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Flipper   99 comments

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J’ai dans le sous-sol  un téléphone mural à cadran,

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que j’ai installé près de l’atelier quand nous avons emménagé, il y a 40 ans , histoire d’entendre quand je bricolais..

L’autre jour, un gamin fils d’une amie, est resté figé devant ce truc qui ne me  paraissait quand même pas extraordinaire..

et qui fonctionne toujours,  eh ben si..

En fait c’est à ça qu’on se rend compte que l’on vieillit,  notre  quotidien devient de l’antiquité..

Nous sommes  entourés de reliques qui n’offrent plus aucun intérêt.. sauf pour s’interloquer:  « Mais .. comment faisiez vous »…

ou s’apitoyer: « Ahhh quand même.. ». Un téléphone à cadran.. pour composer  Vaugirard 41 15.. ou Turbigo 18 22  eh oui..

Pourtant ces choses nous ont accompagnés..  ou furent  des éléments utiles de tous les jours.

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Et j’ai repensé à un engin qui fut ma jeunesse, mon adolescence et mes débuts dans la vie active..

un truc que l’on trouvait dans tous  les bistrots..  un machin bouffeur de pièces.. qu’il fallait partager..

pas rester collé dessus comme une bernique sur son rocher..

un truc dont les bruits faisaient partie  intégrante du fond sonore du bistrot.. à tel point que son absence se faisait remarquer..

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L’odeur du café le matin… ou des croques le midi.. la fumée des clopes.. les bruits de voix.. les conversations mélangées..

bribes de vie au ballon de Gamay.. ou au blanc limé.. ça s’esclaffe.. rigole.. éclate ..

Et en fond… ces crépitements.. claquements.. tintements.. parfois  suivis de hurlements ..

Dans les bons bistrots il y en avait plusieurs…

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Cette machine faisait partie de notre vie.. comme Eddy Mitchell  et ses  chaussettes  noires ou Gene Vincent ou Bob Dylan..

rapprochait des  potes dans une compétition amicale.. « It’s more fun to compete »!

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Une machine rutilante,  des lumières partout..  le cliquetis..  l’image  du fond..  des filles en maillot.. pulpeuses..

les champignons..  score… points.. bonus..

Il  fallait d’abord poser la clope sur le bord..  le bout incandescent vers l’extérieur, mettre la pièce.. 20 centimes.. 

la bille de  métal arrivait dans la goulotte..

la poignée avec le ressort.. là.. on remonte un peu le futal.. le même tic que Bogart dans ses films..

faut se concentrer..  les potes sont autour…

tirer sur la tige en écrasant le ressort est déterminant.. la bille va être projetée plus ou moins..  

il faut qu’elle arrive là-haut au bon endroit..

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là où les petits bras mobiles des champignons vont pouvoir la catapulter .. vers les zones à maximum de  gains .. les zones  free bonus..

champignons à vachtement de points.. On tire doucement.. on dose.. lâchez tout.. la bille s’élance..

on écarte  les pieds pour prendre possession de la machine..

il y a du charnel.. les  majeurs de chaque cotés  sur les poussoirs.. le ventre à peine appuyé sur le rebord..

la bille termine son arrondi et commence sa descente..

et là commence le numéro.. la prestation.. Il faut accompagner la bille..  la guider vers les points gagnants.. 

on  se transforme en  homme bille.. puis en  bille..

Les points claquent au compteur là-haut en face.. on se déhanche.. tortille..  voire même on tente un léger coup sur la machine..

pas trop, juste de quoi modifier le destin.. on  appuie le giron..  un petit coup..  là..  on tape..

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Attention  à l’instant où trop remué.. tout s’éteint..  alors la bille descend tout droit vers la bouche moloch.. tapant dans  les  champignons morts..

une bille sans vie.. dans un champ désolé.. la bête est inanimée.. molle…

Mais là elle vit.. les points  claquent..  arrivent les parties  gratuites..

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Free bonus.. same player shoot again..  clac.. clac.. ça tombe.. ting ting..  les pieds raclent le sol où reste encore un peu de sciure du matin..

De temps en temps.. quand la bille est bien remontée.. une pause juste.. vite fait pour tirer une taffe..

Et on y retourne.. concentré.. les yeux rivés sur la bille argentée..

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Gare au malveillant qui sous prétexte de plaisanterie fine donne discrètement  un coup de hanche..

Tilt… Clac tout s’éteint.. terminée la partie.. game over..

Là y a de quoi se la mettre au court bouillon.. c’est un truc à  balancer une mandale…

Alors on se calme..  promettant  une vengeance…

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« Tiens Roger s’te plait ..  un Casa et un œuf dur..  merci.. ».

Hé, faut bien  se requinquer..

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Ça c’est comme le moulin à café coincé entre les cuisses..  avec le tiroir du bon coté..

Ça a vécu..

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Ces machines ont été remplacées par des trucs électroniques.. pas de bruits.. de clac.. de rien.. du succédané.. de l’ersatz.. j’ai arrêté..

Je ne sais même pas si il y en a encore dans les rades…

Ça fait un moment que je n’ai pas été me faire un ou deux Casa avec des potes..

Serait-ce encore de mon âge…

Surement pas.. d’abord on ne peut plus cloper dans les estancos..

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Et puis ça fait 20 piges que je ne fume plus..  quant au Casa..

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Marc

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Publié 16 février 2020 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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Mirages hurlants.   45 comments

C’était durant «  les classes »..

les classes c’est la période qui suit ton incorporation, tu es arrivé avec ta valise,  tes cheveux, ta convoc…   et un paquet d’interrogations..

