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Les Landes (partie 1)   78 comments

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Si je ne compte pas mon séjour Savoyard étant petit môme, séjour médical pour soigner mes bronchioles jugées fragiles par les Diafoirus de l’époque, mes premières vacances, mes premiers congés payés datent des années 50.. sur la côte Landaise.

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Je crois que ce furent aussi les premières pour mes parents qui avaient dû retrouver un peu d’équilibre budgétaire après l’achat en 47 d’une maison en banlieue, considérée alors comme la campagne, achat vivement recommandé  également par les médecins de l’époque comme incontournable pour la sauvegarde de mes bronchioles.. l’appartement de la Rue des Gravilliers ayant été jugé impropre à leur reconstruction.

Bien sûr mes pauvres parents ne possédaient pas la queue d’un et l’argent avait été prêté avec intérêt par le grand-père qui avait vu là sans doute, l’occasion d’un petit rendement sur des redevables exploitables à merci.

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Donc, par l’intermédiaire d’un copain de régiment et c’est sûr que la période précédente avait été l’occasion de tisser des liens, mon père obtint l’adresse de gens qui louaient une partie de leur maison sur la côte Landaise. En fait si les chambres à coucher étaient  effectivement indépendantes, c’était cuisine commune, il fallait partager la cuisinière, et l’âtre. Comme gamin, je n’ai pas eu conscience que cette promiscuité et ce partage soviétique puisse poser problème, je me souviens que ma mère avait quelques réticences sur l’état de nettoyage des casseroles, mais ça moi..

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Moi, je me souviens simplement des odeurs et du chant du jambon dans la grande poêle noircie…. l’odeur des petits piments verts qui s’ y tortillaient, et la  mutation lente et parfumée du jambon, à cet instant suprême où le gras passe du blanc au translucide.. à cette transparence du mica comme celui de la salamandre de ma chambre et cette odeur..  cette odeur qui gagne, qui imprègne, qui envahit.. et qui reste des années et des années après comme un tatouage.

La chimie parle de sublimation pour le passage de l’état solide à l’état  gazeux, mais faut pas chercher, le savant de l’époque qui a baptisé ce processus était un Landais.. eh oui.. c’est sublime…!!

Donc nos premiers congés payés .. il avait fallu s’organiser car la location n’offrait aucun complément, nous devions donc expédier la logistique et il en faut.. les draps les serviettes.. affaires de plage, affaires de pluie.. lainages au cas où..

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Ma mère m’a laissé cet héritage du « au cas où », je me souviens de mes randonnées dans le Queyras bien des années après, où nous partions Mo et moi, pour des randonnées pour la journée, Je me retrouvais  avec un sac « au cas où », en fait avec le barda, nous avions de quoi passer plusieurs jours et nuits  seuls, sans secours.. j’avais tout ce qu’il faut à un Jeremiah Johnson pour débuter sa vie de trappeur.. hormis le fusil Hawkins de calibre douze…. nourriture, eau, couverture de survie, cordage, hache, lampe, allumettes, médicaments de base pour coupures, maux de tête et même du sérum antivenimeux en cas de morsure de serpent..

Tout ça pour dire que l’expédition dans les Landes fut préparée par ma mère avec une rigueur militaire.. nous ne partions pas à sept kilomètres de Bayonne, nous partions au Mato Grosso sur les traces de Raymond Maufrais.

Quatre, nous étions quatre, mes parents ma sœur et moi à partir par le train et bien évidemment tout cela  ne pouvait pas tenir dans  des valises. Ma mère eut l’idée d’utiliser des grands sacs à pomme de terre obligeamment prêtés par mon grand père, dans lesquelles nous tassâmes  tout  ce qui était linge et choses peu fragiles, charge ensuite de les coudre et d’y adjoindre une étiquette en tissu mentionnant origine et destinataire. 

Je revois ma mère avec son aiguille de matelassier luttant contre la tendance expansive des draps et serviettes, afin de coudre au plus serré de façon à compacter au mieux les ballots.

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Ce préambule réalisé , il restait un savant calcul  intégrant les délais d’acheminement de la SNCF, nos propres délais de route et la disponibilité du loueur pour venir nous récupérer à la  gare.. nous, nos valises, nos ballots et nos vélos.. Car bien sûr il n’était pas envisageable que nous restions prisonniers de cette location si agréable fut elle à quelques kilomètres de l’océan.

