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Les avions et moi.   56 comments

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Nous  sommes partis d’Orly à l’heure..

le ciel était bien couvert..

le décollage nous a  fait rapidement traverser cette couche de nuages..

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Et nous nous sommes  retrouvés au dessus de cette mer  cotonneuse.. une étendue de mousse. .  il y avait encore quelques  longs nuages  au dessus de nous.. le soleil  était déjà bien bas sur l’horizon et s’échinait à nous fournir toute sa palette de rouge orangé..  version cartes de Noël d’avant.. celles avec la maison qui  fume et  les petites paillettes dorées qui se décollent..

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Mo, comme d’usage, bouquinait près de moi.. l’hôtesse circulait dans l’allée centrale.. bref.. de l’habituel..

Mon regard errait sur ces couches molletonnées.. aux dessins réguliers..  lignes .. petits dômes.. crevasses d’une régularité   humaine.. m’imaginant survolant le pôle ou quelque zone arctique..

Etre là haut.. dans une machine volante.. volant vers le soleil..

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Mon premier contact avec un avion fut terrifiant.. un avion  à réaction  comme on disait alors.. passa  sans prévenir au dessus de la maison.. un rugissement.. j’eus tellement peur que je me suis réfugié sous la table de cuisine..  mon père qui était dans la cour.. lâcha :  « Ahh il a dû passer le mur du son »..

Une image  me traversa l’esprit.. un avion qui fonce dans une meule de foin.. étrange..

Pour moi  les avions c’étaient ces machines que l’on voyait  loin, loin la haut dans le ciel.. et qui le traversait lentement d’un bout à l’autre de l’horizon.. en faisant  « waon waon waon »..

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Mon père me racontait que pendant la guerre..  le ciel en était rempli.. que l’on  pouvait reconnaitre au bruit du moteur si c’était un ami ou un ennemi..

Et que les  raids américains en couvraient le ciel..  le premier passait l’horizon d’un côté.. qu’il en surgissait encore de l’autre coté..

L’été.. allongé dans herbe..il y en avait toujours un dans le ciel.. « waon waon waon »..

Et puis le temps a passé.. gamin, dans mon lit sous les toits le soir.. étant près d’Orly.. je savais distinguer un Vickers Viscount et son sifflement caractéristique d’un gros Constellation.. ou les  avions de la Postale..

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Puis vint le temps du réacteur.. le Comète.. puis la Caravelle..

La première fois que je vis cet avion..  je m’en souviens bien.. Il faisait des essais sur Orly..  sidérant.. un avion avec les moteurs  à l’arrière…

Ma vie s’est poursuivie.. accompagnée  d’histoires d’avions..  bandes dessinées..  Spirou et l’oncle Paul.. Buck Danny.. les romans.. St Exupery.. Chennault.. les tigres  volants..

Le service militaire.. laver les Mirages III..  poser les parachutes  de queue.. charger les Transall…

Puis un beau jour de juillet  68.. la vie active dans une compagnie aérienne Française…

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Tout s’était accéléré.. le Super G  disparut au profit des 707.. que l’on baptisait.. « Château de Chambord.. Ville de  Blois.. »

Le 747 .. Jumbo.. énorme.. hors normes  à l’instar de l’A380.. qui devrait être appelé « Mammouthjet ».. le 747 bouscula tout..

Il fallu revoir les hangars..les aménagements.. le travail en piste..

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Il y a quelques jours c’était l’anniversaire du premier vol Concorde..

Ahhh  Concorde.. un avion superbe..  hélas associé à un terrible drame..

Tous les jours à 11h15.. il donnait le signal du départ à la cantine..

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Pour aller  à Maurice.. on survole la nuit des villes dont les noms s’égrènent dans les romans de Monfreid..  ou  plus près hélas.. dans l’actualité..

« Khartoum.. Addis Abeba.. Mogadiscio.. Dar es salam.. »

On survole  le désert et des énormes taches de lumière nous  montrent ces villes.. je m’imaginais des endroits minuscules.. mais ce sont des taches énormes.. des villes pleines de lumières.. des rues.. des artères..   Et puis le sombre.. le rien..  et parfois.. une lumière.. ou deux.. un bout de route éclairé..