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Deux mois d’initiation doivent faire de toi un être que l’on « présente » au drapeau.. tu passes de l’état conscrit à l’état  biffin, grifton, bidasse, trouffion.. t’es encore ce qu’on appelle un « bleu » mais ton aspect physique change. on te donne un uniforme de sortie..  avec tout ce qui va bien.. dans l’armée de l’air : fait sur mesures.. faut bien admettre.. aussi bien que le bodygraphe de la Belle Jardinière ..

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Dès le départ, mise en forme par une saine coupe de cheveux bien courte sous les sarcasmes de « l’ancien » qui te passe la tondeuse en rigolant..  on t’a donné un treillis couleur « réséda » eh oui.. la rose et le réséda.. treillis à peu près à ta taille.. si tu as du bol .. des pompes à peu près à ta taille,  tout le nécessaire de toilette..  serviettes, savon, cirage, slips (le slip qui  descend mi-cuisse pour que les choses de la vie ne soient pas opprimées).. chaussettes, etc.

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Et pour bien  montrer que tu es encore un embryon.. on te file une musette dans laquelle il y a tes couverts,  ton quart, un cahier et un stylo.. un bonnet de police en tissu épais et le « sous casque »  en plastique que tu dois porter partout sauf dans ta chambre car un soldat ne se balade pas tête nue.. en effet.. dans l’armée Française on ne salue pas tête nue.. jamais.

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Si d’aventure, tête nue, on est dans son dortoir et que dehors on voit la montée des couleurs.. eh bien c’est simple.. on ne salue pas, on se met au garde à vous.. idem si on croise un supérieur dans les couloirs…

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C’est  remarquable.. mais des années, que dis-je, des siècles de rigueur, d’organisation, d’expérience  ont fait que toute chose est codée, régie, prévue…

Heureusement il reste quand même des circonstances qui font la beauté des réponses de certains, par exemple : responsable de la bonne réalisation des corvées au cantonnement, et pendant le même temps vous devez être à votre poste de travail distant de 5 km. L’ubiquité établie  et bien même ça.. l’armée l’a prévu.. on vous livre alors la réponse standard et utile en toutes circonstances :  les bases même du management participatif qui sait déléguer.. : « j’veux pas l’savoir démerdez vous »…

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Donc pendant deux mois, on apprend : à saluer, les grades, marcher au pas, faire des demi-tours droite (demi-tour gauche n’existe pas).. le tout sous les vociférations d’un adjudant ou d’un sergent-chef dont c’est la seule mission..

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On te prodigue aussi des cours..  cours qui s’adressent à des gens qui vont de l’analphabète  (il y en avait deux) à des diplômés de physique nucléaire. C’est  un point très positif, ces cours parlent de  l’armement et autres consignes militaires, mais aussi des cours d’orthographe, arithmétique, électricité, chimie  etc… le  malheureux sergent savait que beaucoup  d’entre nous n’en avaient pas besoin, mais pour ceux qui  avaient  des soucis de lecture ou d’écriture il y avait une prise en charge spécifique.

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Nous avions des cours d’éducation sexuelle, avec la cohorte de rigolade et autres  commentaires scabreux.. je me souviens de la séance sur les maladies vénériennes.. je ne crois pas avoir vu en une seule fois autant de  photos montrant les dégâts possibles, des photos comme celles que l’on met aujourd’hui sur les paquets de clopes. si avec ça on ne comprenait pas l’importance de se protéger c’était à désespérer.. terminés les BMC..  des photos à se transformer en pur esprit à l’œil d’artiste.

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Donc pendant deux mois, on crapahute, on fait du parcours du combattant..  on rampe dans la gadoue.. on  tire au fusil, à la mitraillette..  on s’endort et soudain vers 01h00 du matin.. dans ton sommeil profond et réparateur comme une crème aux liposomes actifs.. vacarme, sifflets, beuglements.. vous avez 5 mn pour mettre la tenue de  combat et zoup ! parcours du combattant à la lampe torche… puis retour au pieu.. avec parfois un « remettez nous ça »  dans les deux heures qui suivent.. Bref pendant deux mois.. cette antienne qu’on nous fait répéter en faisant des pompes..  « C’est la vie d’château, virgule.. pourvu qu’ça dure, point »..

Mais venons aux faits.

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Un soir de septembre-octobre.. de ces  soirs à Orange où après une journée bien chaude l’air est tout parfumé d’odeurs d’herbes et de soleil qui se couche. Quand les couleurs commencent à se parer de soleil finissant, que le Ventoux au loin s’habille en soirée.. que les sauterelles se déchaînent et que les petits insectes de la nuit commencent à sortir et se mettent à striduler  en  espérant attirer une fois encore la donzelle d’une  nuit..

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Cette fin de journée là, nous fûmes associés à une manœuvre et postés comme  « servants » à un canon anti-aérien, la base devant être attaquée par des  « hostiles ». Je ne sais pas ce que c’était comme canon, mais ça pivotait, ça bougeait, animé par un moteur diesel qui lâchait une fumée bleutée dans un  bruit de pistons hésitants. Nous étions là,  trois ou quatre, assis dans l’herbe,  attendant les consignes, prêts à bondir comme des tigres (enfin presque..) dès  l’ennemi en vue.. Le téléphone  troubla notre rêverie pré- nocturne.. « ils arrivent du nord dans 5 minutes » gueula le canonnier..

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Aussitôt, nous nous mimes à scruter l’horizon.. le  gars toussota son moteur pour orienter son arme fatale.. et nous scrutâmes..  je scrutais.. tu scrutes.. nous scruterons.. un cri : « ah là bas »  des trucs noirs au loin dans le ciel.. des comédons sur un ciel rose..  Le chef prit ses jumelles et lâcha.. non, ce sont des  corbeaux.. forts désappointés de cette trahison volatile..  notre œil d’aigle nous ayant fait prendre des corbeaux pour des Mirages.. des vessies pour des lanternes.. Nous replongeâmes dans notre béatitude.. avachis dans l’herbe tiède du soir..  juste bercés par le chant des grillons, l’œil vaguement rivé vers le nord…

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On s’assoupissait gentiment quand un hurlement, que dis-je, un bruit d’enfer, d’épouvante au dessus de nos têtes.. un  vacarme déchirait le ciel.. des formes sombres.. nous couvrirent de leurs ailes comme des créatures maléfiques sorties des  contes les plus noirs.. Les Mirages nous passaient au dessus de la tête..  tellement bas qu’on avait l’impression qu’ils s’écrasaient sur nous..  à peine  le temps de  comprendre qu’ils s’éloignaient.. la flamme bleutée des tuyères..

