Archives de la catégorie ‘Prose à Marc

Mnémosyne   47 comments

Je n’avais pas encore quinze ans.. et je n’avais aucun diplôme..

pas même mon certif comme me le répétaient mes parents..

Ma mère.. elle est l’avait eu son certif.. et puis premier prix du Canton  en « enseignement ménager ».. pas peu fière ma Maman…

Bon tout ça c’était histoire de dire car là dessus ils ont fait ce qu’ils pouvaient pour que je puisse faire ma scolarité.. dans l’établissement où j’étais, en 6ème, ils ne faisaient pas passer le certif.. c’était direct la lune..  en 3eme..le brevet.. ensuite,  ensuite.. là.. c’était la porte ouverte sur le boulot.. ou  alors.. le bac et puis une école.. donc en 1960..   ce fût mon premier examen  exception faite  du concours d’entrée en 6ème. En tout cas.. je devais avoir un diplôme officiel.

.

.

C’était en juin et l’endroit choisi était un établissement rue Geoffroy l’Asnier dans le 4ème  à Paris.. pas compliqué.. le  dur jusqu’à la Bastoche avec les potes.. puis le métro.. on avait potassé tout ça, mais en bons banlieusards, tout cela n’était que routine  pour nous..

.

.

Sauf qu’en juin 60..  y’avait du mouvement social..  ça  merdouillait.. je ne sais plus  pourquoi.. ni par qui mais le jour de l’examen c’était le bazar dans le métro.. les rames passaient au compte-gouttes et je me souviens que quand nous réussîmes à monter dans notre wagon..  en poussant, forçant.. dans le wagon d’à côté un gros bruit  de verre et des cris..  une vitre avait pété sous la pression des  gens.. c’était vrai que dans le métro  quand ça pousse ça pousse.. ça tasse.. là y’a pas de question de distance de promiscuité ou de contact admissible ou non.. là.. tu mixes. tu agglutines.. tu compactes.. bref c’était le bordel.. d’ailleurs ce fut le bordel toute la journée..

.

.

En arrivant à ce collège nous étions passés devant un édifice  « le mémorial du martyr juif inconnu »..  je connaissais le soldat inconnu à l’arc de Triomphe.. mais ça c’était inconnu de moi,  je  savais ce que ces malheureux avaient eu à subir durant la guerre.. ma mère m’avait raconté les mecs en imper et en chapeau.. les rafles, les cris, les gens qui pillaient les appartements désertés.. le Veld’hiv, Drancy.. les camps oui  je  connaissais.. mais  j’ignorais tout de ce mémorial..

.

.

En fait  cette journée  fut particulière.. et Mnémosyne la muse  de  l’histoire  a dû décider  qu’elle s’imprimerait en moi..

Je me souviens de ce jour  pour deux événements..

d’abord l’épreuve d’histoire.. merci Mnémo (nous sommes intimes)  le sujet : les Etats généraux de 1789..

.

.

Et notre vieux prof d’histoire qui enseignait selon la chronologie avait arrêté son ronronnement à la guerre de succession d’Autriche.. j’étais fait.. coincé comme un tacaud dans la vase.. terminé le brevet..  l’échec.. j’en ressentais une telle injustice.. un tel sentiment.. que je me révoltais.. oui.. ce fut le jour où au lieu de plier sous la férule de l’Education Nationale.. lourd de son passé.. Charlemagne.. Ferry.. au lieu d’essayer de  remembrer mes souvenirs de l’école primaire.. faire à minima, sauver les meubles..  guetter un petit 6 ou 8.. gagne petit.. J’écrivis rageusement sur la première ligne.. sur la page spéciale.. celle où on inscrit son nom dans l’angle.. qu’on replie et qu’on colle, j’écrivis et je m’en souviens encore:

.

.

« Convoqués  en 1789.. les derniers états généraux s’étaient réunis  précédemment en 1614 après la mort en 1610 du roi Henri IV, mais je ne peux en dire plus car notre professeur s’est arrêté à la fin de la guerre de succession d’Autriche en 1748 ».

La rage m’étreignait, j’avais signé mon arrêt de mort.. mon échec.. mais au moins j’aurai écrit que je n’y étais pour rien.. j’avais  balancé l’éducation nationale et son professeur qui  avait glandé en chemin..

Je me suis levé.. j’ai déposé ma feuille sur le bureau du surveillant qui a jeté un coup d’œil..

-« déjà..?  » me balança-t-il avec le sourire sadique du  gars qui sait  que c’est foiré..

-« oui.. »  ai-je répondu sèchement..

Je me suis retrouvé dans la cour.. il faisait soleil.. j’avais les tripes nouées.. les larmes prêtes.. mais la rage.. la rage.. je franchis la grande porte.. dehors, une foule immense attendait.. un magma humain.. des têtes avec chapeau.. des  têtes sans chapeaux.. des  mecs avec des appareils photos..

.

.

Qué bazar encore.. comment vais je  passer.. et puis  le  murmure se fit plus précis.. « c’est Ben Gourion.. c’est Ben Gourion.. »

Mnémo me refaisait un signe..

eh oui ce jour là c’était la visite officielle du fondateur d’Israël.. à l’époque je ne savais pas précisément  ..mais je savais que c’était une page d’histoire comme Churchill,  ou de Gaulle ..

La foule se contracta.. bougea comme un être vivant.. et au milieu de tous  ces couvre-chefs sombres.. je vis une masse de cheveux blancs.. qui  se dirigeait vers le mémorial.. Il était entouré.. encerclé.. mais je ne voyais que ses cheveux.. comme un point blanc.. un repère.. la foule se pressant, je pus rejoindre la rue de l’hôtel de Ville pour retourner à la Bastille prendre mon train…

J’avais mes pensées qui se bousculaient « j’ai vu Ben Gourion.. merde.. quand même j’ai vu Ben Gourion.. j’ai loupé mon brevet.. merde.. que va dire Papa.. et Maman ça va lui faire de la peine. »

Je suis rentré à la maison.. Ma mère m’a demandé comme toujours dans ces circonstances..  « alors..? ça a été…? »

j’ai répondu..

