Archives de la catégorie ‘Prose à Marc

31 décembre 1969   29 comments

C’était dans la  nuit du 31 décembre 1969…

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Il y avait réveillon à la BA115.. « Orange  Caritat » comme on disait à l’époque…

Un repas spécial avait été prévu  à « l’ordinaire troupe » ( c’est ainsi que l’on dit.. par opposition au mess sous-officier ou au mess officier…)

Affecté  depuis peu  à l’escadron de chasse 1/5 Vendée .. j’avais comme responsabilité   d’être  toujours là.. nuit.. jour..  samedi et dimanche..

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ma mission en dehors de  mon travail quotidien.. répondre au téléphone..

par exemple.. à 03h00 du matin ma première nuit.. je fus réveillé par le gros téléphone en bakélite noir posé prés de mon lit..

une  voix  sombre me lâcha : « Whisky décolle »..  je raccrochai après avoir grommelé un « OK »  et repris mes songes de quille..  pas longtemps..

l’immonde bête noire se remit à sonner.. et cette fois la même voix .. mais version peu amène me vociféra :  « Alors qu’est-ce que vous foutez… !!’ »

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Ben oui, personne ne m’avait encore dit que « Whisky » était le nom de  code de l’alerte..

ces avions équipés d’armements opérationnels auprès desquels veillent des pilotes entièrement harnachés..

le tout décollant en quelques minutes pour aller intercepter un  « objet  volant non identifié » qui circule dans une zone où il n’a rien à  y faire..

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Tupolev.

Soyons prudents :

fut une époque parait il où des  avions d’autres pays prenaient un large envol  vers l’est en passant au dessus des installations de missiles..

mais bon.. tout cela date du temps d’avant.. Par exemple :

http://www.20minutes.fr/faits_divers/2200251-20180111-vaucluse-mirage-2000-intercepte-boeing-air-algerie-dessus-orange

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Mirage

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Donc permanent c’est permanent.. et même la nuit du nouvel an..

Cette soirée là.. mon homologue du 2/5.. avait routé son téléphone sur le mien.. et nous avions décidé d’attendre le repas exceptionnel..

Le temps passa vite.. en parlant  de tout et de rien..

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La soirée était bien avancée quand la camionnette (un tôlé Citroën), nous apporta notre plateau repas tout prêt..

ces fameux plateaux d’alu cabossés, déformés où toute la popote se rassemble comme pour se tenir chaud ce qui était bienvenu dans notre cas..

étant logés en bout de piste.. loin des cuisines..

la  jaffe arrivait aussi froide  qu’un Lapon guettant le phoque sur la banquise

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Pour l’occasion, on nous avait  octroyé une  bouteille de rosé pelure d’oignon.. je ne sais pas si ça existe encore..

mais je garde un souvenir brulant de ce nectar.. comme dirait l’autre.. « c’est du brutal »..

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La dinde était froide et pas cuite..  la bûche avait morflé durant le transport..

quant aux pommes dauphines  qui accompagnaient la dinde.. on pouvait jouer aux billes avec..

Je  critique.. mais avec le recul..  le geste était là.. c’était plein de bonnes attentions..

C’est vrai que sur le coup.. nous fûmes un peu déçus..

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Alors pour nous venger nous avons tapé dans nos provisions..

moi je revenais de perm’  avec le sac plein de boites de sardines ou de miettes de thon à l’huile..

(il m’en est resté  depuis cette époque ..une addiction incoercible).

Nous avons trouvé des soucoupes  façon assiettes et mis un torchon pas net net.. qui a servi de nappe..

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il y avait une cheminée dans la salle des opérations.. on y a mis  une bûche.. préparé des châtaignes  rapportées de la campagne de tirs en Corse

(oui, je confesse..  mon commandant vous constatiez que le  tas de châtaignes diminuait dans le coffre de munitions.. ben c’était moi..)

Nous avons fait notre repas.. sardines à l’huile.. miettes de thon à l’huile.. pain.. fromage (celui du plateau)..  bûche et châtaignes AOP grillées..

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Un repas de rois.. nous avons attendu minuit..  nous nous  sommes tombés dans les bras .. nous nous sommes même fait la bise.. après une légère hésitation..

et nous nous sommes souhaité la p.. de bonne année.. il me restait 10 mois à tirer..

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Je me suis couché..  la lune éclairait la haie de cyprès au loin.. là-bas dans le  fond, le Ventoux…

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Fillod

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J’ai été réveillé le matin par des  coups sur la porte en fer.. de la Fillod.. quelqu’un tambourinait..

j’ai ouvert la porte  presque en même temps que les yeux..

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Misère.. le commandant.. il était passé là.. voir si tout allait bien..

(peut-être pensait-il me  retrouver rond comme une queue de pelle.. j’étais affecté depuis peu.. il ne m’avait pas encore accordé sa confiance)..

il a fait un tour dans la bicoque..  jeté un œil sur notre  table Lucullus.. il n’a rien dit.. m’a demandé si tout allait bien.. souhaité une bonne année..  et est reparti..

Je pense souvent à lui.. un  homme formidable.. j’avais 25 ans.. il devait avoir une grosse dizaine de plus que moi..

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C’était le premier janvier 1970.. ça caillait ferme à Orange…

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Marc

 

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Publié 21 janvier 2018 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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Retour de Roissy.   61 comments

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Que penser.. un rassemblement rare d’événements..  vécus par le même acteur.. respectant les règles d’unités de lieu..  de temps.. une concentration de circonstances..

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Les faits que  je vais raconter sont  rigoureusement exacts.. même s’ils semblent sortis d’un film  pour une publicité.