J’éprouve  cette même sensation que dans les trains de nuit de mon enfance.. derrière ces lumières.. ce sont des vies.. des gens  qui sont là.. ensembles..  et nous.. nous passons..

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En survolant la corne de l’Afrique.. et ses zones désertiques..  rien.. le  ciel monstrueusement étoilé.. en bas c’est le désert.. le sable .. les cailloux.. les rochers.. Et puis pour nous rappeler nos origines..  ça et là.. une lumière.. comme il y a  100 000 ans le feu..  des gens sont là.. vivent.. partagent.. échangent..

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Là haut les étoiles..  le feu clignotant  rouge  ( ndlr : ou vert) du bout de  l’aile.. parfois les phares de l’avion..  les réacteurs.. les moteurs qui tournent..  on pense à Mermoz.. l’aéropostale.. quand ils survolaient le désert vers Cap Juby avant de se lancer pour la  grande traversée… Ce ne sont pas quelques lettres qui poussaient ces hommes d’exception à risquer leur  vie.. les  pirates du désert.. le pot au noir.. les montagnes énormes des Andes.. la neige.. la panne de moteur..  Qu’est-ce qui les poussait.. à faire ce qu’aucune bête n’aurait fait…

Le gout de voler.. surement.. l’exploit.. probablement. .  mais sans aucun doute ce qui pousse chacun d’entre nous  à faire  ce que nous devons faire.. à le faire bien.. au mieux..  le faire coute que  coute..

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Bien sur eux payaient de leur vie.. comme d’autres aujourd’hui dans leur  métier…

Dehors il fait  moins 55 ou moins 60 degrés..   l’avion a séjourné des heures sur la piste  surchauffée.. et l’ensemble supporte ces  variations de température.. dans  le cockpit du  Concorde on voyait nettement l’allongement de la  cabine..  ( le fuselage s’allongeait de  20 cm).

Depuis Pilatre de Rozier, Ader.. combien   sont morts.. pour que je puisse rêvasser sur mon siège de cet ATR qui nous emmène vers Lorient..

Combien d’exploits.. humains.. techniques.. combien de sacrifices.. Combien de progrès  ne verrai-je pas.. on parle d’avions fusées..

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Tiens.. on arrive à Lann Bihoué..

on va retrouver notre Twingo..

« waon waon waon »…

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Marc

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Publié 26 novembre 2017 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc, Voyages

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Roissy…   43 comments

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…quand j’y travaillais.

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Mo  est en panne de sujet de blog.. sans  son jardin..elle est comme Antée sans sa terre.. ses synapses ne fonctionnent plus très bien.. alors elle m’a interrogé du coin de l’œil  .. et je sais très bien ce que cela  signifie.. faut que je fasse un texte..

allez.. s’il te plait..

Et moi aussi  je suis  en panne.. bien sûr, j’en ai des anecdotes.. … mais bon.. certaines pas trop racontables..

alors je me suis dit que j’allais parler  d’une partie importante de ma vie..  la route pour aller au taf.. en fait.. la route.. les embouteillages.. j’y ai passé plus de mille jours.. (en comptant trois heures par jour..  ce qui est une  moyenne)

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Autoroute1

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Au début .. il y avait moins d’autoroutes.. pas d’A104.. pas d’A86.. et Roissy   n’existait pas.. mais petit à petit.. vint le temps de l’autoroute… l’autoroute urbaine..un monde étrange.. qui vit.. des artères qui se croisent.. se joignent.. se fusionnent.. où les véhicules seraient les globules.. les lymphocytes… suivant la taille..  avec de la fluidité.. de la tension.. des bouchons..des adénomes.. ça s’embolise.. un flot qui ne se ralentit que la nuit.. entre 01h00 et 05h00 du matin.. à 06h00.. c’est reparti.. jusqu’à 21h00..