–  « boaf.. j’aime mieux rien dire..  tiens, y’avait Ben Gourion .. »

–  « ah oui ils en ont parlé au poste. »

.

.

J’aurais voulu lui dire..  qu’elle me trouve les mots qui font du bien comme savent faire les Mamans.. mais j’ai rien dit.. gardé mon secret.. c’était foiré.. cagué..

 

Les résultats sont arrivés.. l’enveloppe.. la petite lueur qui restait.. un petit espoir..  et la lumière.. j’avais mon brevet!

Mnémo avait dû demander à Zeus.. (Jupiter, c’est  pour après..).

Ensuite j’en ai passé des exams.. j’en ai loupés.. repassés… réussis.. avec mention… mais y’avait personne.

.

.

La fois ou j’ai approché Jeanne Moreau qui tournait Mata Hari à la Bastille..  c’était un jour tranquille.. je revenais de l’école.. à Clichy…

.

Eh oui.. Mnémo  n’était venue que ce jour là.. en juin 1960

.

Marc

.

Publicités

Publié 9 juillet 2018 par Leodamgan dans Divertissement, Non classé, Prose à Marc

Tag(s) associé(s) : , ,

Pont de Bercy   70 comments

.

Ben voyons, Mo est en panne d’inspiration pour son blog hebdo, alors elle lance un appel déchirant.. mais subtil..

« t’aurais pas une idée pour le blog… ?? »

.

Je vais  narrer une histoire véridique,  qui m’est arrivée à l’époque où nous habitions dans le XIIeme.. l’époque où la Bastoche n’avait pas encore eu à subir le génie créateur de Jack..  où la place Rambouillet ne se nommait pas encore place du colonel Bourgoin.. bref le temps où Paname était encore Paname.. mon pays..

Je bossais à l’époque dans un grand immeuble du boulevard Blanqui.. Métro Corvisart.. et le soir, j’avais pris l’habitude de rentrer à pinces.. histoire de me façonner les quadriceps.. vu qu’étant devenu accro au ski de fond.. je caressais  le fol espoir.. le doux rêve de participer un jour à la Vasaloppet..

D’accord..  un peu branquignol comme idée.. mais ça me trottait dans la tronche..

Pont de Bercy

Donc le soir je m’enfilais le boulevard Blanqui.. la place d’Italie.. le boulevard de la gare (pardon.. Vincent Auriol).. le pont de Bercy et le boulevard de Bercy jusqu’à Dugommier et là.. pile-poil rue de Charenton.. 5 bornes.. pas de quoi fouetter un greffier*.. mais bon.. tous les jours.

Le quartier était un peu beaucoup différent d’aujourd’hui et le boulevard de Bercy avait un côté un peu moins urbain. Quelques bistrots pointillaient le parcours.. mais ça restait quand même plus  sinistre.. surtout à la tombée de la nuit.

Square Morin

Un soir alors que j’étais en vue du square Morin et son kiosque à musique.. devant moi, un peu plus loin..

une silhouette allongée.. que les piétons évitaient soigneusement, se hâtant de retrouver un peu de  luminosité.. plus haut sur le boulevard.

Je me penche.. et à la question:

« ça va pas.. je peux vous aider ?? »

le tas recroquevillé  me répond:

 » j’ai mal..  j’ai été attaqué. »

Arrivant de la  gare de Lyon avec sa valoche il s’était un peu paumé dans les petites rues du coin et avait été victime de malfaisants qui, outre lui avoir  balancé des mandales*, lui avaient défoncé le buffet à coup de satons* et piqué sa valoche.

Avisant une cabine de  téléphone un peu plus loin, j’extirpe de mes fouilles* une poignée de piécettes et me dirige vers l’édicule pour héler la maison poulardin*.

Hélas, comme d’usage, la cabine avait été restructurée et le fil du biniou* pendait misérablement..

Guignant un bistrot en face,  bistrot je le confesse, où je ne serais pas entré de mon plein gré.. en temps usuel.

Je m’y dirige, supportant sur mes endosses*, le pauvre gars plié en deux..

Arrêt des conversations.. je dépose le malheureux sur une chaise.. et  me tournant vers le loufiat derrière son rade* j’essaye de narrer..

Mes mots se perdent dans un beuglement:

« Sortez moi ça d’ici  j’veux pas d’emmerdes.. »

vl’a cézigue qui prend les abeilles*.. et qui me demande de rejoindre le trottoir avec mon pacson….

Je suis d’un naturel enjoué et patient.. mais je confesse que  mes limites sont vite atteintes.. faut pas trop me les briser.

Devant ma détermination.. appuyé  par  un ou deux habitués.. il consent en maugréant à appeler la maison bourreman*..

« Mais vous restez là »

me balance-t-il toujours aussi gracieux…. L’urbanité de l’humain secourable.. mais à la mode  pithécanthrope…

Peu de temps après.. la sirène du tôlé noir et blanc déchire la bienveillante sérénité de ce havre de paix.. et une escouade de lardus* débarque dans le rade*..

celui qui semble être le chef.. (il avait une moustache..) écoute  le poil frémissant.. et s’enquiert auprès de la victime:

« vous pourriez les reconnaitre..? »

Soudain, s’avisant du côté un peu incomplet de son interrogatoire aux mots simples mais efficaces, se tourne vers moi et tonitrue:

« et vous.. ? qu’est-ce que vous foutiez là ? »

A cet instant, j’ai ressenti un frisson..

Je confesse que mes années soixante-huitardes m’avaient laissé une indicible méfiance face à la maréchaussée..

Je me suis senti mal parti. Ai pensé :   « ça y est je vais y avoir droit.. je suis dans le pétrin.. »

Une voix  venue du fond de la salle.. une voix forte avec cet accent riz-pain-sel* de chez moi.. que le regretté Julien Carette ne pourrait renier,

une voix lâcha.. forte et ferme.. gouaillante:

« ah ben elle est raide celle là. . y s’fait chier à porter s’cours et c’est lui qui va être emmerdé.. ».

Je n’ai pas vu cet anonyme.. mais  50 ans après, je le remercie..

Cette intervention pertinente, qui ma foi, résumait assez bien mon ressenti eut l’effet escompté.