On avait rien vu.. rien.. rien entendu.. rien.. Une  terrible pensée me traversa.. elle est encore là au fond de moi.. gravée.. terrible.. Si  ça avait été pour de vrai.. si nous avions été en guerre.. nous serions morts.. dispersés… anéantis.. désintégrés.. sans même nous en rendre compte.. T’es là tu vis… tu respires.. et sans comprendre.. t’es rien.. l’anéantissement silencieux.. retour à l’état de  particules élémentaires.. point final..

 

Je sais que ce  billet d’humeur est terriblement d’actualité..  je l’avais commencé à la demande de Mo avant que l’autre nuit..

Le service militaire n’était-il pas si vain.. devrait on.. ?

Comme  dit le proverbe de mon ami Serge..  Anba laté  pani plézi.. (ndlr :  sous la terre pas de plaisirs).

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Allez..  je vais me servir un ti punch.. carpe diem..

Marc

Publié 15 avril 2018 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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La constellation du chien…   31 comments

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1976-1.

Il y a quelques semaines,  la télé nous a fait un petit coup façon souvenirs.. les verts.. le chaudron,  la finale de coupe d’Europe..   les poteaux carrés..

Moi, je me souviens de ce soir là.. il y avait eu des  problèmes dans nos programmes informatiques et j’étais resté  au taf pour réparer et.. ma mission terminée.. un collègue m’avait déposé à la Bastoche  et j’étais rentré  à pinces par la rue de Charenton.. Il faisait beau et  par les fenêtres ouvertes.. j’entendais  les  commentateurs et les clameurs des postes de télé..

Pas un rat dans les rues.. Paname était figé devant  la télé.. c’était fin mai.. il avait déjà fait chaud en début de mois.. mais là.. il faisait encore plus beau.. Mais de là à penser que..

la constellation du chien..  tu parles..

En juin.. ça s’est mis à grimper.. grimper.. et quand arriva juillet.. alors là.. ça cognait.. une chaleur étouffante avait  nappé  la ville.. la limace collait sur les endosses.. et si le métro du matin sentait encore le déodorant.. le propre de la douche du matin… le soir..  c’était façon vestiaire..

Chemises et bouches grandes ouvertes.. on happait le  moindre  coup de vent.. comme un gardon sur un tas de ferrailles..

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Paris 1976 (1).

Nous  habitions, Mo et moi dans un  studio  de bonne taille qui, outre le fait d’être exposé plein sud, avait la particularité d’être entièrement vitré du sol au plafond sur toute sa longueur.. juste une grosse barre d’aluminium à mi hauteur pour permettre de  faire coulisser les fenêtres..

Au début..  ça fait tout drôle..  un peu les flubes de s’approcher de la fenêtre et même de s’appuyer..

Mais avec le temps.. et la certitude que c’était du solide….

J’avais collé du papier sur la partie basse afin de garantir un peu d’intimité vu qu’il n’y avait aucun rideau ni store..

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Paris 1976 (4).

Mais  de toute façon.. placé comme il était.. le vis à vis était le  mur en pierre du pignon des vieux immeubles qui longeaient la voie ferrée..

Nous étions le long de l’ancienne  voie de la Bastille.. (aujourd’hui  transformée en coulée verte). Et,  à part les chats ou des gamins,  rien ne se passait sur ces talus envahis par les herbes.. de l’autre coté..  l’avenue Daumesnil et ses immeubles.

La température dépassait les 30 degrés dans la journée.. et le boulot se faisait.. mais fallait s’accrocher.. tout collait.. la sueur au front..  suffisait de poser la main sur un papier et on repartait avec..

Comme cette pauvre femme  que nous avions repérée à la cantine.. elle  posait avec soin une serviette en papier dépliée.. sur le siège en plastique orange et, déployant sa jupe plissée en corolle parachute, se posait sur le siège.. Le repas terminé elle récupérait sa serviette et tout allait bien.. mais hélas pour elle.. il suffit d’une fois.. il faisait très très chaud ce jour là.. et quand elle s’est levée à la fin du repas.. Majax.. plus de serviette sur le siège..

Nous étions une bande de jeunes hommes.. costumes  cravate.. (obligatoire à l’époque..)  mais  l’adolescence  n’était pas si loin.. et bien sûr nous avons rigolé..

Je me souviens de cette pauvre femme.. digne.. mais cramoisie.. s’éloignant avec son plateau.. quand a-t-elle pu récupérer son précieux chargement.. la miche humide on avait.. comme on dit chez moi.. les rideaux collaient aux fenêtres.. le papier aux bonbons..

Il faisait chaud.. on allait de temps en temps en salle ordinateur (la seule climatisée) pour récupérer un peu.. mais je confesse que nous avons quand même passé pas mal de temps derrière  un demi au bistrot d’à coté..

Le soir venu.. quand  on réintégrait notre   sweet home.. une douce béatitude  nous attendait.. le thermomètre dépassait les  47  degrés  dans  le studio.. mes pauvres plantes.. des avocats que j’avais fait germer selon la méthode en vigueur étaient cuits.. séchés.. bon pour l’herbier..

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Paris 1976 (2).