C’était un soir de début d’été.. il faisait beau.. le parfum des  vacances.. même au boulot.. alors, pour éviter les convois de vacanciers qui gagnent le sud, rejoignant les banlieusards.. grossissant le flot des autoroutes A3 et A86.. j’avais décidé de musarder avec retour par l’A104.. cette voie qui serpente en Seine et Marne permet, venant du nord, de gagner le sud  en évitant de s’agglutiner dans les autoroutes parisiennes..

Bref, je quittai Roissy par le Nord.. par Mitry Mory..  c’est  agréable.. la zone aéroportuaire dégage la vue.. des champs.. des lapins.. des émouchets.. une pépinière avec ses rangées d’arbres bien alignés..

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Bien sûr, pour ne pas oublier où on est,  un gros bazar toutes les 30 secondes arrive en hurlant au dessus.. balises.. arbres de noël, mais j’aime ça…

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Je roulais tranquillement sur ma petite route.. appréciant la route pour moi tout seul.. quand soudain surgissant de ma droite d’un petit chemin qui me parut sans priorité, masqué par la haie de cyprès, un véhicule blindé de la gendarmerie me coupe la route.. bien sûr, face à un tel engin, la sagesse est de s’arrêter au plus vite..  un coup au cœur.. j’écrase la pédale..

Pas passé loin de mon  capot.. je suis resté à me demander si oui ou non il était prioritaire.. j’ai repris ma route en songeant que si nous nous étions heurtés..  j’aurais gagné ma journée..  emplâtrer une voiture de gendarmes.. t’es mal.. même si c’est elle qui te refait la calandre.. et en plus un truc tout  blindé.. ma pauvre voiture aurait pu y passer..

Le chouette paysage qui borde la N2 me fait vite oublier l’incident, et je me bretellise sur l’A104.. impec.. pas trop de monde.. des camions bulgares.. quelques vacanciers.. valises sur le toit.. remorque à l’arrière..

Heure tranquille.. retour tranquille.. je me cale sur la file de droite.. et  roule ma poule.. Un petit 100.. va bene..

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Soudain.. peu avant l’aire de Villevaudé..  là-bas devant.. une voiture qui tractait un bateau se met à   tanguer.. zigzaguer..  réflexe.. je lève le pied.. quand soudain la remorque se met en travers.. y a du mou..  ça part en choucroute..

Les voitures devant freinent.. nuages de fumées blanches des pneus.. le premier donne un coup de volant à gauche.. l’autre derrière à droite.. la  remorque lorgne le bas côté.. j’ai le cœur qui tape.. cogne.. écrasé le frein.. les mains sur le volant, les  muscles  tendus.. l’électronique de la voiture réagit bien.. tous les  noms barbares.. ABS.. ASR.. ESP..  et je ne sais quoi.. je passe sur la file de gauche.. j’ai la jambe qui tremble un peu..

Je confesse que ça s’est passé tellement vite.. que  la première voiture  et moi.. avons dépassé le gars et son bateau arrêtés sur le bas côté.. j’ai vu dans le rétroviseur que la voiture de droite s’était arrêtée elle aussi.

Le premier de cordée et moi avons continué.. mon corps se relâchait.. le pouls reprenait son rythme.. la respiration qui s’était bloquée.. tout s’est remis en marche.. en fait j’ai eu la trouille.. je me suis vu dans le paquet… j’ai continué ma route..  en pensant que c’est con.. suffit de peu de chose.. distance.. pneu  mal gonflé ou ne sais quoi.. bon.. la voiture n’a pas bougé, elle est restée bien sur la file.. pour un peu je lui aurais dit  « Merci Titine ».

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Sur la dernière petite route avant de retrouver de l’urbain.. des champs de chaque côté.. l’un d’eux.. survolé par un hélico qui vaporisait du produit..  pollution.. pollueur pensais-je.. il faisait ses aller et retour avec soin.. coupant sa douche en arrivant sur la route.. du moins l’estimais-je…

J’ai essayé de moduler ma vitesse pour passer alors qu’il était à l’autre bout.. mais faut croire que l’émotion avait  bouleversé mes neurones..  je suis arrivé à sa hauteur alors qu’il entamait son  retour.. bien sûr il avait dû couper sa miction.. mais comme disait Voltaire.. il en reste  toujours un peu pour le haut de chausse..

Je suis passé à sa hauteur et j’ai pris une douche d’un produit épais.. jaune.. collant.. qui a refait une bonne partie du métallisé vernis gris « sidobre » de la voiture… les essuie-glaces ont  étalé cette gadoue..  j’ai retenu ma respiration.. j’ai coupé la ventilation, la clim et tout le bazar.. j’ai fait les grandes eaux de Versailles sur le pare-brise en me demandant si c’était  toxique et si je n’aurais pas dû m’arrêter.. des fois que ça ruine ma peinture..

Mais va faire un constat avec un hélico..  faut être Superman..

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Pour l’anecdote.. vu les circonstances.. mentionnerai-je la  petite harde de sangliers qui a coupé ma route peu avant d’arriver dans des zones civilisées?

Arrivé à la maison.. j’ai passé la voiture au jet..  rentré..  j’ai pris une Heineken dans le frigo.. je me suis posé dans le canapé..

Et j’ai soliloqué :

« quelle compagnie d’assurance me croirait si j’annonçais : j’ai heurté un véhicule blindé.. puis un bateau.. un hélicoptère est venu me bombarder par une attaque chimique.. et j’ai été agressé par des sangliers.. »

là.. c’est direct la rue Cabanis.. (ndlr : hopital St Anne) et le  gilet blanc qui soutient les bras..