Bougonnant dans ses bacchantes.. le chef se tourna vers la victime.. et l’entrainant dans le panier à salade..  suivi par sa volée de képis:

« Venez on va tourner dans le coin voir si on les retrouve.. ».

La paix revint dans l‘estanco*..  le brouhaha des conversations reprit avec quelques bribes peu affables pour les chaussettes à clous*..

J’en profitai pour m’esbigner*.. Par acquis de conscience, j’avais demandé au taulier si je devais quelque chose pour le coup de biglot. pensant qu’il n’en serait  rien..

« Ouais un franc . . ».

J’ai carmé* sans  bonnir* le moindre commentaire..

Et je suis  ressorti chez les humains.. J’ai repris ma route rue de Charenton..

.

Je ne me souviens pas si j’ai raconté ça à Mo..  En tout cas c’est chose faite..

Bah je ne lui en veux pas à l’argousin*..  il était sans doute fatigué de sa journée.. et puis bon..

Maintenant.. à mon âge.. avec le temps.. et ce qui se passe..

J’ai révisé.. faut bien admettre que bourdille* c’est pas de tout repos comme turbin..

Alors parfois.. mais quand même..

.

Marc

.

Petit lexique argot (de Mo) :

greffier : chat

mandales : claques

coups de satons : coups de pieds

la maison poulardin : la police

fouilles : poches

biniou : combiné téléphonique

endosses : épaules

rade : désigne le zinc de bistrot ou le bistrot lui-même.

prendre les abeilles : se mettre en colère

la maison bourreman : la police

lardus : flics

riz-pain-sel: épicier

estanco : estaminet

chaussettes à clous : flics (mais vous le saviez sûrement…)

s’esbigner : s’éclipser

carmer : payer

bonnir : dire

argousin, bourdille : flic

 

 

 

Publié 9 juin 2018 par Leodamgan dans Ecriture, Non classé, Prose à Marc

Tag(s) associé(s) : , , ,

Elle s’appelait Evelyne…   81 comments

.

C’était notre voisine .

.

Avec son époux, ils s’étaient installés dans le petit pavillon en face du notre.

Ils avaient remplacé Mémère Boulin, cette vieille dame, vosgienne d’origine, qui me gardait les après-midi où ma mère allait voir sa mère mourante à l’hôpital,

et qui était devenue ma grand-mère de substitution,

.

allant même jusqu’à me sortir son dentier quand je lui demandais « Mémère Boulin fais voir tes dents« ..

Et puis Mémère Boulin est partie rejoindre ma grand-mère.. là haut dans les nuages.. deux grand-mères qui veillaient sur moi..

Le pavillon ne resta pas vide longtemps.. Evelyne et Roland…

..

Evelyne travaillait aux Halles,  au pavillon de la marée.. une poissarde comme on dit.

Elle n’avait pas été baptisée avec une queue de morue, mais elle avait bien la dalle en pente.

Sa voix un peu éraillée par le tabac, n’avait rien d’une voix de harengère, elle parlait doucement, avec une chaleur dans la voix, qui laissait percevoir toute la tendresse dont elle était capable.

Comme disait le grand Jacques, un cœur si grand qu’on y entre sans frapper.

..

Un cœur si grand qu’en ce fameux défilé du 14 juillet où Léon Zitrone nous annonça que c’était la dernière fois qu’on verrait les goumiers juchés sur leur dromadaire et que l’avenir de ces bêtes était incertain, elle se mis en tête d’en installer un dans son jardin.

Ce fut pour son époux une terrible épreuve de l’en dissuader.

..

Ils avaient investi dans un appareil de télévision, un meuble énorme avec un écran guère plus grand qu’une carte postale, et nous étions invités mes parents, ma sœur et moi chaque semaine pour suivre la piste aux étoiles.. qui n’était pas encore animée par Roger Lanzac.

Le 14 juillet, nous avions droit au défilé.

.

.

Elle nous faisait des poires cuites, des poires au vin et au sucre, que nous dégustions en nous écarquillant les yeux, pour suivre le spectacle sur cet écran au contraste si violent que nous en ressortions les yeux rouges et douloureux.

..

Sa vie était rude, elle partait seule très tôt le matin, le premier train vers quatre ou cinq heures pour arriver aux Halles.

Un soir de cirque, en préambule, sa coupe de poires au vin à la main, elle nous raconta en riant son aventure des jours précédents.

Bien sûr elle fit des efforts pour employer des mots incompréhensibles pour les enfants, mais si ma sœur ne comprit pas tout.. moi par contre..

Elle se mit à parler : « C’était un matin comme tous les autres matins.. avant-hier, tenez.. oui c’est ça avant-hier.. il faisait froid.. nuit.. »

Elle arrivait à pied, pas loin de la gare, dans la rue bordée d’arbres qui occultent la lumière.. l’éclairage se bornant à des taches de lumières, au rythme des plantations..

Elle avait presque atteint la gare.. là où c’est bien plus éclairé:  « Ben oui.. presque à la boucherie.. », boutique qui marque l’arrivée à la place de la gare..

..

Quand un mec en imperméable, sortit brusquement de derrière un arbre, et ouvrant son vêtement, les bras en croix.. le pantalon à moitié baissé..

Il lui présente son engin.. et voila le gonze.. flamberge au vent qui commence à lui vanter la marchandise lui promettant des moments de grâce comme dirait..

« Ahh j’en suis restée toute surprise… »

Hélas pour lui.. il était tombé sur Evelyne, déjà par nature dotée d’un fort gabarit et travaillant aux Halles.. les plaisanteries salaces ou les promesses en dessous de la ceinture, elle connaissait..

J’entends encore ma pauvre Maman angoissée lui demandant.. « Mais, mais.. qu’avez-vous.. qu’avez-vous.. »

Elle s’imaginait dans une telle situation la pauvre..  terrorisée à la pensée d’une telle avanie..

Mais Evelyne.. Evelyne..  elle laissa éclater un grand rire.. et lâcha « qu’elle en avait vu des plus grosses.. »  arrêtant net la diatribe du gars.. tout en mettant en doute ses compétences..  elle fouilla dans son sac..