L’organisation matriarcale et militaire avait tout prévu et tout calculé..

le jour J nous descendîmes à la gare déposer ballots et vélos (ces derniers offrant l’intérêt de soulager le portage des ballots). Nous devions retrouver tout cela à la gare de Ondres le matin de notre arrivée.

Je ne me souviens plus très bien, mais il devait y avoir des perturbations de trains et des problèmes de grèves car le parcours me parut long et interminable et hormis la petite table pliante du compartiment qui me bouleversa à jamais je me souviens de nombreux changements de trains et d’un casse-croûte dans un terrain vague d’Hendaye .. ou d’Irun..?  en attendant  de reprendre un train qui nous remonta jusqu’à notre destination.

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Enfin nous arrivâmes et à la gare un voisin du loueur nous attendait ainsi que nos ballots et nos vélos. Pour transporter tout ce beau monde il était venu avec sa charrette et un cheval qui me parut énorme appelé Pompon.

La maison était à quelques kilomètres de la gare mais je n’ai pas de souvenirs du trajet, je me souviens des pins immenses, du petit pot de fleur accroché au bas du tronc.. ma sœur décida péremptoire que ce petit pot était là pour que les arbres puissent faire pipi.. Mon père m’expliqua que c’était pour la résine. ce qui me laissa profondément perplexe.. la résine.. la résine..

Je me souviens des odeurs, des bruyères et des grandes fougères du sol sablonneux qui résonnait sourd sous les sabots du cheval.

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Au détour d’un petit chemin en descente bordé de chênes lièges au tronc partiellement dénudés.. j’appris plus tard que c’était le lot des chênes liège.. d’être régulièrement impudiques exposant leur tronc rougeâtre et lisse à la vue du passant… au bout du chemin sablonneux..  une petite maison basse où fumait la cheminée.

Les logeurs étaient deux personnes qui me parurent très âgées, lui, le béret poussiéreux vissé sur le crane, en fait je n’ai jamais su ce qu’il y avait en dessous..  des cheveux? de la savane?? du désertique et elle en chignon et tablier à carreaux.

Mon souvenir  le plus intense fut  le passage dans la cuisine avec la cuisinière qui ronflait dans un coin.. ça je connaissais pour avoir passé  du temps au Zébracier sur la cuisinière de la maison, mais dans le fond, le long du mur noirci, une cheminée  immense avec chenets et crémaillères ..

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Une botte de sarments crépitait en lançant dans le conduit noir des gerbes de petites étincelles.. je n’avais jamais vu ça.. devant la cheminée une petite chaise basse.. Cette cuisine dans laquelle nous allions prendre nos repas n’était qu’une étape avant la partie couchage proprement dite où mes découvertes furent encore plus grandes et déconcertantes.

Dans la salle à manger où on avait installé mon lit tout m’était étranger..  les meubles bien sûr.. les photographies et autres objets marqués « Lourdes » accrochés au mur.. et deux choses.. une petite statuette de matador évitant avec sa cape un énorme taureau et une bouteille torsadée avec des gens en béret marquée Izarra.

Tout cela ne me fut pas hostile, mais me laissa une impression bien moins chaleureuse que la cuisine. Mes parents étaient installés dans une chambre à coté, avec en bout de lit un petit lit pour ma sœur.

A cet âge les souvenirs sont  comme un puzzle, des images, des épisodes, des odeurs..

(A suivre)

Marc

Publié 11 juillet 2021 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc, vacances

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Et si…   103 comments

Et si avec Mo nous étions restés à Paname, dans notre   douzième..  et si  le temps s’était figé dans les années 70

Déjà nous n’aurions pas  notre amie l’arthrose…

Et  notre  désespérante habitude de fréquenter les salles d’attente d’hosto ou de radiologie..

Mes genoux ne seraient pas en titane..   mais en bons  os made in  Gross Paris..   Façon matériel de guerre…

Et puis bon, faut bien l’avouer.. pas mal de kilos en moins…

Bien sûr moins de vécu.. c’est vrai.. mais bon..

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En fait c’est cette affaire de Charlie Hebdo qui m’a fait repenser à tout ça..

A l’époque je bossais rue du Louvre..  bureau 7  5eme étage.. le 5/7..  comme cette discothèque qui a brulé  faisant  tant de morts..

Hara kiri n’avait pas encore titré son fameux bal tragique à Colombey..

Mais c’était l’époque des fanzines.. Gotlieb se déchainait..