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Que penser.. est-ce que ce jour là j’ai eu un ange gardien.. c’est vrai que St Marc je ne lui demande pas grand-chose.. même rien.. vu le peu qu’il a  écrit.. c’est pas un prolixe.. pas  volubile de l’évangile.. du condensé.. faut pas le déranger pour des nèfles.. et puis bon.. faut avoir la foi..

On va dire que c’était un jour particulier.. comme les  astronomes quant ils parlent de conjonction…

J’ai  bossé  plus de 40 ans.. 40 ans à se taper les autoroutes (au fur et a mesure de leur construction).. la pluie..la neige..le verglas.. le retour en 05h00 en 99.. pas un carton.. j’ai évité les matelas.. les  morceaux de troncs d’arbres.. les brouettes..les cinglés.. etc etc.. ouais.. j’ai eu de la chance.. du bol.. la baraka..

Mais ce jour là.. m’empêcherez pas de penser qu’on a voulu me  tester..

Ou alors.. c’était pour la camera  cachée.

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Marc

Publié 16 décembre 2017 par Leodamgan dans Prose à Marc

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Retour de marché   50 comments

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Nous revenons  du marché..

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il pleut.. une pluie froide..  pénétrante… glacée.. le vent fort  rend la marche encore plus  douloureuse..

malgré un équipement  breton  l’eau fouette le visage.. s’étale sur les lunettes… les mains sont glacées..  il fait sombre.. le jour tarde à se lever..

il reste au chaud, lui..

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La circulation est merdique.. un monde fou de grands banlieusards..

coupe à travers  notre petite ville pour rejoindre l’autoroute qui les mènera enfin vers le périph’ immobile..

La rue des écoles apporte son lot d’embouteillages..

outre les mamans qui déposent la chair de leur chair juste devant la porte en stationnant au milieu de la   rue..

ben oui.. sont atrophiés des  jambes, les lardons..  nous on y allait à pied.. mais là..

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ils ont juste les  pouces  qui s’allongent démesurément à force de tweeter.. va être  sexy l’homo-iphonus…  petite tête.. petites  jambes et pouces de 20 cm..

des tarsiens..

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Un   nergumène  (s’il est né comme ça)  apporte avec satisfaction son concours au  bordel automobile.. il aide à traverser..

en fait son intérêt est contraire à la fluidité du flux.. dès qu’au loin se profile un potentiel piéton..

il jette son corps  casquetté et fluogileté  en travers de la route.. tel le corps d’obèse face au taureau (il a mal fini le gonze)..

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Il y a donc  la terrible conjonction.. la buée..  la pluie.. les essuie-glace qui  jettent l’éponge.. les feux des voitures.. des voitures partout..

l’un veut tourner.. l’autre pas..

les piétons qui se faufilent.. les assermentés qui vivent leur heure de  gloire du matin… les bras en croix  devant les  véhicules.. les Jésus du macadam..

il y a un très beau mot dans la langue française qui résume bien : c’est le bordel.. le boxon..

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Mais bon.. sommes rentrés sans encombres..

j’ai laissé un parapluie devant la porte au cas où un étrenneux en retard viendrait à sonner..

mais c’est, en principe, fait..  les éboueurs..  les pompiers…  une vaine tentative de faux agents mais vrais fraudeurs..

qui se prétendaient  « les encombrants »..

grâce à mon vidéo-interphone ils furent éconduits sans coup férir ni discussion stérile..

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Hier le facteur a réussi à nous coincer entre deux séjours bretons..   toujours les calendriers avec les petits chats.. ras le bol des greffiers..

pourraient mettre Charlize Theron.. ou Miss décembre.. ou le  ministre des PTT.. au moins, on connaitrait sa tronche..

oui, je sais.. il  y a  sexy lurette que les PTT n’existent plus.. mais  désolé.. je nostalgise.. même le mollet du facteur a changé.. le vélo est électrique..

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Eh oui.. bon, « ah-ign don » ( sic) comme disait ma grand-mère.. faut s’y mettre.. je vais aller  regarder la télé..  😉

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Punaise quelle vie..

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Marc

 

Publié 13 décembre 2017 par Leodamgan dans Divertissement, Ecriture, Non classé, Prose à Marc

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Les avions et moi.   51 comments

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Nous  sommes partis d’Orly à l’heure..

le ciel était bien couvert..

le décollage nous a  fait rapidement traverser cette couche de nuages..

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Et nous nous sommes  retrouvés au dessus de cette mer  cotonneuse.. une étendue de mousse. .  il y avait encore quelques  longs nuages  au dessus de nous.. le soleil  était déjà bien bas sur l’horizon et s’échinait à nous fournir toute sa palette de rouge orangé..  version cartes de Noël d’avant.. celles avec la maison qui  fume et  les petites paillettes dorées qui se décollent..

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Mo, comme d’usage, bouquinait près de moi.. l’hôtesse circulait dans l’allée centrale.. bref.. de l’habituel..

Mon regard errait sur ces couches molletonnées.. aux dessins réguliers..  lignes .. petits dômes.. crevasses d’une régularité   humaine.. m’imaginant survolant le pôle ou quelque zone arctique..

Etre là haut.. dans une machine volante.. volant vers le soleil..

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Mon premier contact avec un avion fut terrifiant.. un avion  à réaction  comme on disait alors.. passa  sans prévenir au dessus de la maison.. un rugissement.. j’eus tellement peur que je me suis réfugié sous la table de cuisine..  mon père qui était dans la cour.. lâcha :  « Ahh il a dû passer le mur du son »..