..

en extirpa une petite matraque et lui balança « un coup de goumi sur la calbombe… »

Que « le gars faut bien l’avouer digéra mal.. » précisa t elle, « il chanstiqua sur ses fumerons .. et s’affala les bras en croix le grimpant sur les ribouis.. les miches à l’air.. calmé le gonze.. »

« J’ai même pas loupé mon dur » ajouta Evelyne en terminant son fond de vin …

..

Vous en voulez une petite goutte.. ??.. ben du vin quoi… !! »

Mes parents étaient figés.. mon père lâcha  « Ah ben ça .. moi.. ah ça, vous avez bien fait.. »

Ma mère était dans ses pensées.. et moi, je faisais comme si je n’avais pas tout compris…

« Ah le con » conclut-elle en se versant une bonne rasade de jaja…

Evelyne a rejoint dans les nuages les gens qui sèment des petits cailloux sur le sentier de mon existence..

J’ai souvent pensé à elle quand je rentrais le soir tard à la maison.. et que la rue n’avait pas plus été éclairée..

Quand même, fallait en avoir.. sacrée bonne femme..

.

Allez Evelyne, à la tienne… !!

.

Marc

PS : pour ceux qui ne parlent pas couramment cette noble et ancienne langue de chez moi qu’est l’argot :

être baptisé avec une queue de morue : avoir toujours soif

chanstiqua sur ses fumerons : vacilla sur ses jambes

un coup de goumi sur la calbombe : un coup de matraque sur la tête

grimpant : pantalon

ribouis : pieds

dur : train

 

 

Publié 14 mai 2018 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

Mirages hurlants.   45 comments

C’était durant «  les classes »..

les classes c’est la période qui suit ton incorporation, tu es arrivé avec ta valise,  tes cheveux, ta convoc…   et un paquet d’interrogations..

.

.

Deux mois d’initiation doivent faire de toi un être que l’on « présente » au drapeau.. tu passes de l’état conscrit à l’état  biffin, grifton, bidasse, trouffion.. t’es encore ce qu’on appelle un « bleu » mais ton aspect physique change. on te donne un uniforme de sortie..  avec tout ce qui va bien.. dans l’armée de l’air : fait sur mesures.. faut bien admettre.. aussi bien que le bodygraphe de la Belle Jardinière ..

.

.

Dès le départ, mise en forme par une saine coupe de cheveux bien courte sous les sarcasmes de « l’ancien » qui te passe la tondeuse en rigolant..  on t’a donné un treillis couleur « réséda » eh oui.. la rose et le réséda.. treillis à peu près à ta taille.. si tu as du bol .. des pompes à peu près à ta taille,  tout le nécessaire de toilette..  serviettes, savon, cirage, slips (le slip qui  descend mi-cuisse pour que les choses de la vie ne soient pas opprimées).. chaussettes, etc.

.

.

 

Et pour bien  montrer que tu es encore un embryon.. on te file une musette dans laquelle il y a tes couverts,  ton quart, un cahier et un stylo.. un bonnet de police en tissu épais et le « sous casque »  en plastique que tu dois porter partout sauf dans ta chambre car un soldat ne se balade pas tête nue.. en effet.. dans l’armée Française on ne salue pas tête nue.. jamais.

.

.

Si d’aventure, tête nue, on est dans son dortoir et que dehors on voit la montée des couleurs.. eh bien c’est simple.. on ne salue pas, on se met au garde à vous.. idem si on croise un supérieur dans les couloirs…

.

.

C’est  remarquable.. mais des années, que dis-je, des siècles de rigueur, d’organisation, d’expérience  ont fait que toute chose est codée, régie, prévue…

Heureusement il reste quand même des circonstances qui font la beauté des réponses de certains, par exemple : responsable de la bonne réalisation des corvées au cantonnement, et pendant le même temps vous devez être à votre poste de travail distant de 5 km. L’ubiquité établie  et bien même ça.. l’armée l’a prévu.. on vous livre alors la réponse standard et utile en toutes circonstances :  les bases même du management participatif qui sait déléguer.. : « j’veux pas l’savoir démerdez vous »…

.

.

Donc pendant deux mois, on apprend : à saluer, les grades, marcher au pas, faire des demi-tours droite (demi-tour gauche n’existe pas).. le tout sous les vociférations d’un adjudant ou d’un sergent-chef dont c’est la seule mission..

.

.

On te prodigue aussi des cours..  cours qui s’adressent à des gens qui vont de l’analphabète  (il y en avait deux) à des diplômés de physique nucléaire. C’est  un point très positif, ces cours parlent de  l’armement et autres consignes militaires, mais aussi des cours d’orthographe, arithmétique, électricité, chimie  etc… le  malheureux sergent savait que beaucoup  d’entre nous n’en avaient pas besoin, mais pour ceux qui  avaient  des soucis de lecture ou d’écriture il y avait une prise en charge spécifique.

.

.

Nous avions des cours d’éducation sexuelle, avec la cohorte de rigolade et autres  commentaires scabreux.. je me souviens de la séance sur les maladies vénériennes.. je ne crois pas avoir vu en une seule fois autant de  photos montrant les dégâts possibles, des photos comme celles que l’on met aujourd’hui sur les paquets de clopes. si avec ça on ne comprenait pas l’importance de se protéger c’était à désespérer.. terminés les BMC..  des photos à se transformer en pur esprit à l’œil d’artiste.

.

.

Donc pendant deux mois, on crapahute, on fait du parcours du combattant..  on rampe dans la gadoue.. on  tire au fusil, à la mitraillette..  on s’endort et soudain vers 01h00 du matin.. dans ton sommeil profond et réparateur comme une crème aux liposomes actifs.. vacarme, sifflets, beuglements.. vous avez 5 mn pour mettre la tenue de  combat et zoup ! parcours du combattant à la lampe torche… puis retour au pieu.. avec parfois un « remettez nous ça »  dans les deux heures qui suivent.. Bref pendant deux mois.. cette antienne qu’on nous fait répéter en faisant des pompes..  « C’est la vie d’château, virgule.. pourvu qu’ça dure, point »..

Mais venons aux faits.

.

.