Nous nous baladions sans presque rien.. à loilpé… nous nourrissant de trucs dits frais.. tomates ou fruits. guettant  enfin la presque  fraicheur du soir par les fenêtres ouvertes..

En face, de l’autre coté du boulevard.. une jeune femme.. nue.. tirait son lit sur le balcon et  se préparait à dormir..

On se serait cru dans une ville naturiste..  du sans textile partout.. la bouteille à la main..

l’Intermarché en bas était pillé.. la bière.. le coca.. l’eau.. tout était razzié..

J’avais trouvé chez le quincaillier à coté.. un petit ventilateur.. un truc qui lui restait..  et qui nous prodiguait un peu d’air façon sèche cheveux..  mais au moins un air mobile..  oui.. je me souviens de cette année là..

Il y a eu d’autres épisodes  de coup de chaud.. mais nous avions déménagé en banlieue.. plus d’air.. plus d’espace.. terminées l’avenue Daumesnil.. la place Rambouillet.. l’air  dense de la gare de Lyon..

Et puis bon.. avec le temps.. ça reste un bon souvenir.. punaise..

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1976-3.

S’il faut se taper ça chaque été avec le changement climatique..

On va planter des grands cactus cierges dans le  jardin.. et je vais m’acheter un sombrero..

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1976-5.

Vamos Chiquita..

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Publié 22 mai 2016 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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Roissy…   43 comments

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…quand j’y travaillais.

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Mo  est en panne de sujet de blog.. sans  son jardin..elle est comme Antée sans sa terre.. ses synapses ne fonctionnent plus très bien.. alors elle m’a interrogé du coin de l’œil  .. et je sais très bien ce que cela  signifie.. faut que je fasse un texte..

allez.. s’il te plait..

Et moi aussi  je suis  en panne.. bien sûr, j’en ai des anecdotes.. … mais bon.. certaines pas trop racontables..

alors je me suis dit que j’allais parler  d’une partie importante de ma vie..  la route pour aller au taf.. en fait.. la route.. les embouteillages.. j’y ai passé plus de mille jours.. (en comptant trois heures par jour..  ce qui est une  moyenne)

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Autoroute1

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Au début .. il y avait moins d’autoroutes.. pas d’A104.. pas d’A86.. et Roissy   n’existait pas.. mais petit à petit.. vint le temps de l’autoroute… l’autoroute urbaine..un monde étrange.. qui vit.. des artères qui se croisent.. se joignent.. se fusionnent.. où les véhicules seraient les globules.. les lymphocytes… suivant la taille..  avec de la fluidité.. de la tension.. des bouchons..des adénomes.. ça s’embolise.. un flot qui ne se ralentit que la nuit.. entre 01h00 et 05h00 du matin.. à 06h00.. c’est reparti.. jusqu’à 21h00..

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Autoroute2

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Les panneaux.. qui informent.. précisent : «  Bouchon.. ralentir pollution ».. inquiètent : « Risque de verglas » ..rassurent : « Salage en cours » ruinent l’espoir : « A86-A4.. 01h55 ».. ou pire : « A104 fermée Accident prendre prochaine sortie »..

Un monde sans pitié.. faut suivre.. s’immiscer.. s’intercaler.. gare à toi si tu es au milieu de l’autoroute et  que tu veux sortir à droite.. fallait y penser avant… font pas de cadeau … et quand tu arrives aux embranchements.. tu   passes de l’état  tranquillos  à droite.. pour aller rejoindre six files à  gauche la file de gauche où précisément ses  usagers veulent aller à droite.. l’habitué y file à toute vitesse.. mais le malheureux qui ne  fait que passer.. qui veut aller au Sud .. et qui voit  sur les panneaux bleus..   « Bordeaux..Bobigny..Nantes..  Paris Est.. A104 Marne la Vallée.. »

il a trois secondes pour décider.. son choix va le mettre sur la bonne voie.. ou le perdre.. c’est vrai aujourd’hui.. il y a le GPS…

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taxi

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La file de gauche est celle des taxis… c’est par centaines  qu’ils rejoignent l’aéroport… sans doute pour y célébrer un quelconque culte au Dieu « Rongeur » (NDLR  Rongeur: le compteur en Taxlangue) car ils ne sont pas tous dotés d’un passager…  et là deux catégories… le forcené … mu par une pulsion de service qui roule à 140 pour livrer son paquet dans les temps… et l’autre « el glandouillos » qui maraude sur la file de gauche à 80 km/h…   et  prend la mouche au moindre coup de phare destiné à lui rappeler le bon usage de la file de droite… le coup de phare faisant suite à l’annonce urbaine de l’intention de passer par un clignotement gauche resté sans effet…

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A droite… les camions… à la queue leu leu… d’origines diverses et variées… ils filent vers le nord… dans un grondement… de pneus …  et de toiles… de haubans qui claquent au vent… file de droite ininterrompue… où la distance  requise de 50 m est respectée…mais dans une autre unité… 50 cm… sûrement pas… mais 50 pouces… plus probable… l’arrière est orné d’un  « long vehicle »qui permet en effet de vérifier ce que l’oeil perçoit… putain il est long ce con… parfois la nuance est plus méditerranéenne… « vehiculo longo » comme Janie…

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Autoroute3

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La file du milieu étant celle du « tout venant » avec sa cohorte de rombiers du matin… patrons en grosses berlines… ouvriers… et le top…la camionnette blanche…  parfois  acoquinée d’ une remorque sablo-bétonnière dont l’effet brinqueballant incline à dépasser au plus vite… les camionnettes blanches  sont une espèce à part…moteurs puissants dont le conducteur n’étant pas le propriétaire… ils s’autorisent un comportement plus digne du cirque Pinder que celui stipulé par le code de la route et la cohabitation humaine… l’habitacle est occupé en général par trois personnes… l’un conduit…les deux autres somnolent…

ces gros coléoptères blancs sont dangereux…  rapides …lourds…hauts perchés… ils bafouent le code…changent de file…collent… bien entendu ces véhicules ont été  traités « sahariens » et les clignotants ont été remplacés par de l’eau potable… et en disant de l’eau… on reste  disert… il arrivait dans le temps… que  la phase d’imprégnation débutait par un café  calva.. et se poursuivait par le blanc limé… puis le blanc tout court… pour passer ensuite vers midi au jaunet… mais bon..comme dit la pub.. ça c’était avant… on va dire..

