L’oiseau du printemps   77 comments

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L’oiseau du printemps…

Aussi loin que je puisse m’en souvenir, je n’ai jamais aimé l’automne.. gamin, quand arrivait la fin des trois mois de vacances.. quand  le soleil change à l’horizon.. que sa clarté devient moins brulante.. je voyais avec effroi apparaitre les colchiques dans les champs, j’éprouvais alors une  angoisse qui me serrait le cœur et le ventre..

La rentrée, le retour à l’école n’y était pour rien..  c’était le sentiment d’une mort imminente..  d’une fin..J’éprouvais au fond de moi le sentiment de perdre quelque chose..  avais-je  déjà viscéralement cet effroi de l’inexorabilité du temps qui passe..

On avait beau me faire remarquer la flamboyance des couleurs de l’automne.. l’anthocyane  qui  joue  de la  force de ses créations.. le rouge.. le jaune..  et l’éclatement de leurs déclinaisons..

Rien n’y faisait… la tête basse.. le nez  dans le col.. trainant les chaussures dans les amas de feuilles et de marrons..

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Je retournais dans l’odeur de la salle  de classe.. l’odeur de la craie.. l’encre violette qui tachait les doigts..  le cahier du jour… 

L’écriture qu’il fallait soigner..  des pleins… des déliés.. le maitre.. sa blouse grise,  nouée sur son ventre déjà bedonnant..  sa grande règle en bois jaune  .. son  compas..

Et surtout sa petite règle en bois tachée d’encre rouge.. la règle.. prescription de l’ordre et de la pensée… c’est philosophique…

Mais quand la philosophie vous arrive à toute volée sur le bout des doigts.. Va l’aimer ensuite la philosophie…

Les jours passaient.. un œil sur le tableau . un œil dehors..  à guetter je ne sais quelle renaissance..

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Venaient les jours de froid.. le brouillard..  les  pluies de novembre.. la cérémonie  du 11 au monument aux morts, le discours du maire..

Noël et la séance de ciné avec un pain au chocolat et une orange..

Janvier..  au fond de moi..   je sentais  que ça grondait… quelque chose était en train de croitre…. 

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Je me souviens de cet hiver de 1954..  le thermomètre en métal laqué blanc qui brinquebalait au gré du vent sur son clou..  derrière la vitre de la fenêtre de la cuisine, cadeau de la boucherie et de fait d’une précision discutable..  un matin nous avait annoncé  -17..  Il ne  devait pas avoir tort..  on traversait la Marne à pied.. et certains patinaient sur le petit lac en bas de la bourgade..

C’est la seule fois où j’eus des gerçures sur les cuisses.. 

Les chaussettes montaient jusqu’en dessous des genoux et la culotte descendait jusque au dessus des genoux..

Le genou lui..

Béret,  cache-nez et manteau complétaient les remparts contre le froid.. les grosses chaussures montantes à crochets métal pour y passer les lacets..

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Quand venait la neige.. on arrivait dans le couloir de la salle de classe.. la goutte au nez..  essoufflés… les joues en feu,  les mains rougies des boules de neige.. encore un peu de glace  dans le cou.. Le bruit des énormes godillots sur le plancher de bois..les rires.. 

Vite se dépêcher de ranger béret, manteau sur les patères..

Le maitre.. sa longue règle jaune en main.. tel Moïse guidant son peuple.. Allez.. allez …dépêchez vous.. silence… Le garde-à-vous près du pupitre.. asseyez vous.. cahier du jour.. morale.. Le crissement de la craie..

Les jours s’écoulaient..  moi je savais que quelque part.. le  bouleversement se préparait.. La neige commençait à  perdre la beauté de son coup de  peinture blanche qui rend beau.. même ce qui est moche.. Devenue bouillasse noire..  elle n’offrait aucun intérêt..

Dans le grand parc d’un ancien château que je devais traverser pour aller à l’école.. subsistaient de ci et de là.. des amas  encore intacts..  La neige perdait son combat contre l’herbe verte.. qui  reprenait  son territoire..

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Cette image a un attribut alt vide ; le nom du fichier est coucous-neige-1.jpg

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Puis venaient les petites violettes… les coucous m’apportaient, outre leurs taches jaunes,  ils m’apportaient l’espoir.. J’en cueillais de petits bouquets pour ma mère..

Je savais.. je savais  qu’un matin.. ou plutôt  un midi… comme un signe  des dieux…  il arriverait .. Le signal.. comme un maitre de cérémonie.. il allait indiquer au monde des prés.. des forêts.. et à nous pauvres humains qui n’y connaissons rien.. Le printemps est là..  faut sortir.. poussez, allez.. perce-neige.. jonquilles.. bourgeons.. allez, allez.. allez les cerisiers.. poiriers..