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L’écho des savanes.. Métal hurlant.. Fluide glacial…

J’avais laissé Blek le roc ou Pecos Bill.. et  ça revenait..

Le génie des alpages de  F’Murr…

 

Et puis ce titre qui vit la naissance.. Charlie mensuel devenait hebdo…

Choron et  Wolinski  dans Hara kiri..

Cette couverture célèbre..qui  fut encore  dans l’actualité :

« Giscard vend sa femme aux émirs » saisie.. interdiction .. réédition avec trois couvertures différentes..

C’était l’époque de la création , du neuf.. du créatif..  de l’innovant.. bref du bouillant.. du pas politiquement Korrect..

Le mois de mai avait laissé des graines.. ça poussait de partout.. combi Volkswagen.. et virons à Srinagar ou à Goa..

 

J’étais rentré dans une boite « costard cravate obligatoire pour les hommes et jupes pour les femmes ».

Et là ça prenait l’eau de partout.. des robes.. des jupes courtes.. pas de soutif.. des polos..

Punaise..  l’anarchie.. que dis-je, la chienlit comme  nous disait la voix  derrière l’écran noir (pas de mes nuits blanches).

Ouais..  si nous étions restés à Paname avec Mo..  en figeant le temps..

 

Sainté***  et ses poteaux carrés…

Je suis trop vieux.. l’époque d’aujourd’hui ne me plait plus.. Je ne sais pas..

Ouais..  ne restent que ces images du temps d’avant..

Parait que nous sommes des profiteurs.. On bossait 44 ou 45 heures par semaine.. mais on s’en foutait c’était bien..

Et dans notre domaine.. l’informatique c’est bien.. mais  faut le chouchouter nuit et jour, le Big Brother

Ouais, trop vieux..   trop  vieux

J’aurais dû rester à Paname avec  ma douce  Mo et appuyer sur pause .

Allez , un petit signe à mon pote de la BA115 . Il se reconnaitra…

Carpe diem

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Marc

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*** NB : les poteaux carrés de Sainté

La finale de la Coupe des clubs champions européens 1975-1976 voit le Bayern Munich remporter sa troisième Coupe des clubs champions. Les Bavarois s’imposent le score de 1-0 face aux Français de l’AS Saint-Étienne, au terme d’une rencontre qui marqua la mémoire collective des supporters de foot français.

La rencontre est globalement dominée par les Stéphanois, surtout la première période pendant laquelle ils touchent par deux fois les montants du gardien allemand Sepp Maier. Ces poteaux avaient la particularité d’être carrés, ce qui était assez rare car ce type d’anciens montants avait été remplacé dans la plupart des stades par des poteaux ronds. Dominique Bathenay et Jacques Santini seront les deux malchanceux à faire heurter le ballon sur ces poteaux, respectivement à la suite d’une frappe lointaine et sur une tête. Le match fut ainsi surnommé du côté français la « finale des poteaux carrés » en référence à ces faits de jeu, alimentant la légende autour de cette rencontre. Pour certains, si les poteaux avaient été ronds, les Stéphanois auraient inscrit ces deux buts mais en réalité, personne ne peut vraiment dire si le ballon serait rentré3.

Publié 13 septembre 2020 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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Flipper   99 comments

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J’ai dans le sous-sol  un téléphone mural à cadran,

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que j’ai installé près de l’atelier quand nous avons emménagé, il y a 40 ans , histoire d’entendre quand je bricolais..

L’autre jour, un gamin fils d’une amie, est resté figé devant ce truc qui ne me  paraissait quand même pas extraordinaire..

et qui fonctionne toujours,  eh ben si..

En fait c’est à ça qu’on se rend compte que l’on vieillit,  notre  quotidien devient de l’antiquité..

Nous sommes  entourés de reliques qui n’offrent plus aucun intérêt.. sauf pour s’interloquer:  « Mais .. comment faisiez vous »…

ou s’apitoyer: « Ahhh quand même.. ». Un téléphone à cadran.. pour composer  Vaugirard 41 15.. ou Turbigo 18 22  eh oui..

Pourtant ces choses nous ont accompagnés..  ou furent  des éléments utiles de tous les jours.

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Et j’ai repensé à un engin qui fut ma jeunesse, mon adolescence et mes débuts dans la vie active..

un truc que l’on trouvait dans tous  les bistrots..  un machin bouffeur de pièces.. qu’il fallait partager..

pas rester collé dessus comme une bernique sur son rocher..

un truc dont les bruits faisaient partie  intégrante du fond sonore du bistrot.. à tel point que son absence se faisait remarquer..