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Gros camions

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Mais laissons là ces considération oenologiques… et revenons à la route… il faut donc choisir son clan… la file de droite a de nombreux avantages… bien calé entre deux camions… elle permet de terminer sa nuit en somnolence bienveillante…  « vehicolo longo » devant ouvre la route… et l’autre derrière la ferme… ce convoi permet d’éviter les agressions de droite des véhicules entrant sur le ruban…toutefois… le risque est grand en cas de freinage brusque… car on éprouve très rapidement… le sentiment qu’éprouve le jambon affolé qui voit arriver le pain… il y a parfois une phase de jouissance extrême… c’est quand un congénère camion …double le convoi… à un instant… c’est Poitiers… prenez garde devant… prenez garde derrière…prenez garde à gauche… le monde d’un seul coup est réduit à l’état de pare chocs… de roues…de pneus…d’écrous… le plaisir pervers d’examiner les dessous d’un camion… les câbles…durites et autres artères acheminant  l’hydraulique … les palettes bien rangées en dessous…les chaines… le seau qui  balance…. il est bon d’imaginer que tout ça va franchir les cols Afghans…ou autres routes de Turquie… pendant un long moment… c’est la crainte mêlée de plaisir  de se ressentir tout petit… minuscule.. qu’il ne fasse pas d’écart… qu’il ne freine pas… que la route reste bien droite… on a les  écrous de la roue à la hauteur des yeux.. et il dépasse .. lentement.. longuement.. on  a le temps de savourer.. il passe à moins d’un mètre.. faut pas dévier.. pas frémir.. la main ferme et  souple sur le volant..

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Camions pluie

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quand il pleut..le « plaisir » est encore plus intense..  une gerbe d’eau   douche le pare brise.. occulte.. les essuie-glace se rendent.. abandonnent .. abdiquent.. alors faut   lorgner la ligne blanche à droite.. eh oui… c’est ça le monde de la file de droite…
C’est la route du matin… la file de gauche dangereuse… rapide… nécessite comme les pieds du soldat… une attention de tous les instants… il faut surveiller les feux qui s’allument loin devant…la voiture de la file du milieu qui déboite sans  prévenir… les motos plein phare qui circulent entre file de gauche et file du milieu… c’est la file des coups de frein subits…  celle où on ne peut somnoler… qui réveille…
En fait celle du milieu … je ne la connais guère… je ne la fréquente pas… dangereuse car soumise aux agressions dextres et sénestres… père prenez garde à droite.. prenez garde à gauche… elle n’est pas un refuge… on y reste …coincé… bloqué…ne pouvant  aller à droite ou à gauche… comme un bovin soumis aux caprices du gaucho… file droit…doux… ne t’écarte pas de la ligne… eh oui… ce ruban sinistre aux usages  bien établis qui amène sur le lieu de travail…

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Zone aéroportuaire

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La zone aéroportuaire… qui déjà telle Charlemagne fait le tri des élèves… les camions à gauche direction Lille… les taxis au milieu direction le terminal… les autres à droite… ceux là sont des initiés… qui se reconnaissent dans la terminologie amphigourique de la zone.. « Sp1…Sp2…zone centrale Est… fret1 »… il faut y être né… l’avoir vue évoluer… on y rencontre parfois…un malheureux égaré qui cherche l’autoroute du Nord… peut être y en a-t-il qui n’en sont jamais sortis…cette zone est un autre monde…celle des navettes aéroportuaires….. de la patrouille de l’air et des frontières… de la douane…  les petites routes anodines et innocentes qui serpentent entre les bâtisses… sont si dégagées que le malheureux ignorant est tenter d’y faire rugir son moteur… funeste erreur… ces routes ont parsemées de signaux rappelant la vitesse limite… et du corolaire… la voiture banalisée… la voiture avec radar… combien de malheureux ont expié sur l’autel de l’excès… en fait… une voiture qui roule à 50 sur ces chemins droits et libres est soit un habitué…soit un piège à roulettes…

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Lapins.

En fait elle est agréable… les routes sont bordées d’arbres… de zones herbeuses bien entretenues… de champs de genêts qui au printemps…étalent leur couche de jaune éclatant sur ce paysage … c’est le paradis des lapins…  il y en a partout… le long des pistes… dans les zones dégagées… lapins besogneux qui creusent terriers et galeries…minant le sol comme teuton durant la grande guerre… ils payent un lourd tribut au dieu bagnole… combien de  jeunes lapereaux ont payé de leur vie une curiosité maladive… une adaptation de la nature au modernisme.. le choucas ne s’effraye pas du bruit hurlant des réacteurs…pas plus que l’émouchet guettant la musaraigne… tout ce  petit monde est habitué au bruit… à la fureur… finalement.. nous aussi…  les « spotters » (NDLR : collectionneurs qui prennent  en photos avions et empennages…l’objectif étant de posséder la dernière  publicité sur un avion…le dernier type avion…),  eux  sont encore aux aguets… zoom d’un mètre sur le trépied… l’autochtone lui n’y prend plus garde… il a muté… il est de la zone…aéroportuaire…. c’est son monde..son quotidien.. on ne  fait plus guère attention à l’avion qui longe la route.. ou qui passe sur le pont au dessus.. c’est habituel….

