me découvrant son trou de balle rose..

Ben oui..  j’ai failli.. va savoir..

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Je souhaite dans ma maison :
Une femme ayant sa raison,
Un chat passant parmi les livres,
Des amis en toute saison
Sans lesquels je ne peux pas vivre.

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Marc

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viron : petit tour, balade..

gonze : bonhomme, type..

bricheton : pain

flouze : argent,

cigler : payer

greffier : chat

fumerons : jambes

 

 

Publié 16 décembre 2018 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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Modernité   60 comments

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La boulangerie où j’ai l’usage d’aller était fermée.. en travaux depuis fin juin..

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j’allai donc à la maison mère puisque ces deux boulangeries sont jumelées et on y trouve un pain qui est un pain.. des ficelles trop pâlichonnes à mon goût mais qui ne deviennent pas des bâtons de police le soir..

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j’avais fait remarquer ce phénomène à un autre boulanger.. il m’avait rétorqué, outré, que les ficelles étaient faites pour être mangées dans les quelques heures.. pas à garder pour le soir.. eh oui.. un boulanger qui avait dû sécher les cours.. ou un gougnafier bon à crucifier sur son fournil…

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Bref ce matin, la boulangerie usuelle était ouverte..  transformation significative..  espace plus grand.. présentoir des gâteaux en arc de cercle pour faciliter la file d’attente qui en général se prolonge de plusieurs  bons mètres dans la rue.. une boutique nouvelle.. une caissière nouvelle.. et l’autre qui me connait et que je complimente pour les travaux..  une caisse nouvelle.. et nous y voilà.

Je prends mes pains habituels.. des « petits Morin »  du nom du sous-affluent de la Seine qui coule en Seine et Marne..
(NDLR : en fait il y a le petit Morin et le grand Morin, Morin signifiant marais en briard).

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Je complète avec deux gâteaux et m’apprête à lui tendre mon biffeton de 20 euros.. quand elle m’indique, au bas de la caisse, deux espaces en creux dont l’un muni d’une fente et m’enjoint d’y glisser mon billet… je m’exécute et la machine telle un ministre de Bercy m’aspire goulûment le billet.. pour le recracher aussitôt..
Eh oui, en bon vieux inadapté au modernisme je n’ai pas calé mon billet sur la partie droite de la goulotte.. servant ainsi de guide.. ce qui, avouons le, sans explication, n’est pas d’une évidence biblique..

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(non, cela ne me ressemble pas).

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Fort heureusement, en ces  jours d’aout et si tôt, il n’y avait personne derrière moi pour lever les yeux au ciel en pensant que, décidément, les personnes âgées sont un poids pour les actifs qui n’ont pas que ça à foutre , eh oui.. ces  actifs fringants  greffés  du smartphone.. pas patients.. t’inquiète mon gars.. ton tour viendra.. ! 

( peut être…).

.Je réitère  la manœuvre sous l’œil bienveillant de la caissière.. mon  billet disparait dans cette fente Darmanesque.. et un cliquetis m’annonce dans le creux d’à coté.. tel un bénitier en plastique avec un plan incliné (pas très bien orienté et donc perfectible) la monnaie qui dégringole comme dans les phantasmes de l’oncle Picsou..
Misère.. au lieu d’entendre le traditionnel..  30.. 80.. et 20 qui font 100.. voire,  comme  on disait  du temps d’avant, et 20 ça fera la rue Michel.. une machine.. le gros pognon entre.. le petit pognon sort..

J’en suis resté comme deux ronds de flan.. (c’est la cas de le dire puisque nous parlons monnaie).

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En regagnant la voiture  après avoir trouvé que c’était  pas mal.. j’ai songé à tous ces doigts plus ou moins propres qui allaient caresser cette sébile à flouze..
Z’auraient pu faire balancer un coup de pouit-pouit (désinfectant).. histoire de désinfecter.. ça va devenir rapidement un  nid à microbes.. les scrofuleux.. eczémateux.. les ceusses qui ne se lavent pas les mains après avoir été  lisbroquer ou  couler un bronze..

Beuah.. tu prends  ton pain main droite.. tu changes de main pour récupérer ta braise.. et tu reprends ton pain.. le tartinant avec les cadeaux  bonux.. beuh..
Ça me fait suer de prendre la carte bancaire sans contact.. j’y suis hostile..  mais là..
Je ne vais quand même pas arrêter de manger du brignolet..

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En tout cas..   quelle modernité!

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Marc

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gougniafier  : bon à rien, goujat

flouze : argent. Synonymes : pognon, artiche, braise, blé, radis, oseille, fric, ronds, etc…

lisbroquer : pisser

couler un bronze : faire la grosse commission. Synonyme : poser sa pêche.

brignolet : pain

 

 

 

Publié 20 août 2018 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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Mnémosyne   53 comments

Je n’avais pas encore quinze ans.. et je n’avais aucun diplôme..

pas même mon certif comme me le répétaient mes parents..