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L’odeur du café le matin… ou des croques le midi.. la fumée des clopes.. les bruits de voix.. les conversations mélangées..

bribes de vie au ballon de Gamay.. ou au blanc limé.. ça s’esclaffe.. rigole.. éclate ..

Et en fond… ces crépitements.. claquements.. tintements.. parfois  suivis de hurlements ..

Dans les bons bistrots il y en avait plusieurs…

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Cette machine faisait partie de notre vie.. comme Eddy Mitchell  et ses  chaussettes  noires ou Gene Vincent ou Bob Dylan..

rapprochait des  potes dans une compétition amicale.. « It’s more fun to compete »!

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Une machine rutilante,  des lumières partout..  le cliquetis..  l’image  du fond..  des filles en maillot.. pulpeuses..

les champignons..  score… points.. bonus..

Il  fallait d’abord poser la clope sur le bord..  le bout incandescent vers l’extérieur, mettre la pièce.. 20 centimes.. 

la bille de  métal arrivait dans la goulotte..

la poignée avec le ressort.. là.. on remonte un peu le futal.. le même tic que Bogart dans ses films..

faut se concentrer..  les potes sont autour…

tirer sur la tige en écrasant le ressort est déterminant.. la bille va être projetée plus ou moins..  

il faut qu’elle arrive là-haut au bon endroit..

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là où les petits bras mobiles des champignons vont pouvoir la catapulter .. vers les zones à maximum de  gains .. les zones  free bonus..

champignons à vachtement de points.. On tire doucement.. on dose.. lâchez tout.. la bille s’élance..

on écarte  les pieds pour prendre possession de la machine..

il y a du charnel.. les  majeurs de chaque cotés  sur les poussoirs.. le ventre à peine appuyé sur le rebord..

la bille termine son arrondi et commence sa descente..

et là commence le numéro.. la prestation.. Il faut accompagner la bille..  la guider vers les points gagnants.. 

on  se transforme en  homme bille.. puis en  bille..

Les points claquent au compteur là-haut en face.. on se déhanche.. tortille..  voire même on tente un léger coup sur la machine..

pas trop, juste de quoi modifier le destin.. on  appuie le giron..  un petit coup..  là..  on tape..

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Attention  à l’instant où trop remué.. tout s’éteint..  alors la bille descend tout droit vers la bouche moloch.. tapant dans  les  champignons morts..

une bille sans vie.. dans un champ désolé.. la bête est inanimée.. molle…

Mais là elle vit.. les points  claquent..  arrivent les parties  gratuites..

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Free bonus.. same player shoot again..  clac.. clac.. ça tombe.. ting ting..  les pieds raclent le sol où reste encore un peu de sciure du matin..

De temps en temps.. quand la bille est bien remontée.. une pause juste.. vite fait pour tirer une taffe..

Et on y retourne.. concentré.. les yeux rivés sur la bille argentée..

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Gare au malveillant qui sous prétexte de plaisanterie fine donne discrètement  un coup de hanche..

Tilt… Clac tout s’éteint.. terminée la partie.. game over..

Là y a de quoi se la mettre au court bouillon.. c’est un truc à  balancer une mandale…

Alors on se calme..  promettant  une vengeance…

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« Tiens Roger s’te plait ..  un Casa et un œuf dur..  merci.. ».

Hé, faut bien  se requinquer..

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Ça c’est comme le moulin à café coincé entre les cuisses..  avec le tiroir du bon coté..

Ça a vécu..

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Ces machines ont été remplacées par des trucs électroniques.. pas de bruits.. de clac.. de rien.. du succédané.. de l’ersatz.. j’ai arrêté..

Je ne sais même pas si il y en a encore dans les rades…

Ça fait un moment que je n’ai pas été me faire un ou deux Casa avec des potes..

Serait-ce encore de mon âge…

Surement pas.. d’abord on ne peut plus cloper dans les estancos..

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Et puis ça fait 20 piges que je ne fume plus..  quant au Casa..

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Marc

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Publié 16 février 2020 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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Mirages hurlants.   45 comments

C’était durant «  les classes »..

les classes c’est la période qui suit ton incorporation, tu es arrivé avec ta valise,  tes cheveux, ta convoc…   et un paquet d’interrogations..