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Autroroute4

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Chaque matin..durant des années…. qu’il pleuve.. qu’il vente.. qu’il neige.. 43 km   à se taper.. pour aller au taf.. bah c’est pas un drame.. il y a bien pire.. mais j’ai eu de la chance..

pas un carton.. pas un accrochage.. j’ai pourtant eu droit à  pas mal de choses.. le matelas et le sommier qui se décroche de la galerie.. le pneu de camion qui éclate et la bande  de roulement qui vole.. le camion de bois  qui sème ses troncs comme des allumettes qui tombent d’une boite.. le container trop  haut sur la plateforme..le camion passe.. le container   lui..  tape le tunnel et  reste à l’entrée.. le bateau du vacancier qui  quitte sa remorque..

c’est vrai que dans ces moments là. quand on freine.. .le coeur tape..les jambes tremblent.. ça se passe tellement vite…

 

Oui.. j’ai eu du fion.. aujourd’hui.. je ne roule  plus beaucoup.. les gens me  paraissent  complètement excités… j’ai vieilli..  mais quand j’y repense..  il m’arrive de regretter le soleil levant sur les pistes.. l’avion qui part  pour une destination qui fait rêver.. l’odeur du kérosène..

Bah.. c’est la vie..

Marc

*** Presque toutes les photos ont été prises depuis la voiture sur le trajet du boulot.

Publié 11 octobre 2015 par Leodamgan dans Prose à Marc

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Le poste de TSF.   38 comments

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Poste TSF

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Je viens de terminer le gros pavé d’Onfray  » Cosmos » et va savoir.. le cosmos.. je me suis souvenu du Spoutnik.. et du vieux poste de radio dans la cuisine..

Son pavé ne traite pas de ce point là, il est un ensemble de considérations qui se lisent sans déplaisir, même si, je le confesse, j’ai dû consulter le dico pour y trouver certains mots.. je regrette un peu de n’avoir pas fait de grec ou de latin .. et surtout m’être plus intéressé à ma voisine durant les cours de philo qu’à Kant ou Platon..

Le poste de TSF, comme on disait, était à la cuisine dans une petite niche ..

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chaussures-football

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Le dimanche soir.. il fallait écouter les résultats sportifs.. et pendant cet instant grave.. je me faisais rabrouer d’un « tais toi.. c’est les sports »‘.. si j’avais le malheur d’émettre un son.. d’autant que le gars litanait une mélopée incompréhensible..  »Poule G..Lavelanet bat La Voulte 15 à 3, Begles bat Mazamet 12 à 6.. Poule H..etc..etc.. » qu’est-ce que c’étaient ces histoires de poules.. mélangées à du sport..

Alors je me rabattais sur les petites lettres du potage et j’essayais de faire des mots sur le bord de l’assiette.. des mots pas compliqués.. car va trouver un « z » ou un « x »..

Les autres jours de la semaine.. c’était Marcel Fort dans  »Salut Marcel. » ou le jeudi.. l’émission  »les Beaux jeudis ».. que j’écoutais, devoirs faits, en pétrissant ma pate à modeler ou en donnant libre cours à ma créativité dans des œuvres héroïques.. inspirées de Croc Blanc.. j’avais découvert que le bleu de Prusse faisait de très beaux sapins au loin sur fond de neige.. je crois que j’ai décliné tous les paysages possibles du Canada.. bien sûr.. avec options traineaux.. loups.. caribous et tout le toutim..

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bain4

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Le dimanche matin.. c’était la séance de grand lavage.. la bassine dans la cuisine.. près de la cuisinière.. et le disque des auditeurs.. « Pour Raymond au 3eme Rima de la part de Josette qui l’aime.. Perles de Cristal par André Verchuren.. » et allons y Paulette.. talatlasoin.. Dédé se démenait sur son piano à bretelles et moi.. je me lavais de bas en haut jusqu’au plus haut possible.. et de haut en bas jusqu’au plus bas possible.. ma mère me précisant..

« t’as bien lavé ton .. ta.. ce qu’je pense.. »

« Oui M’man »..

Ensuite en faisant gaffe de ne pas mettre d’eau partout.. une friction à l’eau de Cologne de la Samaritaine.. et zoup.. prêt pour aller à la messe.. corvée obligatoire.. mais qui me permettait de retrouver mes copains d’école..

Ce poste de radio constituait la seule source de nouvelles et de musique.. de divertissement..

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Camera:   DCS420A          Serial #: 420-2040 Width:    1524 Height:   1012 Date:  11/24/97 Time:   11:39:45 DCS4XX Image FW Ver:   081596           TIFF Image Look:   Product ---------------------- Counter:    [88] ISO:        100  Aperture:   F2.8 Shutter:    60   Lens (mm):  28   Exposure:   M    Program:    Po   Exp Comp:    0.0 Meter area: Mtrx Flash sync: Norm Drive mode: S    Focus mode: S    Focus area: Wide Distance:   3.4m

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Un soir d’octobre 1957.. après avoir appris que les Russes avaient balancé un satellite dans l’espace, il nous fut permis de l’entendre à la radio.. je ne sais plus quelle heure il était.. mais mon père avait pris la cuillère en bois.. la grosse.. celle qui permettait de taper sur le poste quand il ne voulait pas fonctionner ou qu’il grésillait trop..

Nous avons écouté ce  » bip bip.. »   intersidéral.. qui me sidéra.. si je puis dire..

J’avais lu chez le coiffeur dans la rubrique  » le saviez vous » du journal de Mickey qu’en l’an 2000 on irait sur la lune.. j’avais calculé quel âge ça me ferait.. et ça m’avait paru bien loin et bien vieux..  mais là..nous y étions.. on allait savoir si il y avait des martiens.. comme dans le magazine Meteor.. aller se balader en fusée de mondes en mondes.. ça y était.. l’univers.. la découverte…

Je ne me souviens plus de la fin de ce poste de radio.. ces dinosaures de la modulation d’amplitude.. on été vaincus par les postes à transistors et la télévision..