Une image  me traversa l’esprit.. un avion qui fonce dans une meule de foin.. étrange..

Pour moi  les avions c’étaient ces machines que l’on voyait  loin, loin la haut dans le ciel.. et qui le traversait lentement d’un bout à l’autre de l’horizon.. en faisant  « waon waon waon »..

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Mon père me racontait que pendant la guerre..  le ciel en était rempli.. que l’on  pouvait reconnaitre au bruit du moteur si c’était un ami ou un ennemi..

Et que les  raids américains en couvraient le ciel..  le premier passait l’horizon d’un côté.. qu’il en surgissait encore de l’autre coté..

L’été.. allongé dans herbe..il y en avait toujours un dans le ciel.. « waon waon waon »..

Et puis le temps a passé.. gamin, dans mon lit sous les toits le soir.. étant près d’Orly.. je savais distinguer un Vickers Viscount et son sifflement caractéristique d’un gros Constellation.. ou les  avions de la Postale..

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Puis vint le temps du réacteur.. le Comète.. puis la Caravelle..

La première fois que je vis cet avion..  je m’en souviens bien.. Il faisait des essais sur Orly..  sidérant.. un avion avec les moteurs  à l’arrière…

Ma vie s’est poursuivie.. accompagnée  d’histoires d’avions..  bandes dessinées..  Spirou et l’oncle Paul.. Buck Danny.. les romans.. St Exupery.. Chennault.. les tigres  volants..

Le service militaire.. laver les Mirages III..  poser les parachutes  de queue.. charger les Transall…

Puis un beau jour de juillet  68.. la vie active dans une compagnie aérienne Française…

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Tout s’était accéléré.. le Super G  disparut au profit des 707.. que l’on baptisait.. « Château de Chambord.. Ville de  Blois.. »

Le 747 .. Jumbo.. énorme.. hors normes  à l’instar de l’A380.. qui devrait être appelé « Mammouthjet ».. le 747 bouscula tout..

Il fallu revoir les hangars..les aménagements.. le travail en piste..

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Il y a quelques jours c’était l’anniversaire du premier vol Concorde..

Ahhh  Concorde.. un avion superbe..  hélas associé à un terrible drame..

Tous les jours à 11h15.. il donnait le signal du départ à la cantine..

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Pour aller  à Maurice.. on survole la nuit des villes dont les noms s’égrènent dans les romans de Monfreid..  ou  plus près hélas.. dans l’actualité..

« Khartoum.. Addis Abeba.. Mogadiscio.. Dar es salam.. »

On survole  le désert et des énormes taches de lumière nous  montrent ces villes.. je m’imaginais des endroits minuscules.. mais ce sont des taches énormes.. des villes pleines de lumières.. des rues.. des artères..   Et puis le sombre.. le rien..  et parfois.. une lumière.. ou deux.. un bout de route éclairé..

J’éprouve  cette même sensation que dans les trains de nuit de mon enfance.. derrière ces lumières.. ce sont des vies.. des gens  qui sont là.. ensembles..  et nous.. nous passons..

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En survolant la corne de l’Afrique.. et ses zones désertiques..  rien.. le  ciel monstrueusement étoilé.. en bas c’est le désert.. le sable .. les cailloux.. les rochers.. Et puis pour nous rappeler nos origines..  ça et là.. une lumière.. comme il y a  100 000 ans le feu..  des gens sont là.. vivent.. partagent.. échangent..

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Là haut les étoiles..  le feu clignotant  rouge  ( ndlr : ou vert) du bout de  l’aile.. parfois les phares de l’avion..  les réacteurs.. les moteurs qui tournent..  on pense à Mermoz.. l’aéropostale.. quand ils survolaient le désert vers Cap Juby avant de se lancer pour la  grande traversée… Ce ne sont pas quelques lettres qui poussaient ces hommes d’exception à risquer leur  vie.. les  pirates du désert.. le pot au noir.. les montagnes énormes des Andes.. la neige.. la panne de moteur..  Qu’est-ce qui les poussait.. à faire ce qu’aucune bête n’aurait fait…

Le gout de voler.. surement.. l’exploit.. probablement. .  mais sans aucun doute ce qui pousse chacun d’entre nous  à faire  ce que nous devons faire.. à le faire bien.. au mieux..  le faire coute que  coute..

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Bien sur eux payaient de leur vie.. comme d’autres aujourd’hui dans leur  métier…

Dehors il fait  moins 55 ou moins 60 degrés..   l’avion a séjourné des heures sur la piste  surchauffée.. et l’ensemble supporte ces  variations de température.. dans  le cockpit du  Concorde on voyait nettement l’allongement de la  cabine..  ( le fuselage s’allongeait de  20 cm).

Depuis Pilatre de Rozier, Ader.. combien   sont morts.. pour que je puisse rêvasser sur mon siège de cet ATR qui nous emmène vers Lorient..

Combien d’exploits.. humains.. techniques.. combien de sacrifices.. Combien de progrès  ne verrai-je pas.. on parle d’avions fusées..

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Tiens.. on arrive à Lann Bihoué..

on va retrouver notre Twingo..

« waon waon waon »…

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Marc

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Publié 26 novembre 2017 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc, Voyages

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Tonton Moustache   51 comments

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Quand j’étais gamin, il me faisait peur, avec ses grandes moustaches à la Napoléon III.

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Il essayait pourtant d’être gentil, me faisait jouer avec des bouchons dans un des éviers derrière le comptoir de son bistrot, à Issy les Moulineaux,

mais je préférais la voix douce de  son épouse.. la tante Angèle, une bretonne de Plougastel Daoulas..