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Les panneaux.. qui informent.. précisent : «  Bouchon.. ralentir pollution ».. inquiètent : « Risque de verglas » ..rassurent : « Salage en cours » ruinent l’espoir : « A86-A4.. 01h55 ».. ou pire : « A104 fermée Accident prendre prochaine sortie »..

Un monde sans pitié.. faut suivre.. s’immiscer.. s’intercaler.. gare à toi si tu es au milieu de l’autoroute et  que tu veux sortir à droite.. fallait y penser avant… font pas de cadeau … et quand tu arrives aux embranchements.. tu   passes de l’état  tranquillos  à droite.. pour aller rejoindre six files à  gauche la file de gauche où précisément ses  usagers veulent aller à droite.. l’habitué y file à toute vitesse.. mais le malheureux qui ne  fait que passer.. qui veut aller au Sud .. et qui voit  sur les panneaux bleus..   « Bordeaux..Bobigny..Nantes..  Paris Est.. A104 Marne la Vallée.. »

il a trois secondes pour décider.. son choix va le mettre sur la bonne voie.. ou le perdre.. c’est vrai aujourd’hui.. il y a le GPS…

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taxi

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La file de gauche est celle des taxis… c’est par centaines  qu’ils rejoignent l’aéroport… sans doute pour y célébrer un quelconque culte au Dieu « Rongeur » (NDLR  Rongeur: le compteur en Taxlangue) car ils ne sont pas tous dotés d’un passager…  et là deux catégories… le forcené … mu par une pulsion de service qui roule à 140 pour livrer son paquet dans les temps… et l’autre « el glandouillos » qui maraude sur la file de gauche à 80 km/h…   et  prend la mouche au moindre coup de phare destiné à lui rappeler le bon usage de la file de droite… le coup de phare faisant suite à l’annonce urbaine de l’intention de passer par un clignotement gauche resté sans effet…

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A droite… les camions… à la queue leu leu… d’origines diverses et variées… ils filent vers le nord… dans un grondement… de pneus …  et de toiles… de haubans qui claquent au vent… file de droite ininterrompue… où la distance  requise de 50 m est respectée…mais dans une autre unité… 50 cm… sûrement pas… mais 50 pouces… plus probable… l’arrière est orné d’un  « long vehicle »qui permet en effet de vérifier ce que l’oeil perçoit… putain il est long ce con… parfois la nuance est plus méditerranéenne… « vehiculo longo » comme Janie…

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La file du milieu étant celle du « tout venant » avec sa cohorte de rombiers du matin… patrons en grosses berlines… ouvriers… et le top…la camionnette blanche…  parfois  acoquinée d’ une remorque sablo-bétonnière dont l’effet brinqueballant incline à dépasser au plus vite… les camionnettes blanches  sont une espèce à part…moteurs puissants dont le conducteur n’étant pas le propriétaire… ils s’autorisent un comportement plus digne du cirque Pinder que celui stipulé par le code de la route et la cohabitation humaine… l’habitacle est occupé en général par trois personnes… l’un conduit…les deux autres somnolent…

ces gros coléoptères blancs sont dangereux…  rapides …lourds…hauts perchés… ils bafouent le code…changent de file…collent… bien entendu ces véhicules ont été  traités « sahariens » et les clignotants ont été remplacés par de l’eau potable… et en disant de l’eau… on reste  disert… il arrivait dans le temps… que  la phase d’imprégnation débutait par un café  calva.. et se poursuivait par le blanc limé… puis le blanc tout court… pour passer ensuite vers midi au jaunet… mais bon..comme dit la pub.. ça c’était avant… on va dire..