Ma mère.. elle est l’avait eu son certif.. et puis premier prix du Canton  en « enseignement ménager ».. pas peu fière ma Maman…

Bon tout ça c’était histoire de dire car là dessus ils ont fait ce qu’ils pouvaient pour que je puisse faire ma scolarité.. dans l’établissement où j’étais, en 6ème, ils ne faisaient pas passer le certif.. c’était direct la lune..  en 3eme..le brevet.. ensuite,  ensuite.. là.. c’était la porte ouverte sur le boulot.. ou  alors.. le bac et puis une école.. donc en 1960..   ce fût mon premier examen  exception faite  du concours d’entrée en 6ème. En tout cas.. je devais avoir un diplôme officiel.

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C’était en juin et l’endroit choisi était un établissement rue Geoffroy l’Asnier dans le 4ème  à Paris.. pas compliqué.. le  dur jusqu’à la Bastoche avec les potes.. puis le métro.. on avait potassé tout ça, mais en bons banlieusards, tout cela n’était que routine  pour nous..

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Sauf qu’en juin 60..  y’avait du mouvement social..  ça  merdouillait.. je ne sais plus  pourquoi.. ni par qui mais le jour de l’examen c’était le bazar dans le métro.. les rames passaient au compte-gouttes et je me souviens que quand nous réussîmes à monter dans notre wagon..  en poussant, forçant.. dans le wagon d’à côté un gros bruit  de verre et des cris..  une vitre avait pété sous la pression des  gens.. c’était vrai que dans le métro  quand ça pousse ça pousse.. ça tasse.. là y’a pas de question de distance de promiscuité ou de contact admissible ou non.. là.. tu mixes. tu agglutines.. tu compactes.. bref c’était le bordel.. d’ailleurs ce fut le bordel toute la journée..

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En arrivant à ce collège nous étions passés devant un édifice  « le mémorial du martyr juif inconnu »..  je connaissais le soldat inconnu à l’arc de Triomphe.. mais ça c’était inconnu de moi,  je  savais ce que ces malheureux avaient eu à subir durant la guerre.. ma mère m’avait raconté les mecs en imper et en chapeau.. les rafles, les cris, les gens qui pillaient les appartements désertés.. le Veld’hiv, Drancy.. les camps oui  je  connaissais.. mais  j’ignorais tout de ce mémorial..

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En fait  cette journée  fut particulière.. et Mnémosyne la muse  de  l’histoire  a dû décider  qu’elle s’imprimerait en moi..

Je me souviens de ce jour  pour deux événements..

d’abord l’épreuve d’histoire.. merci Mnémo (nous sommes intimes)  le sujet : les Etats généraux de 1789..

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Et notre vieux prof d’histoire qui enseignait selon la chronologie avait arrêté son ronronnement à la guerre de succession d’Autriche.. j’étais fait.. coincé comme un tacaud dans la vase.. terminé le brevet..  l’échec.. j’en ressentais une telle injustice.. un tel sentiment.. que je me révoltais.. oui.. ce fut le jour où au lieu de plier sous la férule de l’Education Nationale.. lourd de son passé.. Charlemagne.. Ferry.. au lieu d’essayer de  remembrer mes souvenirs de l’école primaire.. faire à minima, sauver les meubles..  guetter un petit 6 ou 8.. gagne petit.. J’écrivis rageusement sur la première ligne.. sur la page spéciale.. celle où on inscrit son nom dans l’angle.. qu’on replie et qu’on colle, j’écrivis et je m’en souviens encore:

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« Convoqués  en 1789.. les derniers états généraux s’étaient réunis  précédemment en 1614 après la mort en 1610 du roi Henri IV, mais je ne peux en dire plus car notre professeur s’est arrêté à la fin de la guerre de succession d’Autriche en 1748 ».

La rage m’étreignait, j’avais signé mon arrêt de mort.. mon échec.. mais au moins j’aurai écrit que je n’y étais pour rien.. j’avais  balancé l’éducation nationale et son professeur qui  avait glandé en chemin..

Je me suis levé.. j’ai déposé ma feuille sur le bureau du surveillant qui a jeté un coup d’œil..

-« déjà..?  » me balança-t-il avec le sourire sadique du  gars qui sait  que c’est foiré..

-« oui.. »  ai-je répondu sèchement..

Je me suis retrouvé dans la cour.. il faisait soleil.. j’avais les tripes nouées.. les larmes prêtes.. mais la rage.. la rage.. je franchis la grande porte.. dehors, une foule immense attendait.. un magma humain.. des têtes avec chapeau.. des  têtes sans chapeaux.. des  mecs avec des appareils photos..