Et puis avec le temps, grandissant, non seulement il ne me faisait plus peur, mais je me suis mis à l’aimer.. Tonton Moustache.. c’est moi qui lui ai donné ce surnom.. fallait bien que je le désigne au milieu de tous mes tontons..

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Pas simple sa vie à Tonton Moustache, il avait commencé en gardant des chèvres à Carqueiranne (près de Toulon)  puis apprenti boulanger.. puis la guerre..

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cuisinier chez Drouant..

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La guerre.. les tranchées.. les hommes avaient la moustache alors..

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La pipe de Joffre.. ah la pipe de Joffre.. un de ses trésors.. il la lui avait donnée lors d’une tournée dans les tranchées.  J’imagine  que son ordonnance en avait un stock.. qu’il distribuait au gré de ses inspections de motivation des troupes.. mais bon..   quand tu es dans la  boue  avec les  horreurs que l’on sait.. l’enfer du quotidien qu’il fallait vivre.. voir passer le général en chef   distribuant des mots d’encouragement.. et donnant sa pipe..

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Va savoir  comment on réagit.. en tout cas, je ne lui ai jamais dit le fond de ma pensée à Tonton.. c’était SA pipe.. LA pipe.. peut-être que c’était bien sa pipe au gégène.. et que j’ai des mauvaises pensées sur le coté  manipulateur..

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Il avait dû se faire un peu de sous chez Drouant car il avait investi dans un bistrot d’Issy les Moulineaux.. et sûrement que son affaire a dû bien marcher.. car un jour.. il a décidé de   laisser Issy.. son aérodrome.. Latécoère et tout le toutim,  retourner vers son passé..

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Il a acheté  une grande bastide.. et la moitié de la colline.. là-bas au sud.. au pied du Faron.. derrière le barrage de Toulon.. des vignes..

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des oliviers et des amandiers..

Une  grande maison avec des  petites dépendances..  une grande terrasse vitrée  qui donnait sur le vallon.. avec des palmiers.. ça sentait les amandes.. des piles de journaux s’entassaient dans les coins..

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l’Equipe, Miroir Sprint.. (son  fils: mon parrain Marc.. était un bon coureur cycliste)..

un capharnaüm de trucs.. paniers.. cagettes.. son bazar.. l’hiver il chauffait peu..  en fait la cuisinière en bas ronflait été comme hiver.. La tante  était décédée quelques années après le déménagement au sud.. et il vivait là.. avec une famille de  gens qu’il hébergeait et qui l’aidait à faire son vin..

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Ahhh son vin.. un truc à nettoyer le zinc des bistrots.. il faisait aussi son alcool et son pastis lui-même.. mais là.. fallait faire attention.. quand on ressortait de la terrasse.. au soleil.. d’un coup  ça se mettait à faire lourd dans le carafon.. il se buvait comme du lait son truc..  mais   comme traîtrise.. te sciait les pattes en moins de deux.

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Je l’aimais bien l’oncle..  pas grand.. sa  gapette sur le crâne.. ses chemises à carreaux.. sa montre avec la chaîne accrochée au troisième bouton.. ses jambes arquées sur des gros croquenots.. pour un moko (Toulonnais), à la différence de son frère.. il n’avait pas l’accent.

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.Quand on arrivait.. il saluait mon père.. ma mère par deux surnoms qui devaient dater du temps où les weightwatchers feldgrau avaient mis Paris au régime.. enfin.. la majorité..

« salut l’haricot ».. « salut l’hirondelle ».. lui paluchant un peu le sein gauche..

ma mère rigolait.. il avait le droit l’oncle.. il était le seul a être venu à leur mariage..

Eh oui.. pour mon grand-père.. son fils, épouser une fille de divorcée.. morganatique, le truc.. impensable.. elle a payé gros ma pauvre Maman.. mais l’oncle.. il aimait faire ch.. son beauf.. (mon grand-père).. jusqu’à venir à table en flanelle.. quand il faisait chaud..

Scandale de scandale.  Je crois que je l’aimais aussi pour ça,Tonton..

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Je devais avoir voir une douzaine d’années.. il nous a invité au restau.. à Toulon.. le bar de la Marine.. eh oui.. comme  dans le film.. sans doute un hommage à Raimu.. (ndlr : Raimu est de Toulon, comme  Felix Mayol.. c’est d’ailleurs pour cela que le Rugby Club de Toulon a un brin de muguet sur son  blason.. Mayol en portait un à son revers).

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Donc il nous a invité au restau.. et c’est là que j’ai mangé de la langouste pour la première fois.. ma mère en avait le plaisir aux yeux.. de la langouste.. comme les riches.. j’en garde encore le souvenir.. comment ce truc blanc caparaçonné de rouge  peut il être si fin.. si parfumé..

Ensuite il a décidé d’aller au cinéma.. et ce fut une nouvelle « initiation » pour moi..

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je ne me souviens plus du titre exact.. mais c’était du genre  « mon après-midi chez les nudistes »..

Ah misère.. en noir et blanc.. des dames toutes nues..  des dames qui jouent avec des ballons .. des cerceaux.. ah.. je me demandais quelle contenance prendre en sortant..

je me souviens de son œil malicieux quand il m’a demandé si j’avais aimé le film. Ah le bougre..  rire derrière sa moustache.. il rigolait de ma gêne..

Il est vrai qu’aujourd’hui..

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Oui, c’était  mon grand oncle..  un jour de mistral.. comme d’usage.. le feu est parti tout seul.. bien sûr le tesson de bouteille qui fait loupe.. ben voyons..