Un soir de septembre-octobre.. de ces  soirs à Orange où après une journée bien chaude l’air est tout parfumé d’odeurs d’herbes et de soleil qui se couche. Quand les couleurs commencent à se parer de soleil finissant, que le Ventoux au loin s’habille en soirée.. que les sauterelles se déchaînent et que les petits insectes de la nuit commencent à sortir et se mettent à striduler  en  espérant attirer une fois encore la donzelle d’une  nuit..

.

.

Cette fin de journée là, nous fûmes associés à une manœuvre et postés comme  « servants » à un canon anti-aérien, la base devant être attaquée par des  « hostiles ». Je ne sais pas ce que c’était comme canon, mais ça pivotait, ça bougeait, animé par un moteur diesel qui lâchait une fumée bleutée dans un  bruit de pistons hésitants. Nous étions là,  trois ou quatre, assis dans l’herbe,  attendant les consignes, prêts à bondir comme des tigres (enfin presque..) dès  l’ennemi en vue.. Le téléphone  troubla notre rêverie pré- nocturne.. « ils arrivent du nord dans 5 minutes » gueula le canonnier..

.

.

Aussitôt, nous nous mimes à scruter l’horizon.. le  gars toussota son moteur pour orienter son arme fatale.. et nous scrutâmes..  je scrutais.. tu scrutes.. nous scruterons.. un cri : « ah là bas »  des trucs noirs au loin dans le ciel.. des comédons sur un ciel rose..  Le chef prit ses jumelles et lâcha.. non, ce sont des  corbeaux.. forts désappointés de cette trahison volatile..  notre œil d’aigle nous ayant fait prendre des corbeaux pour des Mirages.. des vessies pour des lanternes.. Nous replongeâmes dans notre béatitude.. avachis dans l’herbe tiède du soir..  juste bercés par le chant des grillons, l’œil vaguement rivé vers le nord…

.

.

On s’assoupissait gentiment quand un hurlement, que dis-je, un bruit d’enfer, d’épouvante au dessus de nos têtes.. un  vacarme déchirait le ciel.. des formes sombres.. nous couvrirent de leurs ailes comme des créatures maléfiques sorties des  contes les plus noirs.. Les Mirages nous passaient au dessus de la tête..  tellement bas qu’on avait l’impression qu’ils s’écrasaient sur nous..  à peine  le temps de  comprendre qu’ils s’éloignaient.. la flamme bleutée des tuyères..

On avait rien vu.. rien.. rien entendu.. rien.. Une  terrible pensée me traversa.. elle est encore là au fond de moi.. gravée.. terrible.. Si  ça avait été pour de vrai.. si nous avions été en guerre.. nous serions morts.. dispersés… anéantis.. désintégrés.. sans même nous en rendre compte.. T’es là tu vis… tu respires.. et sans comprendre.. t’es rien.. l’anéantissement silencieux.. retour à l’état de  particules élémentaires.. point final..

 

Je sais que ce  billet d’humeur est terriblement d’actualité..  je l’avais commencé à la demande de Mo avant que l’autre nuit..

Le service militaire n’était-il pas si vain.. devrait on.. ?

Comme  dit le proverbe de mon ami Serge..  Anba laté  pani plézi.. (ndlr :  sous la terre pas de plaisirs).

.

.

Allez..  je vais me servir un ti punch.. carpe diem..

Marc

Publié 15 avril 2018 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

Tag(s) associé(s) : , ,

Chauffeur à Orange.   54 comments

.

Bon,  je vais  encore radoter un souvenir militaire

.

mais à l’heure où ça revient à la mode..    Comme  déjà dit,  j’ai accompli une partie de  mon devoir  à la BA115  Orange Caritat affecté  à l’escadron de chasse 1/5.

.

.

Outre mon quotidien  diurne et nocturne,   le sous-lieutenant  chargé des effectifs  m’avait bombardé chauffeur.  Ce poste de chauffeur avait  comme mission essentielle d’aller chercher le matin le patron de l’escadron et son adjoint.  Je  devais également connaitre l’endroit où habitait chaque pilote au cas où, ce qui me donna droit à un apprentissage du circuit  fort peu agréable car à chaque fois que la  4L s’arrêtait  devant l’habitation de tel ou tel,

.

.

une  jeune femme  un peu inquiète sortait en demandant si il était arrivé quelque chose à son  conjoint.

Heureusement  j’ai vite mémorisé.

.

.

J’étais donc responsable de cette p…  de 4 L  bleu ciel..  et  je devais  chaque matin aller chercher le capitaine,  puis le commandant,  enfin monter les pilotes en zone d’alerte à la relève  etc  etc

Le soir, aller la remettre au  garage avec tous les véhicules.

.

.

Moi  je  vivais dans ma  Fillod en fer là bas à perpète près des avions et le garage était à l’autre bout de la base..

Non seulement  rapporter  la voiture  après  les vols de nuit et  au retour traverser à  pince toute la base dans le  froid mistraleux de la vallée du Rhône ça me faisait tartir, mais un soir de retour de perm,

.

.

j’étais tombé sur un chien et son maitre chien associé..  avoir devant soi un bétail qui vous sourit de toutes ses dents en grondant..

.

.

et une voix derrière qui  lâche : « bouge pas sinon il te bouffe ».

.

.

Donc j’ai pris l’habitude, sans rien dire, de ranger la  voiture  dans le hangar à Mirages,  le toit de la caisse passe juste sous la pointe du nez de l’avion,  juste..  à peine l’épaisseur  de la main..

Donc  le matin.. j’allais chercher la voiture..  et je partais pour le nord d’Orange .. un petit bled à une dizaine de  kilomètres   quérir le ‘pitaine’,  puis retour  pas loin de la base   pour  récupérer le commandant.

.

.

Autant les relations avec le commandant furent bonnes  et les choses  montrèrent qu’il avait  confiance en moi, autant, va savoir, avec le capitaine  ce fut plus difficile et disons  plus militaire.

En fait.. il était..  disons.. différent.. par exemple  il ne supportait pas que la voiture fut  froide quand il montait dedans ni que je  stationne  devant chez lui car ça réveillait ses enfants..

.

.