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Qué bazar encore.. comment vais je  passer.. et puis  le  murmure se fit plus précis.. « c’est Ben Gourion.. c’est Ben Gourion.. »

Mnémo me refaisait un signe..

eh oui ce jour là c’était la visite officielle du fondateur d’Israël.. à l’époque je ne savais pas précisément  ..mais je savais que c’était une page d’histoire comme Churchill,  ou de Gaulle ..

La foule se contracta.. bougea comme un être vivant.. et au milieu de tous  ces couvre-chefs sombres.. je vis une masse de cheveux blancs.. qui  se dirigeait vers le mémorial.. Il était entouré.. encerclé.. mais je ne voyais que ses cheveux.. comme un point blanc.. un repère.. la foule se pressant, je pus rejoindre la rue de l’hôtel de Ville pour retourner à la Bastille prendre mon train…

J’avais mes pensées qui se bousculaient « j’ai vu Ben Gourion.. merde.. quand même j’ai vu Ben Gourion.. j’ai loupé mon brevet.. merde.. que va dire Papa.. et Maman ça va lui faire de la peine. »

Je suis rentré à la maison.. Ma mère m’a demandé comme toujours dans ces circonstances..  « alors..? ça a été…? »

j’ai répondu..

–  « boaf.. j’aime mieux rien dire..  tiens, y’avait Ben Gourion .. »

–  « ah oui ils en ont parlé au poste. »

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J’aurais voulu lui dire..  qu’elle me trouve les mots qui font du bien comme savent faire les Mamans.. mais j’ai rien dit.. gardé mon secret.. c’était foiré.. cagué..

 

Les résultats sont arrivés.. l’enveloppe.. la petite lueur qui restait.. un petit espoir..  et la lumière.. j’avais mon brevet!

Mnémo avait dû demander à Zeus.. (Jupiter, c’est  pour après..).

Ensuite j’en ai passé des exams.. j’en ai loupés.. repassés… réussis.. avec mention… mais y’avait personne.

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La fois ou j’ai approché Jeanne Moreau qui tournait Mata Hari à la Bastille..  c’était un jour tranquille.. je revenais de l’école.. à Clichy…

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Eh oui.. Mnémo  n’était venue que ce jour là.. en juin 1960

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Marc

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Publié 9 juillet 2018 par Leodamgan dans Divertissement, Non classé, Prose à Marc

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Pont de Bercy   71 comments

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Ben voyons, Mo est en panne d’inspiration pour son blog hebdo, alors elle lance un appel déchirant.. mais subtil..

« t’aurais pas une idée pour le blog… ?? »

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Je vais  narrer une histoire véridique,  qui m’est arrivée à l’époque où nous habitions dans le XIIeme.. l’époque où la Bastoche n’avait pas encore eu à subir le génie créateur de Jack..  où la place Rambouillet ne se nommait pas encore place du colonel Bourgoin.. bref le temps où Paname était encore Paname.. mon pays..

Je bossais à l’époque dans un grand immeuble du boulevard Blanqui.. Métro Corvisart.. et le soir, j’avais pris l’habitude de rentrer à pinces.. histoire de me façonner les quadriceps.. vu qu’étant devenu accro au ski de fond.. je caressais  le fol espoir.. le doux rêve de participer un jour à la Vasaloppet..

D’accord..  un peu branquignol comme idée.. mais ça me trottait dans la tronche..

Pont de Bercy

Donc le soir je m’enfilais le boulevard Blanqui.. la place d’Italie.. le boulevard de la gare (pardon.. Vincent Auriol).. le pont de Bercy et le boulevard de Bercy jusqu’à Dugommier et là.. pile-poil rue de Charenton.. 5 bornes.. pas de quoi fouetter un greffier*.. mais bon.. tous les jours.

Le quartier était un peu beaucoup différent d’aujourd’hui et le boulevard de Bercy avait un côté un peu moins urbain. Quelques bistrots pointillaient le parcours.. mais ça restait quand même plus  sinistre.. surtout à la tombée de la nuit.

Square Morin

Un soir alors que j’étais en vue du square Morin et son kiosque à musique.. devant moi, un peu plus loin..

une silhouette allongée.. que les piétons évitaient soigneusement, se hâtant de retrouver un peu de  luminosité.. plus haut sur le boulevard.

Je me penche.. et à la question:

« ça va pas.. je peux vous aider ?? »

le tas recroquevillé  me répond:

 » j’ai mal..  j’ai été attaqué. »

Arrivant de la  gare de Lyon avec sa valoche il s’était un peu paumé dans les petites rues du coin et avait été victime de malfaisants qui, outre lui avoir  balancé des mandales*, lui avaient défoncé le buffet à coup de satons* et piqué sa valoche.