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Deux mois d’initiation doivent faire de toi un être que l’on « présente » au drapeau.. tu passes de l’état conscrit à l’état  biffin, grifton, bidasse, trouffion.. t’es encore ce qu’on appelle un « bleu » mais ton aspect physique change. on te donne un uniforme de sortie..  avec tout ce qui va bien.. dans l’armée de l’air : fait sur mesures.. faut bien admettre.. aussi bien que le bodygraphe de la Belle Jardinière ..

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Dès le départ, mise en forme par une saine coupe de cheveux bien courte sous les sarcasmes de « l’ancien » qui te passe la tondeuse en rigolant..  on t’a donné un treillis couleur « réséda » eh oui.. la rose et le réséda.. treillis à peu près à ta taille.. si tu as du bol .. des pompes à peu près à ta taille,  tout le nécessaire de toilette..  serviettes, savon, cirage, slips (le slip qui  descend mi-cuisse pour que les choses de la vie ne soient pas opprimées).. chaussettes, etc.

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Et pour bien  montrer que tu es encore un embryon.. on te file une musette dans laquelle il y a tes couverts,  ton quart, un cahier et un stylo.. un bonnet de police en tissu épais et le « sous casque »  en plastique que tu dois porter partout sauf dans ta chambre car un soldat ne se balade pas tête nue.. en effet.. dans l’armée Française on ne salue pas tête nue.. jamais.

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Si d’aventure, tête nue, on est dans son dortoir et que dehors on voit la montée des couleurs.. eh bien c’est simple.. on ne salue pas, on se met au garde à vous.. idem si on croise un supérieur dans les couloirs…

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C’est  remarquable.. mais des années, que dis-je, des siècles de rigueur, d’organisation, d’expérience  ont fait que toute chose est codée, régie, prévue…

Heureusement il reste quand même des circonstances qui font la beauté des réponses de certains, par exemple : responsable de la bonne réalisation des corvées au cantonnement, et pendant le même temps vous devez être à votre poste de travail distant de 5 km. L’ubiquité établie  et bien même ça.. l’armée l’a prévu.. on vous livre alors la réponse standard et utile en toutes circonstances :  les bases même du management participatif qui sait déléguer.. : « j’veux pas l’savoir démerdez vous »…

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Donc pendant deux mois, on apprend : à saluer, les grades, marcher au pas, faire des demi-tours droite (demi-tour gauche n’existe pas).. le tout sous les vociférations d’un adjudant ou d’un sergent-chef dont c’est la seule mission..

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On te prodigue aussi des cours..  cours qui s’adressent à des gens qui vont de l’analphabète  (il y en avait deux) à des diplômés de physique nucléaire. C’est  un point très positif, ces cours parlent de  l’armement et autres consignes militaires, mais aussi des cours d’orthographe, arithmétique, électricité, chimie  etc… le  malheureux sergent savait que beaucoup  d’entre nous n’en avaient pas besoin, mais pour ceux qui  avaient  des soucis de lecture ou d’écriture il y avait une prise en charge spécifique.

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Nous avions des cours d’éducation sexuelle, avec la cohorte de rigolade et autres  commentaires scabreux.. je me souviens de la séance sur les maladies vénériennes.. je ne crois pas avoir vu en une seule fois autant de  photos montrant les dégâts possibles, des photos comme celles que l’on met aujourd’hui sur les paquets de clopes. si avec ça on ne comprenait pas l’importance de se protéger c’était à désespérer.. terminés les BMC..  des photos à se transformer en pur esprit à l’œil d’artiste.

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Donc pendant deux mois, on crapahute, on fait du parcours du combattant..  on rampe dans la gadoue.. on  tire au fusil, à la mitraillette..  on s’endort et soudain vers 01h00 du matin.. dans ton sommeil profond et réparateur comme une crème aux liposomes actifs.. vacarme, sifflets, beuglements.. vous avez 5 mn pour mettre la tenue de  combat et zoup ! parcours du combattant à la lampe torche… puis retour au pieu.. avec parfois un « remettez nous ça »  dans les deux heures qui suivent.. Bref pendant deux mois.. cette antienne qu’on nous fait répéter en faisant des pompes..  « C’est la vie d’château, virgule.. pourvu qu’ça dure, point »..

Mais venons aux faits.