Dans la 4L Renault  le chauffage c’est la chaleur du moteur  qui remonte par deux  petites buses.. va réchauffer ça  en 9 kilomètres alors qu’il fait moins cinq et que le mistral souffle à déplacer les avions..

.

.

Saloperie de mistral..

Un matin, comme d’hab’ je vais chercher ce  rombier et  voulant m’éviter une fois de  plus  ses récriminations et  gueulements, je décide de me garer sur le bas côté à une encablure de sa turne..

Ah  misère..  comme idée à la c.. ce fut une idée à la  c..

.

.

Il faisait nuit noire.. et les phares de  la pauvre Renault éclairaient à peine la route et le bas côté..

Dans la lueur jaunâtre je distingue une bande gravillonnée.. véritable piste pour se garer et laisser tourner le moteur pour chauffer l’habitacle.

Le mistral soufflait et couchait les grandes herbes du bas coté, masquant une sorte de petit caniveau en béton  sur le coté de la route.. un truc en éléments  préfabriqués en U.. destiné à drainer l’eau…

Mais ça.. j’ai compris après..

Confiant, j’aborde ma piste.. me range..

.

.

Enfer et putréfaction,  voilà ma roue avant droite qui se fiche dedans..  panique à bord .. j’ai pas  pigé tout de suite.. et grâce à d’habiles manœuvres à la noix…. paff..  la roue arrière droite se  loge dedans elle aussi.. la caisse  commence à s’incliner sur le côté.. lentement..  angoisse.. s’arrête. .  cette fois je suis cuit..

Mon esprit est traversé d’idées terribles..  entre  le fait que je me traite d’abruti.. d’incapable.. je pense à l’autre là bas qui va se régaler.. au commandant..

.

.

Punaise..  je vais connaitre  le gnouf et tout le toutim..

et puis si je sors..  il n’y aura plus de contre poids .. elle va se coucher..

Ahhh  je saisis  le carnet de bord (on peut mourir se faire désintégrer.. mais un chauffeur ne se sépare jamais du carnet de bord.. !!) j’ouvre.. je pose le pied  gauche.. soulage un peu le poids.. la voiture ne bouge pas.. pose  l’autre  jambe..  surtout  pas brusquer.. doucement…  je lève mes fesses..

La voiture reste dans sa position..

Après avoir compris où je m’étais  fourré..  je me mets en route vers le pavillon  éclairé.. l’antre de Moloch..

Je sonne..  «  radieux » m’ouvre..

-mes respects mon cap..

-qu’est-ce que vous foutez là..

-ben je viens vous chercher.. mon cap..

-mais bon d..d..  vous savez que je vais en réunion à Paris je prends le train..  pas besoin de vous….

-ben non, on ne ma rien dit.. mon cap..

-bon ben tant pis puisque vous êtes là vous allez m’emmener à la gare..

– ben c’est à dire que.. et j’explique..

Comme attendu j’ai eu droit à toutes les  hypothèses:  j’ai bu.. je roulais trop vite etc..etc..

C’est son épouse qui l’a emmené à la gare avec moi comme fret gratuit.. il a fait smack smack..  m’en a  remis une couche et  est parti chopper son dur.

.

.

Sa charmante jeune femme,  sans piper mot, a repris la route et m’a déposé  devant le pavillon du commandant en me lâchant  avec un petit sourire dans la voix : « Bon courage  soldat »..

Je me souviendrais toujours de cette phrase..  juste un peu de  commisération ? moquerie.. ?

J’ai  sonné.. prêt  pour  mon supplice..  la femme du commandant est venue m’ouvrir..

.

.

il est arrivé en train de se raser du savon plein le menton..

-mes respects mon com..

-ben vous deviez venir ce matin ?

J’explique de nouveau..  le pourquoi.. le pitaine,  ses desiderata.. le vent les herbes..

Il a lâché : « ah merde.. il y a alerte ce matin faut que je sois au briefing météo à 08h00.. bon on se grouille on va réveiller des  collègues à vous et on va la sortir comme ça.. pas besoin de  déranger  la grue »..

Si  tôt dit si tôt  fait.. je  confesse qu’il a roulé vite.. bien vite.. je me disais que mes potes ne devaient pas être levés et que ce serait la merde.. mais non il y en avait qui étaient debout..  nous nous sommes retrouvés à  cinq  dans sa  404.. il a foncé  vers l’endroit maudit..

.

.

nous nous sommes mis dans le fossé.. allez..  à trois.. un deux..  a trois.. et hoooooo  la voiture  a été repoussée sur le bord du chemin.. un collègue a repris le volant..

.

.

Moi  je devais avoir une tête.. mais une tête… pour l’instant elle était encore solidaire de mon tronc..

Nous sommes arrivés à la base.. la sirène d’alerte s’est mise à hurler à peine nous arrivions..  il a cavalé à son briefing..

J’ai attendu son retour comme  Prométhée attendant  Zeus..

Il est revenu et a dit: « bon, ça  c’est comme quand nous on a un pépin.. faut pas arrêter »..

.

.

Et toute la journée   chaque pilote a eu besoin de sortir et que je l’emmène..  tous  aussi  rigolards les uns que les autres.. et c’en est resté là..

Quelque temps après..  il me signait des bons de sorties  en blanc si j’avais besoin..

.

.

il me donnait à bruler  les enveloppes cachetées que l’on doit remplacer régulièrement par des nouvelles et  dont il faut détruire  la  version ancienne.. (chose qu’il faisait lui-même d’ordinaire).

Jamais  il ne m’a reparlé de  cet incident..  j’ai  fait mon boulot au mieux chaque jour et chaque nuit.. chaque  matin aussi..  (mais la voiture est restée peu chaude  pour l’autre..)

Oui,  je pense  souvent à ce commandant.. j’espère qu’il a  terminé  général..

Quand je  suis revenu à la vie civile et que j’ai repris mon boulot.. je me suis acheté une voiture..

.

.

Une 4L Renault..  mais  bleu marine..

.

Publié 11 mars 2018 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

Tag(s) associé(s) : ,

31 décembre 1969   55 comments

C’était dans la  nuit du 31 décembre 1969…

.

.