Le feu a gagné la colline.. en  haut et s’est mis à redescendre.. vers la maison.. alors il s’est couché.. en se disant que si tout brûlait.. autant brûler avec..

Mais ce n’était pas le jour.. le feu s’est arrêté pas loin.. et, mistral aidant, il a  traversé le vallon pour reprendre en face.. le creux a été épargné..
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Nous passions tous les étés à Toulon.. et tous les étés nous allions le voir.. évidemment  il y avait le grand repas chez son frère qui habitait pas loin..

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Dans la cour sous le grand figuier.. avec le petit Tounet qui courait partout en aboyant.. vibrant de voir tant de monde d’un coup..

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Mais moi.. le frère et sa femme je les aimais aussi ..  un peu..  mais mon chouchou celui qui a une grosse place dans mon  jardin des souvenirs.. c’est lui.. ce sacré Tonton  Moustache.. ah le bougre.. son mégot sous la moustache roussie et son œil si pétillant.. toujours à rigoler, à lâcher une plaisanterie..

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Va savoir.. il est peut-être cuistot chez Lucifer..

c’est rien ça comparé aux quatre ans qu’il a dû vivre.. avec la pipe de Joffre

et puis y’a peut-être des jeunes dames peu vêtues qui jouent au ballon ou au cerceau..

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Allez vaï..  adieu l’oncle…

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Marc

Publié 13 octobre 2017 par Leodamgan dans Arnaques, Prose à Marc

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Sacs en plastique.   49 comments

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Cette fois..  ça y est..

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En principe..  nous quittons le  sacplasticorien.. étage à oublier de  l’anthropocène.. pour passer  au sacenpapierien . Si on pouvait faire pareil avec les mégots sur les plages..  époque du cradingrien.

Bref, ça y est, c’est voté, tamponné,  entériné : terminés les sacs plastiques qui volent au vent, polluent, détruisent la faune. On passe au papier  ou au sac biodégradable. Ce dernier,  il est à perfectionner.. car pour être mince et fragile.. il est mince et fragile. Ils ont inventé des sacs  « la Pléiade ».

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Mais bon.. selon les historiens..  les plasticologues.. car à l’instar de ces  politologues  avisés qui nous expliquent pourquoi  il faut se serrer la ceinture.. pourquoi  n’y aurait il pas de plasticologues? Avec une écharpe rouge autour du cou à la télé, même si il fait 37 degrés dehors. Oui ça existe.

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On nous date au carbone  quatorze l’arrivée du sac plastique dans les années  soixante mais c’est pas précis ça.

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Moi ce que  je puis dire.. c’est que quand j’étais gosse.. ma pauvre Maman  a tenté d’apporter sa contribution au budget du ménage.. et qu’elle avait trouvé comme  travail à domicile :  passer deux coulisseaux rouges de chaque coté  d’un sac plastique..  dans des petits trous idoines.. de telle façon qu’en tirant de chaque coté  le sac se ferme.

Je devais avoir 7 ou 8 ans. Un  gonze venait  en voiture.. il déposait un énorme tas de sacs  plastiques .. les coulisseaux rouges.. reprenait ceux qui avaient été faits. Je revois ma mère s’échinant à passer cette p… de petite ficelle.. fallait plier.. passer.. un vrai bordel.. J’en ai  fait avec elle  pour l’aider au mieux.. c’est  vrai que j’avais les doigts plus petits.. et puis ça me faisait de la peine de la  voir s’échiner.

Oui.. sale époque..  elle était auto entrepreneuse avant l’heure..  auto exploitée,  oui.. et déjà des sacs plastiques.

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J’ai un autre témoignage.. au lycée en 3ème.. à l’époque où les  boutons sur le blaze peuvent rivaliser avec ceux des arbres au printemps..  l’époque  où l’intérêt pour Blek le roc  devient secondaire et où, comme dirait Souchon, on est plus porté sur le mystère du dessous des jupes des filles..  un collègue inventif avait mis au point une petite source de revenus.

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Il glissait sous son pull deux  petits  sacs plastiques emplis d’eau.. et contre dix ou vingt centimes de l’ancien temps ..

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il garantissait une palpation tout a fait identique selon lui  à l’effet tant imaginé et phantasmé  d’une poitrine féminine.. ahh l’imagination.. reine des facultés… 10 centimes .. pour 10 centimes en fermant  les yeux.. c’était  pareil selon lui.

En fait, il avait presque inventé la prothèse .. je ne sais même pas si  ça existait à l’époque. Ceux de cette pauvre Jane Mansfield paraissaient bien vrais.

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Donc premier témoignage.. en 1959.. le sac plastique était arrivé en banlieue.

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Mais continuons nos investigations..

Plus tard, élève à Clichy dans un bahut  prés des quais de la seine, et dont la rue était fort calme puisqu’en face du lycée était une petite usine de ferraillage et autres produits afférents.

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Une rue si tranquille.. que le soir, des voitures venaient s’y garer et que des  couples plus ou moins légitimes  s’y livraient à des exercices  gymniques allant des plus simples.. aux contorsions les plus  compliquées..  dans ces cas là , le plus souvent sous une couverture.

Ce que ces amoureux qui répugnaient aux bancs publics ignoraient, c’est que dans ce bahut.. en principe vide après dix huit ou dix neuf heures.. il y avait un internat.. et qu’après des journées bien longues à s’avaler du calcul intégral ou des cours sur les jonctions multicouches des transistors.. qu’on le veuille ou non.. y a un moment faut que ça tourne à la déconnade.. c’est comme ça.