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Un soir de septembre-octobre.. de ces  soirs à Orange où après une journée bien chaude l’air est tout parfumé d’odeurs d’herbes et de soleil qui se couche. Quand les couleurs commencent à se parer de soleil finissant, que le Ventoux au loin s’habille en soirée.. que les sauterelles se déchaînent et que les petits insectes de la nuit commencent à sortir et se mettent à striduler  en  espérant attirer une fois encore la donzelle d’une  nuit..

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Cette fin de journée là, nous fûmes associés à une manœuvre et postés comme  « servants » à un canon anti-aérien, la base devant être attaquée par des  « hostiles ». Je ne sais pas ce que c’était comme canon, mais ça pivotait, ça bougeait, animé par un moteur diesel qui lâchait une fumée bleutée dans un  bruit de pistons hésitants. Nous étions là,  trois ou quatre, assis dans l’herbe,  attendant les consignes, prêts à bondir comme des tigres (enfin presque..) dès  l’ennemi en vue.. Le téléphone  troubla notre rêverie pré- nocturne.. « ils arrivent du nord dans 5 minutes » gueula le canonnier..

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Aussitôt, nous nous mimes à scruter l’horizon.. le  gars toussota son moteur pour orienter son arme fatale.. et nous scrutâmes..  je scrutais.. tu scrutes.. nous scruterons.. un cri : « ah là bas »  des trucs noirs au loin dans le ciel.. des comédons sur un ciel rose..  Le chef prit ses jumelles et lâcha.. non, ce sont des  corbeaux.. forts désappointés de cette trahison volatile..  notre œil d’aigle nous ayant fait prendre des corbeaux pour des Mirages.. des vessies pour des lanternes.. Nous replongeâmes dans notre béatitude.. avachis dans l’herbe tiède du soir..  juste bercés par le chant des grillons, l’œil vaguement rivé vers le nord…

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On s’assoupissait gentiment quand un hurlement, que dis-je, un bruit d’enfer, d’épouvante au dessus de nos têtes.. un  vacarme déchirait le ciel.. des formes sombres.. nous couvrirent de leurs ailes comme des créatures maléfiques sorties des  contes les plus noirs.. Les Mirages nous passaient au dessus de la tête..  tellement bas qu’on avait l’impression qu’ils s’écrasaient sur nous..  à peine  le temps de  comprendre qu’ils s’éloignaient.. la flamme bleutée des tuyères..

On avait rien vu.. rien.. rien entendu.. rien.. Une  terrible pensée me traversa.. elle est encore là au fond de moi.. gravée.. terrible.. Si  ça avait été pour de vrai.. si nous avions été en guerre.. nous serions morts.. dispersés… anéantis.. désintégrés.. sans même nous en rendre compte.. T’es là tu vis… tu respires.. et sans comprendre.. t’es rien.. l’anéantissement silencieux.. retour à l’état de  particules élémentaires.. point final..

 

Je sais que ce  billet d’humeur est terriblement d’actualité..  je l’avais commencé à la demande de Mo avant que l’autre nuit..

Le service militaire n’était-il pas si vain.. devrait on.. ?

Comme  dit le proverbe de mon ami Serge..  Anba laté  pani plézi.. (ndlr :  sous la terre pas de plaisirs).

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Allez..  je vais me servir un ti punch.. carpe diem..

Marc

Publié 15 avril 2018 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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La constellation du chien…   31 comments

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1976-1.

Il y a quelques semaines,  la télé nous a fait un petit coup façon souvenirs.. les verts.. le chaudron,  la finale de coupe d’Europe..   les poteaux carrés..

Moi, je me souviens de ce soir là.. il y avait eu des  problèmes dans nos programmes informatiques et j’étais resté  au taf pour réparer et.. ma mission terminée.. un collègue m’avait déposé à la Bastoche  et j’étais rentré  à pinces par la rue de Charenton.. Il faisait beau et  par les fenêtres ouvertes.. j’entendais  les  commentateurs et les clameurs des postes de télé..

Pas un rat dans les rues.. Paname était figé devant  la télé.. c’était fin mai.. il avait déjà fait chaud en début de mois.. mais là.. il faisait encore plus beau.. Mais de là à penser que..

la constellation du chien..  tu parles..

En juin.. ça s’est mis à grimper.. grimper.. et quand arriva juillet.. alors là.. ça cognait.. une chaleur étouffante avait  nappé  la ville.. la limace collait sur les endosses.. et si le métro du matin sentait encore le déodorant.. le propre de la douche du matin… le soir..  c’était façon vestiaire..