Le messager était pour moi cet oiseau mystérieux.. un oiseau qui chantait de  façon très particulière.. unique.. juste à cette époque. Il donnait  le  signal..  à s’épuiser qu’il donnait de son chant.. Sirène unique pour l’Ulysse que j’étais..  misère si tu savais comme je t’ai attendu , oiseau .. Je rentrais  tout excité à la maison..

Maman, Maman… j’ai entendu l’oiseau du printemps..

 Ça y était.. je pouvais me débarrasser de mon lourd manteau de brume et de  mélancolie qui m’étouffait au fond de moi.. je respirais mieux.. L’air reprenait vie dans mes  poumons..

J’avais entendu l’oiseau du printemps..

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Avec les années, je me suis rendu compte que cet oiseau était un merle..  oui, le merle.. celui de Clément..  le merle moqueur.. le merle noir..

Le merle, messager d’espoir.. comme en ces journées de 1871… messager du renouveau.. Aujourd’hui  le merle est décimé par un virus à ARN.. le virus Usutu..

Ils sont de  plus en plus rares dans le jardin…

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Que vais-je devenir si cette année.. en mars  ou avril.. Je n’entends pas l’oiseau  du printemps… ?

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Marc

Publié le 23 janvier 2022 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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Compost   85 comments

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Pas de belles images mais des travaux nécessaires...

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.J’ai pu travailler un peu au jardin malgré le temps.

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Il fallait récupérer le vieux compost à gauche.

Il n’a l’air de rien mais il a fallu tout de même 14 brouettes, l’emplacement étant en creux par rapport au niveau du sol.

J’en ai étalé une partie au pied des framboisiers.

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le problème essentiel fut que les arbres voisins ont infiltré le compost de leur racines très chevelues, ce qui m’a obligé à les couper avec une pioche, un gros sécateur et une bêche, dur!

J’ai étalé le compost à la base des nouveaux cassissiers et groseilliers plantés en automne : sur la photo en haut à droite, ces jeunes plants sont presque invisibles dans le compost. Si vous les voyez tout de même, vous avez une vue exceptionnelle!

Enfin, l’emplacement du vieux compost est vidé, il reste le nouveau compost à droite à empiler à la place de l’ancien en le retournant.

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Mais je ne vous infligerai pas un autre billet de blog à ce sujet

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Publié le 16 janvier 2022 par Leodamgan dans Entretien au potager, Non classé

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Mon premier homard.   78 comments

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A propos…

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En fait mon premier crustacé fut une langouste….. J’étais gamin, en vacances  à Toulon,  mon grand Oncle  nous offrit le restaurant dans une petite rue près du port au « Bar de la Marine ».. sans aucun doute une référence à Raimu..  qui est  moko et non Marseillais..

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Il nous imposa le menu..  une langouste mayonnaise..  je pense qu’il fit cela sachant très bien que ma mère n’aurait jamais osé choisir un tel plat vu le prix. Ce fut la meilleure langouste de mon existence… il est vrai que j’en ai mangé bien peu.. j’avais une dizaine d’années.

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Pour le homard, c’était  le jour de mes trente ans…  nous étions partis     quelques jours au bord de la mer, Mo et une amie enceinte bombée comme un spi  un jour de bon vent..

Je ne me souviens plus comment  nous arrivâmes dans une auberge   de Villerville…   ou Tigreville…   pour les cinéphiles…

« Matelot Hénault Lucien, veuillez armer la jonque, on appareille dans cinq minutes »

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C’était l’été, mais malgré notre courage et une volonté farouche..  après avoir marché  un long moment à marée basse pour trouver une hauteur d’eau raisonnable..   pas une once de sang viking ne circulant dans  nos veines.. il nous fut rapidement impossible de franchir l’immersion au delà des genoux..

L’amie, toujours rieuse, me provoqua en lançant avec un large sourire et des  yeux  qui disaient je suis sûre de moi.. « je te paye le homard pour ton anniversaire si tu te trempes complètement »..

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Le défi plus que le homard fit que je pris la décision..  je me suis  donc avancé à pas comptés..   me mouillant bras et nuque..

Je perçus rapidement que plus j’avançais  plus l’eau devenait froide .. plus mon corps se crispait et plus les poils se hérissaient..

Mais un défi reste un défi..

