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L’obélisque   93 comments

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Comme tous les gosses j’ai cru au père Noël..

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Cette impatience  le soir au coucher, un sommeil long à venir. .. et au matin la fébrilité.. . l’envie infernale d’ouvrir les paquets mêlée au désir que cela ne passe pas trop vite.. garder le plus longtemps possible la demi pénombre, l’odeur du sapin et des bougies que ma mère allumait peu de temps de crainte de voir s’embraser le sapin.. les chocolats.. avec de la crème dedans..

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Moi je m’empressais de  vérifier que le petit verre de gnôle que j’avais rempli la veille au soir était bien vide.. preuve indiscutable du passage du père Noël.. C’était un petit verre   à liqueur rose..  d’un petit service de carafe et six verres rapporté par mon père comme récompense d’un concours de tir..

J’ai cessé de croire l’année où ma petite sœur est née..

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Cette année là j’avais demandé un train électrique.. et quelle ne fut pas ma déception de voir au pied du sapin  un petit train   en tôle..  dont on remonte le ressort avec une petite clef et qui tourne inlassablement en rond jusqu’au ralentissement final où il faut retendre le ressort..

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J’ai été déçu.. très déçu.. mais le pire était à venir.. en allant jouer peu après avec un petit copain..  fils du pharmacien. Il m’avait exhibé son cadeau .. un train électrique .. avec des rails que l’on assemblait.. des aiguillages.. un transformateur pour réguler la vitesse.. des petites maisons.. des feux de couleurs..  une locomotive.. avec son phare.. des roues avec des bielles qui bougeaient.. bref.. mon rêve.

De retour à la maison je fis part de mon ressentiment à ma mère: « il est fou le père Noël..  à lui un vrai train électrique et moi un truc moche..’ ».

Ma mère m’expliqua que j’avais eu une petite sœur.. et c’est vrai  j’étais très heureux..  et que le père Noël avait partagé. Mais je lui rétorquais que lui aussi avait eu une petite sœur.. d’où ma perplexité et mon indignation.

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C’est ce jour là que ma mère m’expliqua pourquoi le père Noël du fils du pharmacien n’était pas le même que le mien…

En fait je fus content d’être un grand.. celui qui partage un secret à ne pas ébruiter.. je n’étais plus un gamin à qui on raconte des contes… mais je fus très triste d’ avoir peiné ma Maman en critiquant le cadeau …. Aujourd’hui encore ça me peine quand j’y pense … je savais bien que nous n’avions pas trop de sous.

Bien sur les Noëls ont continué.. je n’ai rien dit à ma sœur et j’avais encore cette impatience du matin.. et certaines fois je fus bon comédien

Plus tard.. bien plus tard, avec ma mère ,nous inventâmes un code pour qualifier les cadeaux.. Un moyen de savoir si on était satisfait ou plutôt.. bof..

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Dans un roman de E.M Remarque « l’Obélisque noir » que nous avions lu tous les deux.. il y a une stèle que le marchand funéraire  n’arrive pas à fourguer.. un truc qui ne plait plait pas.. un rossignol on disait avant.

Et quand venait le temps de la vérité sur un cadeau.. ma mère me demandait.. c’est pas un obélisque.. ? tu jures..

Le dernier obélisque qu’elle me fit .. j’en ai gardé quelques éléments quand il s’est agit de vider la maison après que… Une petite chose de rien.. qui partira avec moi.. sans que personne se doute pourquoi j’ai gardé ce petit truc… qu’importe. Quand je lui avais dit que c’était un obélisque.. je la revois me dire.. oui je m’en suis douté quand je l’ai acheté.. nous avons bien ri.. comme elle disait « c’est le geste qui compte ».

Oui, c’est le geste qui compte.. Mais le gamin, le geste, il s’en fiche.. il veut son plaisir, son rêve d’avoir demandé au père Noël et d’avoir eu ce qu’il voulait… Mais plus tard.. quand on est grand..  même bien grand et que la tête est plus pleine de souvenirs que de grands projets à long terme..

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C’est sûr.. j’aimerai bien revenir au temps de l’obélisque..

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Marc

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Publié 29 décembre 2019 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc

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