Chemises et bouches grandes ouvertes.. on happait le  moindre  coup de vent.. comme un gardon sur un tas de ferrailles..

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Paris 1976 (1).

Nous  habitions, Mo et moi dans un  studio  de bonne taille qui, outre le fait d’être exposé plein sud, avait la particularité d’être entièrement vitré du sol au plafond sur toute sa longueur.. juste une grosse barre d’aluminium à mi hauteur pour permettre de  faire coulisser les fenêtres..

Au début..  ça fait tout drôle..  un peu les flubes de s’approcher de la fenêtre et même de s’appuyer..

Mais avec le temps.. et la certitude que c’était du solide….

J’avais collé du papier sur la partie basse afin de garantir un peu d’intimité vu qu’il n’y avait aucun rideau ni store..

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Paris 1976 (4).

Mais  de toute façon.. placé comme il était.. le vis à vis était le  mur en pierre du pignon des vieux immeubles qui longeaient la voie ferrée..

Nous étions le long de l’ancienne  voie de la Bastille.. (aujourd’hui  transformée en coulée verte). Et,  à part les chats ou des gamins,  rien ne se passait sur ces talus envahis par les herbes.. de l’autre coté..  l’avenue Daumesnil et ses immeubles.

La température dépassait les 30 degrés dans la journée.. et le boulot se faisait.. mais fallait s’accrocher.. tout collait.. la sueur au front..  suffisait de poser la main sur un papier et on repartait avec..

Comme cette pauvre femme  que nous avions repérée à la cantine.. elle  posait avec soin une serviette en papier dépliée.. sur le siège en plastique orange et, déployant sa jupe plissée en corolle parachute, se posait sur le siège.. Le repas terminé elle récupérait sa serviette et tout allait bien.. mais hélas pour elle.. il suffit d’une fois.. il faisait très très chaud ce jour là.. et quand elle s’est levée à la fin du repas.. Majax.. plus de serviette sur le siège..

Nous étions une bande de jeunes hommes.. costumes  cravate.. (obligatoire à l’époque..)  mais  l’adolescence  n’était pas si loin.. et bien sûr nous avons rigolé..

Je me souviens de cette pauvre femme.. digne.. mais cramoisie.. s’éloignant avec son plateau.. quand a-t-elle pu récupérer son précieux chargement.. la miche humide on avait.. comme on dit chez moi.. les rideaux collaient aux fenêtres.. le papier aux bonbons..

Il faisait chaud.. on allait de temps en temps en salle ordinateur (la seule climatisée) pour récupérer un peu.. mais je confesse que nous avons quand même passé pas mal de temps derrière  un demi au bistrot d’à coté..

Le soir venu.. quand  on réintégrait notre   sweet home.. une douce béatitude  nous attendait.. le thermomètre dépassait les  47  degrés  dans  le studio.. mes pauvres plantes.. des avocats que j’avais fait germer selon la méthode en vigueur étaient cuits.. séchés.. bon pour l’herbier..

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Paris 1976 (2).

Nous nous baladions sans presque rien.. à loilpé… nous nourrissant de trucs dits frais.. tomates ou fruits. guettant  enfin la presque  fraicheur du soir par les fenêtres ouvertes..

En face, de l’autre coté du boulevard.. une jeune femme.. nue.. tirait son lit sur le balcon et  se préparait à dormir..

On se serait cru dans une ville naturiste..  du sans textile partout.. la bouteille à la main..

l’Intermarché en bas était pillé.. la bière.. le coca.. l’eau.. tout était razzié..

J’avais trouvé chez le quincaillier à coté.. un petit ventilateur.. un truc qui lui restait..  et qui nous prodiguait un peu d’air façon sèche cheveux..  mais au moins un air mobile..  oui.. je me souviens de cette année là..

Il y a eu d’autres épisodes  de coup de chaud.. mais nous avions déménagé en banlieue.. plus d’air.. plus d’espace.. terminées l’avenue Daumesnil.. la place Rambouillet.. l’air  dense de la gare de Lyon..

Et puis bon.. avec le temps.. ça reste un bon souvenir.. punaise..

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1976-3.

S’il faut se taper ça chaque été avec le changement climatique..

On va planter des grands cactus cierges dans le  jardin.. et je vais m’acheter un sombrero..

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1976-5.

Vamos Chiquita..

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Publié 22 mai 2016 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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