J’eus le sentiment, après avoir passé, en serrant les dents, le maillot de bain que j’avais  fait le plus difficile..

Je ne sais pas pour les dames, mais pour les messieurs cette zone est la zone de  tous les dangers.. 

Oserais-je sourire en parlant du cap de bonne espérance…

Ce cap  franchi.. je me suis avancé un peu.. et jugeant la profondeur requise atteinte..  tel  un pèlerin des premiers temps.. je me suis immergé..   ai esquissé quelques  mouvements des bras.. 

Les rires de deux filles  marquèrent mon exploit et la fin du calvaire..  l’amie acquiesça..   « d’accord.. tu as gagné »..

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Le lendemain midi..  intrigué..  je découvris le cérémonial..  pinces..  bavoir..   

Les autres tablées plus habituées regardaient notre effarement de novices avec un  sourire complice et amusé..

 Arriva le homard thermidor..  Il faut bien le dire… ce fut  un pari réussi..

une découverte de texture.. de saveurs .. mon premier homard et mes 30 ans..

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En mars 2005

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Notre installation à Etel et le premier Noël là-bas fut l’occasion..  au milieu des pots de peinture et des bâches en plastique.. de tenter de le cuisiner nous mêmes..

Depuis nous y  succombons de temps en temps.. hors des périodes touristiques où les prix flambent.. on va le chercher aux viviers..

Le plus délicat  est de le préparer.. j’ai cherché sur internet  les meilleurs moyens afin qu’il ne souffre pas.. J’ai opté pour la méthode compartiment froid du réfrigérateur et pointe fine.

 Premier  homard  J’avais trente ans..  depuis j’ai bien vieilli..  à la différence du homard qui lui ne vieillit pas…   il  régénère une partie de ses chromosomes..  son problème est la mue..

Peut-être qu’un jour il sera la clef de l’immortalité…  à savoir si c’est une bonne chose…      

Cette année, comme depuis deux ans.. pas de Noël Breton..  « tant pire » comme dit Zezette épouse X..

Ce fut Noël en banlieue..  au menu .. escargots… quenelles de brochet sauce Nantua et un dessert…

Nous fîmes une petite entorse à ce repas  Bresso-Bourguignon  avec un ti punch Mauricien en apéritif.. oui ça aussi… 

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Peut-être que l’an prochain, comme dans notre pays d’adoption qui nous manque terriblement,   nous pourrons lancer:

« Nedeleg Laouen » ?

Marc

Publié le 9 janvier 2022 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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Que faire en notre jardin en janvier 2022   85 comments

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En réfléchissant bien….

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NETTOYER les branches mortes qui sont tombées avec les vents forts de décembre, les mauvaises herbes qui s’obstinent à pousser avec les pluies de décembre…

RAMASSER le compost mûr pour le déposer au pied des arbustes à petits fruits et déménager le nouveau compost à l’emplacement libéré par l’ancien

FENDRE des bûches pour la cheminée en vue des coupures d’électricités soupçonnées cet hiver (entre parenthèses ne pas trop stocker de choses dans le congélateur)…

RANGER la cabane de jardin et nettoyer les outils

RECOLTER des topinambours et les dernières carottes

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Et envoyer nos vœux pour 2022

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Publié le 2 janvier 2022 par Leodamgan dans Agenda, Non classé

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Nos fleurettes en décembre 2021   75 comments

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Étonnant, non? Quoique, avec cet hiver très doux…

Évidemment, les photos datent de la première quinzaine de décembre,

Il faut vraiment chercher les fleurs elles sont en petit nombre par variété et en piteux état.

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Anémone du Japon (un peu bouffée), aralia (elle, c’est bien sa saison),

bidens (la dernière fleur), bruyère d’hiver (elle s’épanouit),

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calendula (annuelle qui supporte bien l’hiver), campanule (elle se croit au printemps?).

érigeron karvinskianus (qu’on prend à tort pour une pâquerette), hortensia Annabelle (fané, oui et alors?),

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hortensia macrophylla (la dernière fleur présentable), mahonia (qui illumine l’hiver),

pensée (pour une fois que j’y pense…), romarin (floraison hivernale normale mais un peu loupée),

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rosier Fleurette, (mon chouchou), rosier The fairy (figé par le froid),

Rosier White Fleurette (tout flou, oui, je sais…), sedum (fané, oui je sais aussi…)

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C’est un peu déprimant, en fait, les fleurs de décembre

Surtout avec ce temps sempiternellement pluvieux…

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Publié le 26 décembre 2021 par Leodamgan dans Fleurs du mois au jardin, Non classé

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