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oeil magique

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La voisine m’en avait donné un.. un énorme.. avec un « œil magique » qui permettait de caler la réception.. je l’avais installé à ma tête de lit.. et le soir j’écoutais « les maitres du mystère ».. il répandait une odeur de chaud.. de poussière.. mais c’était mon univers du soir.. blotti dans mon lit.. les bruitages du poste.. le supense… et de temps en temps.. un avion qui se posait à Orly..

Onfray a senti le besoin de faire ce bouquin.. de parler du Cosmos en regardant le ciel.. moi.. j’y rajoute notre vieux poste de TSF et le bip bip de cette petite boule de métal..

Aujourd’hui.. quand je vois les gens écouteurs aux oreilles. pianotant sur leur petit (ou gros) smartphone.. je me dis que ces souvenirs.. c’est le moyen âge. ..c’est antédiluvien….je parle diode triode.. pourquoi pas poste à galène..

J’écris ces lignes.. et pendant ce temps là.. la sonde Voyager lancée en 77.. a déjà parcouru 18 milliards de kilomètres..

Je n’arrive même pas à m’imaginer 18 milliards de kilomètres…

doit se sentir seulabre la cht’iote…

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coyote

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Plus rapide que le coyote des dessins animés.. bip bip…

That’s all folk

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Marc

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Publié 9 juin 2015 par Leodamgan dans Prose à Marc

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Conducteur d’aéronef   54 comments

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60-avion-de-chasse-franais-spad-13

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C’était il y a bien longtemps..

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du temps où Mo et moi, mollets d’acier et triceps d’airain, passions le plus clair de nos vacances  en montagne..  l’été à crapahuter à la recherche de minéraux.. l’hiver, les skis aux pieds dans des randonnées le sac sur le dos  .. et le soir dans ces gites où l’odeur des chaussettes humides se  mêle à celle des corps lavés plus que sommairement.

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Pour nous rendre sur le lieu de nos  exploits, nous prenions le train de nuit direction Briançon, descente à Gap…

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Un de ces trains aux compartiments de huit places ornés de  photos locales avec un couloir étroit où deux sacs à dos ne se croisent pas..  ou alors au prix de contorsions et de politesses de voyageurs unis dans cette fraternité du randonneur aux grosses godasses d’un quintal, lacets rouges sur crochets .. et bien sûr.. la gourde en alu qui brinquebale sur le côté..

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Donc, une nuit où nous partions..  l’occasion étant donnée d’aller griller une gitane dans le couloir.. le nez sur la buée.. l’oeil cherchant la lumière d’une absence de paysage.. je me retrouvai en conversation avec un homme qui aurait pu être mon grand-père.. mais qui avait l’oeil plus bienveillant..

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La conversation glissa imperceptiblement vers le monologue ..  et cet homme me parla de sa guerre.. celle de 14, la Grande comme  on dit .. pourquoi la Grande?.. au nombre de belligérants, de morts.. celle d’après ne fut pas ridicule.. mais bon..

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Il  était pilote de chasse, celle de la légende.. celle des as des as.. du Baron Rouge..

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De son portefeuille un peu fané .. il me sortit un document qui portait..  outre son nom..  la mention manuscrite : « Brevet de conducteur d’aéronef N° 13 ».. Eh oui.. je me souviens de ce moment..  brevet N° 13… déjà le nombre en lui-même pourrait effrayer certains.. mais ce nombre si petit, si réduit..  ce vieux monsieur appartenant à  la genèse..  au début.. aux héros..

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Et toute la nuit.. il me parla.. me parla de ses peurs.. ses yeux s’embuèrent un peu quand il parla de ses camarades tombés au combat.

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Nous étions dans le présent. J’imaginai sans peine combien ce fut dur.. inhumain.. il me raconta l’histoire du fils d’une grande marque d’apéritif qui.. pour gagner une permission.. retourna en vol quêter une victoire .. pour pouvoir retrouver la danseuse dont il était amoureux fou.. eh oui, une victoire donnait une permission. Hélas, il ne put revoir son amour..

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La nuit se déroula pleine de souvenirs.. de longs silences songeurs.. que je n’aurais interrompus pour rien au monde.. afin de ne pas briser ce petit fil qui remontait dans le temps.

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Le jour se pointait quand il descendit à Veynes.

On s’est serré la main.. longuement.. Il m’à dit : « Je ne sais pas pourquoi  je vous ai raconté tout ça.. je ne l’avais jamais raconté à personne ».

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Un instant, j’ai pensé.. « son nom.. son téléphone ».. histoire de lui  dire que j’avais été ému.. lui témoigner un remerciement..

Je pense souvent à ce vieux monsieur.. oh, je dis vieux.. maintenant que je m’y dirige, finalement, il n’était pas si âgé..

Maintenant il a du disparaitre.. je ne peux même pas dire son nom.. qui n’a pas été gravé sur une stèle..  il ne lui restait que ses souvenirs et son brevet N° 13..

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Va savoir pourquoi c’est à moi qu’il a donné ses souvenirs.. ses bribes de vie, mais je pense encore à lui aujourd’hui.

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Billet écrit par Marc le 11 novembre 2014.

 

Publié 18 novembre 2014 par Leodamgan dans Prose à Marc

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Il était une fois les Halles de Paris   52 comments

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Deux  charmantes lectrices  m’ont  demandé de parler des Halles…

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ça fait  plaisir..  mais des Halles d’avant..  des Halles du temps où c’était le ventre de paris.. des Halles de la bouffe.. de la tortore.. de la nuit.. les Halles des louchebems où les quartiers sanguinolents se baladent dans des  chariots  sur les trottoirs rouges de sang.. les têtes de veaux langue pendante.. qui vous dévisagent depuis le bac en osier.. la malle à Gouffé..  les Halles de la marée.. des  marchandes de poisson.. une voix de poissarde qu’on disait..