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Alors quand ça partait.. ça partait.. Nous remplissions des sacs plastiques d’eau.. et  accoudés aux fenêtres .. voyeurs hilares.. nous attendions le moment qui nous semblait le plus sommital pour balancer nos bombes à eau sur la voiture..  le summum étant de voir le visage effaré des gens qui  se rendaient soudain compte que tout avait été suivi.. comme par Zitrone rue Cognac Jay.

Bien sûr.. les éclaboussés d’un soir ne revenaient pas.. mais le lieu était si pépère.. que d’autres  se faisaient  piéger tout pareil.

Il faut noter que ce procédé de bombe a eau est la version de base.. sans vouloir m’attirer de foudres.. je sais qu’il existe des clubs de football.. où le supporter adverse est accueilli avec des bombes à eau.. mais  l’eau a été remplacée par un liquide plus humain.. et plus facile à trouver dans un stade où l’ingestion de bière facilite le processus.

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En résumé  en 1965..  le sac plastique était si facile à trouver qu’on pouvait en faire des bombes à eau.. sans  éprouver le  sentiment de perdre un précieux contenant.

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Cette rue était tranquille (jours tranquilles à Clichy).. mais un soir on a entendu un hurlement presque inhumain.. en bas.. un gars était entouré par  trois ou quatre rombiers..  qui brandissaient des surins.. avait-il été  touché ou avait-il  simplement  peur..  une peur qui fait pousser un cri animal.. toujours est-il que pendant qu’un paquet de potes dévalait les escaliers quatre à quatre..  nous avons hurlé  :  « on vous a vu.. on vous reconnaitra.. tiens bon on arrive » ..  on a fait un tel barouf  que les gars du soir qui bossaient dans l’usine d’en face sont sortis..  les lardus sont venus.

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Le sac plastique support de publicité.. le sac plastique frime.. qui n’avait pas son sac marron marqué FNAC?  Le sac plastique était partout.. il envahissait  notre quotidien.. terminé le poisson dans  le journal.. terminé le cabas en  toile cirée noire.

Le sac plastique est devenu, comme le mégot,  une des traces que l’homme moderne laisse de son passage.. pas terrible.. pourrait faire mieux. A Paname, un lâcher de mégot c’est 68 euros maintenant.. punaise.. il y a une fortune sur la plage.

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C’est sûr, il était temps que la sacplasticomania cesse..   y’en a partout.. ceci dit, ce n’est pas la faute du sac.. ce n’est pas ontologique (ndlr: j’adore ce mot, Onfray en met partout dans ses phrases.. et j’ai parfois du  mal à en appréhender la signification dans le contexte, il doit avoir une machine à saupoudrer les mots.. c’est son herbe de Provence à lui).

Le sac jeté  partout.. c’est bien l’homme lui-même qui en est responsable.. et il y en a du dédaigneux de la nature.. du méprisant  du bien commun..  du gros dégueulasse.

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Je vais quand  même regretter un  aspect du sac plastique..  ce qui était écrit dessus.. la raison sociale du commerçant.  Etant  gosse je gardais comme un dernier morceau de souvenirs.. histoire de bien  me meurtrir l’âme.. le sac du charcutier ou celui du boucher..  « Charcuterie  XXX   Ondres »  .. « Boucherie YYYY Le Pradet.. marchés de La Garde, La Valette, Cuers » . C’était le sac qui gardait les belles images, les odeurs, les sons.. rien que le regarder  l’émotion montait.

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Hasta la vista  sac plastique.. qu’il en soit ainsi.. le 7ème continent.. la honte.. pas fiers  de ce qu’on laisse à notre descendance.

Espérons que les humains ne trouveront pas autre chose pour saloper  notre planète. Mais je crois hélas que c’est déjà fait.

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Business is business…

Publié 17 juillet 2017 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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Nostalgie d’ovalie   45 comments

Fait du vent.. fort.. on attend 130 km/h cette après-midi.. la rivière d’Etel est bien haute..

et Mo me lance des yeux de biche en me demandant si des fois,

je n’aurais pas une idée de Blog..

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Va savoir…

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Alors, l’actualité aidant, je ne parle pas de l’odyssée.. d’Ulysse and Co.. je parle du match de samedi.. que les journalistes toujours avides d’anglicismes, ont baptisé « le crunch ».. moi, ça m’horripile ces mots anglais partout.. crunch, punchline, pitch.. encore écrit comme ça.. crunc’h.. ça ferait plus Breton que Grand-breton!

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chabalChabal

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Pour moi France-Angleterre.. c’est l’histoire.. comme avait lâché Alphonse Alimi le boxeur. Il avait vengé Jeanne d’Arc.. c’est Trafalgar, Fachoda.. Mers el Kebir.. sur la pelouse bien sûr.. en fait je les aime bien les Rosbifs.. surtout quand ils perdent..

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lomuLomou

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Tout ça à cause du rugby.. prononcer à la française : ruby.. si on peut rouler le « r » c’est encore mieux.. j’ai découvert ce sport quand j’avais une quinzaine d’années.. et malgré les espoirs de mon père, je n’aimais pas trop le foot..

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dessin7.

il avait beau m’emmener au Parc des Princes.. l’ancien.. celui avec la piste cyclable où crissaient les crampons.. me faire vociférer aux exploits du Racing Club de Paris je suis tombé dans l’ovalie.. avec plusieurs camarades de classe, on s’était inscrit et le jeudi (je crois bien que c’était le jeudi après-midi à cette époque), on allait au stade Pershing ou au stade Bonvoisin à Vincennes.. tâter du cuir..