Avisant une cabine de  téléphone un peu plus loin, j’extirpe de mes fouilles* une poignée de piécettes et me dirige vers l’édicule pour héler la maison poulardin*.

Hélas, comme d’usage, la cabine avait été restructurée et le fil du biniou* pendait misérablement..

Guignant un bistrot en face,  bistrot je le confesse, où je ne serais pas entré de mon plein gré.. en temps usuel.

Je m’y dirige, supportant sur mes endosses*, le pauvre gars plié en deux..

Arrêt des conversations.. je dépose le malheureux sur une chaise.. et  me tournant vers le loufiat derrière son rade* j’essaye de narrer..

Mes mots se perdent dans un beuglement:

« Sortez moi ça d’ici  j’veux pas d’emmerdes.. »

vl’a cézigue qui prend les abeilles*.. et qui me demande de rejoindre le trottoir avec mon pacson….

Je suis d’un naturel enjoué et patient.. mais je confesse que  mes limites sont vite atteintes.. faut pas trop me les briser.

Devant ma détermination.. appuyé  par  un ou deux habitués.. il consent en maugréant à appeler la maison bourreman*..

« Mais vous restez là »

me balance-t-il toujours aussi gracieux…. L’urbanité de l’humain secourable.. mais à la mode  pithécanthrope…

Peu de temps après.. la sirène du tôlé noir et blanc déchire la bienveillante sérénité de ce havre de paix.. et une escouade de lardus* débarque dans le rade*..

celui qui semble être le chef.. (il avait une moustache..) écoute  le poil frémissant.. et s’enquiert auprès de la victime:

« vous pourriez les reconnaitre..? »

Soudain, s’avisant du côté un peu incomplet de son interrogatoire aux mots simples mais efficaces, se tourne vers moi et tonitrue:

« et vous.. ? qu’est-ce que vous foutiez là ? »

A cet instant, j’ai ressenti un frisson..

Je confesse que mes années soixante-huitardes m’avaient laissé une indicible méfiance face à la maréchaussée..

Je me suis senti mal parti. Ai pensé :   « ça y est je vais y avoir droit.. je suis dans le pétrin.. »

Une voix  venue du fond de la salle.. une voix forte avec cet accent riz-pain-sel* de chez moi.. que le regretté Julien Carette ne pourrait renier,

une voix lâcha.. forte et ferme.. gouaillante:

« ah ben elle est raide celle là. . y s’fait chier à porter s’cours et c’est lui qui va être emmerdé.. ».

Je n’ai pas vu cet anonyme.. mais  50 ans après, je le remercie..

Cette intervention pertinente, qui ma foi, résumait assez bien mon ressenti eut l’effet escompté.

Bougonnant dans ses bacchantes.. le chef se tourna vers la victime.. et l’entrainant dans le panier à salade..  suivi par sa volée de képis:

« Venez on va tourner dans le coin voir si on les retrouve.. ».

La paix revint dans l‘estanco*..  le brouhaha des conversations reprit avec quelques bribes peu affables pour les chaussettes à clous*..

J’en profitai pour m’esbigner*.. Par acquis de conscience, j’avais demandé au taulier si je devais quelque chose pour le coup de biglot. pensant qu’il n’en serait  rien..

« Ouais un franc . . ».

J’ai carmé* sans  bonnir* le moindre commentaire..

Et je suis  ressorti chez les humains.. J’ai repris ma route rue de Charenton..

.

Je ne me souviens pas si j’ai raconté ça à Mo..  En tout cas c’est chose faite..

Bah je ne lui en veux pas à l’argousin*..  il était sans doute fatigué de sa journée.. et puis bon..

Maintenant.. à mon âge.. avec le temps.. et ce qui se passe..

J’ai révisé.. faut bien admettre que bourdille* c’est pas de tout repos comme turbin..

Alors parfois.. mais quand même..

.

Marc

.

Petit lexique argot (de Mo) :

greffier : chat

mandales : claques

coups de satons : coups de pieds

la maison poulardin : la police

fouilles : poches

biniou : combiné téléphonique

endosses : épaules

rade : désigne le zinc de bistrot ou le bistrot lui-même.

prendre les abeilles : se mettre en colère

la maison bourreman : la police

lardus : flics

riz-pain-sel: épicier

estanco : estaminet

chaussettes à clous : flics (mais vous le saviez sûrement…)

s’esbigner : s’éclipser

carmer : payer

bonnir : dire

argousin, bourdille : flic

 

 

 

Publié 9 juin 2018 par Leodamgan dans Ecriture, Non classé, Prose à Marc

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