Il y avait réveillon à la BA115.. « Orange  Caritat » comme on disait à l’époque…

Un repas spécial avait été prévu  à « l’ordinaire troupe » ( c’est ainsi que l’on dit.. par opposition au mess sous-officier ou au mess officier…)

Affecté  depuis peu  à l’escadron de chasse 1/5 Vendée .. j’avais comme responsabilité   d’être  toujours là.. nuit.. jour..  samedi et dimanche..

.

.

ma mission en dehors de  mon travail quotidien.. répondre au téléphone..

par exemple.. à 03h00 du matin ma première nuit.. je fus réveillé par le gros téléphone en bakélite noir posé prés de mon lit..

une  voix  sombre me lâcha : « Whisky décolle »..  je raccrochai après avoir grommelé un « OK »  et repris mes songes de quille..  pas longtemps..

l’immonde bête noire se remit à sonner.. et cette fois la même voix .. mais version peu amène me vociféra :  « Alors qu’est-ce que vous foutez… !!’ »

.

.

Ben oui, personne ne m’avait encore dit que « Whisky » était le nom de  code de l’alerte..

ces avions équipés d’armements opérationnels auprès desquels veillent des pilotes entièrement harnachés..

le tout décollant en quelques minutes pour aller intercepter un  « objet  volant non identifié » qui circule dans une zone où il n’a rien à  y faire..

.

Tupolev.

Soyons prudents :

fut une époque parait il où des  avions d’autres pays prenaient un large envol  vers l’est en passant au dessus des installations de missiles..

mais bon.. tout cela date du temps d’avant.. Par exemple :

http://www.20minutes.fr/faits_divers/2200251-20180111-vaucluse-mirage-2000-intercepte-boeing-air-algerie-dessus-orange

.

Mirage

.

Donc permanent c’est permanent.. et même la nuit du nouvel an..

Cette soirée là.. mon homologue du 2/5.. avait routé son téléphone sur le mien.. et nous avions décidé d’attendre le repas exceptionnel..

Le temps passa vite.. en parlant  de tout et de rien..

.

.

La soirée était bien avancée quand la camionnette (un tôlé Citroën), nous apporta notre plateau repas tout prêt..

ces fameux plateaux d’alu cabossés, déformés où toute la popote se rassemble comme pour se tenir chaud ce qui était bienvenu dans notre cas..

étant logés en bout de piste.. loin des cuisines..

la  jaffe arrivait aussi froide  qu’un Lapon guettant le phoque sur la banquise

.

.

Pour l’occasion, on nous avait  octroyé une  bouteille de rosé pelure d’oignon.. je ne sais pas si ça existe encore..

mais je garde un souvenir brulant de ce nectar.. comme dirait l’autre.. « c’est du brutal »..

.

.

La dinde était froide et pas cuite..  la bûche avait morflé durant le transport..

quant aux pommes dauphines  qui accompagnaient la dinde.. on pouvait jouer aux billes avec..

Je  critique.. mais avec le recul..  le geste était là.. c’était plein de bonnes attentions..

C’est vrai que sur le coup.. nous fûmes un peu déçus..

.

Alors pour nous venger nous avons tapé dans nos provisions..

moi je revenais de perm’  avec le sac plein de boites de sardines ou de miettes de thon à l’huile..

(il m’en est resté  depuis cette époque ..une addiction incoercible).

Nous avons trouvé des soucoupes  façon assiettes et mis un torchon pas net net.. qui a servi de nappe..

.

.

il y avait une cheminée dans la salle des opérations.. on y a mis  une bûche.. préparé des châtaignes  rapportées de la campagne de tirs en Corse

(oui, je confesse..  mon commandant vous constatiez que le  tas de châtaignes diminuait dans le coffre de munitions.. ben c’était moi..)

Nous avons fait notre repas.. sardines à l’huile.. miettes de thon à l’huile.. pain.. fromage (celui du plateau)..  bûche et châtaignes AOP grillées..

.

.

Un repas de rois.. nous avons attendu minuit..  nous nous  sommes tombés dans les bras .. nous nous sommes même fait la bise.. après une légère hésitation..

et nous nous sommes souhaité la p.. de bonne année.. il me restait 10 mois à tirer..

.

.

Je me suis couché..  la lune éclairait la haie de cyprès au loin.. là-bas dans le  fond, le Ventoux…

.

Fillod

.

J’ai été réveillé le matin par des  coups sur la porte en fer.. de la Fillod.. quelqu’un tambourinait..

j’ai ouvert la porte  presque en même temps que les yeux..

.

.

Misère.. le commandant.. il était passé là.. voir si tout allait bien..

(peut-être pensait-il me  retrouver rond comme une queue de pelle.. j’étais affecté depuis peu.. il ne m’avait pas encore accordé sa confiance)..

il a fait un tour dans la bicoque..  jeté un œil sur notre  table Lucullus.. il n’a rien dit.. m’a demandé si tout allait bien.. souhaité une bonne année..  et est reparti..

Je pense souvent à lui.. un  homme formidable.. j’avais 25 ans.. il devait avoir une grosse dizaine de plus que moi..

.

C’était le premier janvier 1970.. ça caillait ferme à Orange…

.

.

Marc

 

Publié 21 janvier 2018 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

Tag(s) associé(s) : , , ,

Retour de Roissy.   61 comments

.

Que penser.. un rassemblement rare d’événements..  vécus par le même acteur.. respectant les règles d’unités de lieu..  de temps.. une concentration de circonstances..

.

Les faits que  je vais raconter sont  rigoureusement exacts.. même s’ils semblent sortis d’un film  pour une publicité.

C’était un soir de début d’été.. il faisait beau.. le parfum des  vacances.. même au boulot.. alors, pour éviter les convois de vacanciers qui gagnent le sud, rejoignant les banlieusards.. grossissant le flot des autoroutes A3 et A86.. j’avais décidé de musarder avec retour par l’A104.. cette voie qui serpente en Seine et Marne permet, venant du nord, de gagner le sud  en évitant de s’agglutiner dans les autoroutes parisiennes..

Bref, je quittai Roissy par le Nord.. par Mitry Mory..  c’est  agréable.. la zone aéroportuaire dégage la vue.. des champs.. des lapins.. des émouchets.. une pépinière avec ses rangées d’arbres bien alignés..