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dessin6.
Je n’ai jamais été fluet, et je me suis retrouvé numéro 3.. c’est-à-dire l’un des trois qui poussent devant à la mêlée.. à droite.. sort peu enviable.. car à notre niveau de jeu.. l’activité se résumait à pousser comme des bœufs.. soufflants et transpirants, l’oreille et la joue sur celle du mec d’en face.. La sueur.. les cheveux collés..le souffle..le bras au dessus du plus petit au milieu appelé le talonneur.. avec le bras du mec derrière qui t’attrape le short par devant comme il peut.. l’objectif était de faire passer le ballon derrière.. bien sûr les échanges de coups de satons étaient monnaie courante.. et je m’étais bricolé des espèces de protège-tibias pour mettre sous mes chaussettes.. donc on poussait.. soufflait.. le plus souvent ça se terminait en magma humain.. ceux au maillot propre derrière s’étaient déjà amusés à faire quelques courses et passes.. que se relevant à peine.. il fallait jouer une touche.. ou pire.. refaire une mêlée..

.melee

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Notre jeu n’avait rien de ce que l’on voit à la télé.. c’était brouillon, mal organisé.. mais il y avait cette chose unique de ce sport unique.. une unité, une seule envie. . un seul but.. gagner ensemble.. une solidarité, une fraternité.. comment pourrais-je transcrire cette sensation.. cette force qui vous pousse.. cette puissance que l’on ressent .. ces grognements.. cette odeur de sueur et d’haleines mêlées.. la douleur à l’épaule.. à l’oreille .. ces cris.. durant ces minutes le monde se résume à la pénombre de l’arc de cette cathédrale humaine..

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rugby1.
si ça s’effondre .. on se retrouve face contre terre.. le nez dans la boue.. désarticulé.. l’hiver quand les corps fument.. la mêlée se transforme en un organisme vivant.. qui se déplace.. d’avant en arrière.. bouge.. vit.. meugle… nimbé de brume.. une communion.. bien sûr c’est un sport dur.. qui fait mal.. quand se termine le match..

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c-rivesRives, dit : « casque d’or ».

le retour aux vestiaires.. joyeux de la victoire ou tristes .. les corps sont meurtris.. couverts de boue.. on récupère un peu.. assis sur le banc.. l’entraineur essaye de dire les mots qui vont bien.. et puis la douche.. chaude.. très chaude.. qui nous sort de la gangue de terre et de boue.. les petits picotements commencent.. les petits saignements des griffes .. estafilades.. coups de crampons.. la boue avait étouffé le saignement.. mais là il se libère. .. ça picote, ça cuit.. l’épaule fait mal.. le genou..

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chaussures.
A l’époque, les crampons étaient constitués de petits disques de cuir cloués sur la chaussure.. bien sûr, à l’usage, le petit clou était plus apparent …
J’ai joué deux ans.. et puis après le bac, l’école à Clichy.. ce fut moins facile.. alors je me suis tourné vers autre chose.. j’ai pratiqué l’aïkido.. j’ai bien aimé..

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dessin-2

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Mais jamais je n’ai ressenti ce que j’ai vécu durant ces deux années.. inscrites au plus profond de moi.. peut-être je paye aujourd’hui avec les genoux qui sont douloureux.. et l’épaule qui m’a abandonné.. quand je regarde un match à la télé.. tous ces moments remontent.. les odeurs.. les cris.. les coups..

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L’autre fois.. la jeune fille d’une amie qui était allée voir un match à Twickenham.. me faisait part de son étonnement d’avoir entendu le bruit.. le choc des corps.. ben oui.. à la télévision on ne le perçoit pas.. mais ça fait du bruit.. masse contre masse.. corps contre corps.. pas de protection.. masse de muscles contre masse de muscles..

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Ce samedi soir c’est France-Angleterre..

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Je penserai à ma jeunesse.. à ces moments intenses.. je penserai au match France-Angleterre de 1970.. quand l’essai valait 3 points.. je l’avais suivi ce dimanche après-midi depuis le foyer des soldats.. où je faisais mes 16 mois.. les Français avaient étrillé les Anglais 35 à 13.. Historiques, les Dauga, Trillo, Bourgarel (un ailier aux jambes de feu***)..

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Depuis le temps a passé.. les règles ont un peu évolué.. l’essai vaut 5 points.. le professionnalisme est arrivé.. la publicité sur les maillots.. et les affaires de dopage.. eh oui.. mais l’esprit reste.. Je pourrais écrire des heures sur ce sport..

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Pour la conclusion.. je suis partagé entre deux pensées :
Celle de Saint-Exupéry : « Le but du sport est d’unir les hommes »
ou celle de Walter Spanghero.. (merci à lui) :
« Eh bé.. si j’avais pas eu le nez.. je prenais son coup de poing en pleine figure »

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logo-ffr.
Allez France !!!!

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Marc

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*** Bourgarel était d’origine antillaise. Lors de la tournée de l’équipe de France en 1971, l’Afrique du sud où sévissait l’apartheid s’opposa à sa venue. Le Président Ferrasse, appartenant aux « gros pardessus » comme on dit, fut très clair : ce serait l’équipe de France avec Bourgarel ou rien. Durant les matches, le malheureux Bourgarel fut l’objet d’agressions terribles. Mais ses camarades : Dourthe, Skrela , Spanghero .. lui manifestèrent ce que ce jeu nous donne : de la solidarité. Il y eut une gigantesque bagarre générale, puis le jeu reprit et le second « test match » se termina par un match nul. Sur un drop de Cantoni..

Publié 4 février 2017 par Leodamgan dans Divertissement, Non classé, Prose à Marc

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