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En fait faut que je précise.. suis né  dans  le coin.. rue Vieille du Temple ..  et malgré une  émigration en banlieue pour mes bronches.. j’ai  connu les Halles.. de jour et de  nuit.. môme et adolescent.. et  homme jeune.. ces pavillons Baltard .. fierté du modernisme conquérant quand l’homme domestique  la fonte.. et  en façonne des volutes et autres feuilles d’acanthes.. dont il orne tout ce qui est immobile.. entrées de métro.. kiosques à musique.. pont etc.. les ponts  étant  eux, agrémentés de pulpeuses naïades.. d’hypothétiques dauphins cracheurs.. ou de zouaves culottés qui attendent que l’eau leur arrive au menton..

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Halles10

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Parler des Halles dans  un petit billet  est impossible.. enfin pour moi.. trop de  choses reviennent.. trop d’images.. trop de souvenirs de ces fins de nuits  où la tradition voulait qu’on aille manger une soupe à l’oignon aux Halles.. au pied de Cochon ou chez Robert Vatier..  la Halle au vin qui fut déplacée pour construire Jussieu où je fus poursuivi par les études et les CRS..  certains soirs d’un beau mois de mai.. les Halles où j’emmenai une nuit d’été une jeune fille blonde  en robe jaune..   et talons hauts .. rencontrée sur les Champs  et avide de découvrir Paris avec un guide   prévenant.. miss Iowa…  je me souviens d’elle enjambant les filets des sang sur le trottoir  au milieu des quolibets et remarques alertes  de ces géants  en  capuches blanches maculées de sang.. ça a du lui en faire des images..

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Je ne suis  jamais allé à Rungis..  mais c’est comme le reste.. ben oui.. fallait bien que ça  change.. un amoncèlement de  détritus de  nourritures.. de cageots.. des gens affairés.. des cris.. le gros.. le 1/2 gros.. chacun allant y faire ses courses pour payer moins cher.. Les torrents de  flotte.. de détritus.. de bouts de légumes.. de sang.. dans le caniveau.. les balayeurs au balai d’osier  qui canalisent.. domptent le flux avec le sac en jute roulé.. direction la bouche moloch de l’égout.. bien sur.. le flux entrant et sortant.. des commerçants.. immense.. comme  les globules rouges d’une artère de  vie.. des camions énormes  qui arrivaient par la rue du Louvre.. et qui  restaient là immobiles comme  de gros scarabées bloqués devant une entrée de fourmilière..  un embouteillage permanent.. un ami qui avait une cartonnerie rue Greneta a du déménager.. plus personne ne voulait venir livrer..  je m’égare.

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les Halles c’était le quartier hérité du moyen âge.. la cour des miracles.. les gueux..  avec ce  bouillonnement de vie.. de bruit.. d’odeurs.. de restaurants..  dont les patrons d’origines  différentes garantissaient une cuisine locale.. Auvergne.. Rouergue.. Alsace.. les Halles  la nuit c’était l’ambiance des travailleurs  initiés.. habitués.. les lève- tôt.. 04h00 du mat.. faut démarrer.. des bistrots où certains buvaient  le verre de sang de bœuf.. mais c’était aussi celle des noctambules  venus  terminer  la nuit.. chacun  un peu gris.. on se parlait.. rigolait dans une communauté éméchée dont le seul objet était de se dire qu’on avait passé une bonne soirée..

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Ben oui.. fallait que ca migre.. insalubre.. plus de rats que d’humains.. des rats dans le métro gros comme des radis noirs  dopés aux OGM .. trop grouillant.. trop enchevêtré.. fallait du propre.. du faïencé.. de l’inox.. même  le nom  il ne veut plus rien dire… le MIN..   mine de quoi.. mine de rien.. ah oui.. j’ai bonne mine avec mes souvenirs.. ben oui..  on vieillit..   mais moi, je  ne suis pas comme le bon vin.. je vieillis mal.. j’ai le regret de cette époque  qui  était  bien moins dure qu’aujourd’hui.. c’est vrai   mais qui .. outre ma  jeunesse  avait sans doute.. bah.. à quoi ca sert … d’épiloguer.. mais c’est comme le reste..

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Bien sur avec Mo nous sommes  allés voir le musée  Pompidou.. pour guider des amis Belges.. on a fait un crochet par la Rue Coquillière.. pour aller acheter du matériel  de cuisine chez Dehillerin.. et puis en allant  vers le Louvre  et le quai aux fleurs.. j’ai jeté un œil sur la statue de Gaspard de Coligny rue de Rivoli.. cette statue me fichait une trouille bleue étant môme.. va comprendre Charles.. l’a pourtant mal fini le gonze..

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Frehel chantait .. « Où est il donc »..    http://www.youtube.com/watch?v=7ypsfxGX00I   cette musique qui n’est pourtant pas de mon époque.. c’est ça.. l’ambiance des bistrots du matin.. le  glouglou du perco.. le café presque à mâcher.. la fumée des clopes.. l’aube pas encore debout cette  flemmarde.. la buée sur les carreaux derrière  les rideaux bonne femme  un peu crades qui faseyent sur la  tringle en laiton.. le patron.. bâche vissée sur le crane.. qui verse le calva dans  des petits verres bombés.. les dames au martinet de la rue Etienne Marcel.. les descendantes  (peut être pas) de celles qui me grattaient le menton et donnaient à ma mère des tickets de rationnement  quand  elle allait me promener au jardin des  Tuileries.. que je hume.. que je profite comme on disait..

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Bah oui.. c’est ça mon bled à moi..  mes racines..

Marc

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Publié 12 février 2013 par Leodamgan dans Prose à Marc

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