.

.

Bien sûr, pour ne pas oublier où on est,  un gros bazar toutes les 30 secondes arrive en hurlant au dessus.. balises.. arbres de noël, mais j’aime ça…

.

.

Je roulais tranquillement sur ma petite route.. appréciant la route pour moi tout seul.. quand soudain surgissant de ma droite d’un petit chemin qui me parut sans priorité, masqué par la haie de cyprès, un véhicule blindé de la gendarmerie me coupe la route.. bien sûr, face à un tel engin, la sagesse est de s’arrêter au plus vite..  un coup au cœur.. j’écrase la pédale..

Pas passé loin de mon  capot.. je suis resté à me demander si oui ou non il était prioritaire.. j’ai repris ma route en songeant que si nous nous étions heurtés..  j’aurais gagné ma journée..  emplâtrer une voiture de gendarmes.. t’es mal.. même si c’est elle qui te refait la calandre.. et en plus un truc tout  blindé.. ma pauvre voiture aurait pu y passer..

Le chouette paysage qui borde la N2 me fait vite oublier l’incident, et je me bretellise sur l’A104.. impec.. pas trop de monde.. des camions bulgares.. quelques vacanciers.. valises sur le toit.. remorque à l’arrière..

Heure tranquille.. retour tranquille.. je me cale sur la file de droite.. et  roule ma poule.. Un petit 100.. va bene..

.

.

Soudain.. peu avant l’aire de Villevaudé..  là-bas devant.. une voiture qui tractait un bateau se met à   tanguer.. zigzaguer..  réflexe.. je lève le pied.. quand soudain la remorque se met en travers.. y a du mou..  ça part en choucroute..

Les voitures devant freinent.. nuages de fumées blanches des pneus.. le premier donne un coup de volant à gauche.. l’autre derrière à droite.. la  remorque lorgne le bas côté.. j’ai le cœur qui tape.. cogne.. écrasé le frein.. les mains sur le volant, les  muscles  tendus.. l’électronique de la voiture réagit bien.. tous les  noms barbares.. ABS.. ASR.. ESP..  et je ne sais quoi.. je passe sur la file de gauche.. j’ai la jambe qui tremble un peu..

Je confesse que ça s’est passé tellement vite.. que  la première voiture  et moi.. avons dépassé le gars et son bateau arrêtés sur le bas côté.. j’ai vu dans le rétroviseur que la voiture de droite s’était arrêtée elle aussi.

Le premier de cordée et moi avons continué.. mon corps se relâchait.. le pouls reprenait son rythme.. la respiration qui s’était bloquée.. tout s’est remis en marche.. en fait j’ai eu la trouille.. je me suis vu dans le paquet… j’ai continué ma route..  en pensant que c’est con.. suffit de peu de chose.. distance.. pneu  mal gonflé ou ne sais quoi.. bon.. la voiture n’a pas bougé, elle est restée bien sur la file.. pour un peu je lui aurais dit  « Merci Titine ».

.

.

Sur la dernière petite route avant de retrouver de l’urbain.. des champs de chaque côté.. l’un d’eux.. survolé par un hélico qui vaporisait du produit..  pollution.. pollueur pensais-je.. il faisait ses aller et retour avec soin.. coupant sa douche en arrivant sur la route.. du moins l’estimais-je…

J’ai essayé de moduler ma vitesse pour passer alors qu’il était à l’autre bout.. mais faut croire que l’émotion avait  bouleversé mes neurones..  je suis arrivé à sa hauteur alors qu’il entamait son  retour.. bien sûr il avait dû couper sa miction.. mais comme disait Voltaire.. il en reste  toujours un peu pour le haut de chausse..

Je suis passé à sa hauteur et j’ai pris une douche d’un produit épais.. jaune.. collant.. qui a refait une bonne partie du métallisé vernis gris « sidobre » de la voiture… les essuie-glaces ont  étalé cette gadoue..  j’ai retenu ma respiration.. j’ai coupé la ventilation, la clim et tout le bazar.. j’ai fait les grandes eaux de Versailles sur le pare-brise en me demandant si c’était  toxique et si je n’aurais pas dû m’arrêter.. des fois que ça ruine ma peinture..

Mais va faire un constat avec un hélico..  faut être Superman..

.

.

Pour l’anecdote.. vu les circonstances.. mentionnerai-je la  petite harde de sangliers qui a coupé ma route peu avant d’arriver dans des zones civilisées?

Arrivé à la maison.. j’ai passé la voiture au jet..  rentré..  j’ai pris une Heineken dans le frigo.. je me suis posé dans le canapé..

Et j’ai soliloqué :

« quelle compagnie d’assurance me croirait si j’annonçais : j’ai heurté un véhicule blindé.. puis un bateau.. un hélicoptère est venu me bombarder par une attaque chimique.. et j’ai été agressé par des sangliers.. »

là.. c’est direct la rue Cabanis.. (ndlr : hopital St Anne) et le  gilet blanc qui soutient les bras..

.

.

Que penser.. est-ce que ce jour là j’ai eu un ange gardien.. c’est vrai que St Marc je ne lui demande pas grand-chose.. même rien.. vu le peu qu’il a  écrit.. c’est pas un prolixe.. pas  volubile de l’évangile.. du condensé.. faut pas le déranger pour des nèfles.. et puis bon.. faut avoir la foi..

On va dire que c’était un jour particulier.. comme les  astronomes quant ils parlent de conjonction…

J’ai  bossé  plus de 40 ans.. 40 ans à se taper les autoroutes (au fur et a mesure de leur construction).. la pluie..la neige..le verglas.. le retour en 05h00 en 99.. pas un carton.. j’ai évité les matelas.. les  morceaux de troncs d’arbres.. les brouettes..les cinglés.. etc etc.. ouais.. j’ai eu de la chance.. du bol.. la baraka..

Mais ce jour là.. m’empêcherez pas de penser qu’on a voulu me  tester..

Ou alors.. c’était pour la camera  cachée.

.

Marc

Publié 16 décembre 2017 par Leodamgan dans Prose à Marc

Tag(s) associé(s) : , , , , ,

%d blogueurs aiment cette page :