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Gros camions

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Mais laissons là ces considération oenologiques… et revenons à la route… il faut donc choisir son clan… la file de droite a de nombreux avantages… bien calé entre deux camions… elle permet de terminer sa nuit en somnolence bienveillante…  « vehicolo longo » devant ouvre la route… et l’autre derrière la ferme… ce convoi permet d’éviter les agressions de droite des véhicules entrant sur le ruban…toutefois… le risque est grand en cas de freinage brusque… car on éprouve très rapidement… le sentiment qu’éprouve le jambon affolé qui voit arriver le pain… il y a parfois une phase de jouissance extrême… c’est quand un congénère camion …double le convoi… à un instant… c’est Poitiers… prenez garde devant… prenez garde derrière…prenez garde à gauche… le monde d’un seul coup est réduit à l’état de pare chocs… de roues…de pneus…d’écrous… le plaisir pervers d’examiner les dessous d’un camion… les câbles…durites et autres artères acheminant  l’hydraulique … les palettes bien rangées en dessous…les chaines… le seau qui  balance…. il est bon d’imaginer que tout ça va franchir les cols Afghans…ou autres routes de Turquie… pendant un long moment… c’est la crainte mêlée de plaisir  de se ressentir tout petit… minuscule.. qu’il ne fasse pas d’écart… qu’il ne freine pas… que la route reste bien droite… on a les  écrous de la roue à la hauteur des yeux.. et il dépasse .. lentement.. longuement.. on  a le temps de savourer.. il passe à moins d’un mètre.. faut pas dévier.. pas frémir.. la main ferme et  souple sur le volant..

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Camions pluie

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quand il pleut..le « plaisir » est encore plus intense..  une gerbe d’eau   douche le pare brise.. occulte.. les essuie-glace se rendent.. abandonnent .. abdiquent.. alors faut   lorgner la ligne blanche à droite.. eh oui… c’est ça le monde de la file de droite…
C’est la route du matin… la file de gauche dangereuse… rapide… nécessite comme les pieds du soldat… une attention de tous les instants… il faut surveiller les feux qui s’allument loin devant…la voiture de la file du milieu qui déboite sans  prévenir… les motos plein phare qui circulent entre file de gauche et file du milieu… c’est la file des coups de frein subits…  celle où on ne peut somnoler… qui réveille…
En fait celle du milieu … je ne la connais guère… je ne la fréquente pas… dangereuse car soumise aux agressions dextres et sénestres… père prenez garde à droite.. prenez garde à gauche… elle n’est pas un refuge… on y reste …coincé… bloqué…ne pouvant  aller à droite ou à gauche… comme un bovin soumis aux caprices du gaucho… file droit…doux… ne t’écarte pas de la ligne… eh oui… ce ruban sinistre aux usages  bien établis qui amène sur le lieu de travail…

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Zone aéroportuaire

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La zone aéroportuaire… qui déjà telle Charlemagne fait le tri des élèves… les camions à gauche direction Lille… les taxis au milieu direction le terminal… les autres à droite… ceux là sont des initiés… qui se reconnaissent dans la terminologie amphigourique de la zone.. « Sp1…Sp2…zone centrale Est… fret1 »… il faut y être né… l’avoir vue évoluer… on y rencontre parfois…un malheureux égaré qui cherche l’autoroute du Nord… peut être y en a-t-il qui n’en sont jamais sortis…cette zone est un autre monde…celle des navettes aéroportuaires….. de la patrouille de l’air et des frontières… de la douane…  les petites routes anodines et innocentes qui serpentent entre les bâtisses… sont si dégagées que le malheureux ignorant est tenter d’y faire rugir son moteur… funeste erreur… ces routes ont parsemées de signaux rappelant la vitesse limite… et du corolaire… la voiture banalisée… la voiture avec radar… combien de malheureux ont expié sur l’autel de l’excès… en fait… une voiture qui roule à 50 sur ces chemins droits et libres est soit un habitué…soit un piège à roulettes…

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Lapins.

En fait elle est agréable… les routes sont bordées d’arbres… de zones herbeuses bien entretenues… de champs de genêts qui au printemps…étalent leur couche de jaune éclatant sur ce paysage … c’est le paradis des lapins…  il y en a partout… le long des pistes… dans les zones dégagées… lapins besogneux qui creusent terriers et galeries…minant le sol comme teuton durant la grande guerre… ils payent un lourd tribut au dieu bagnole… combien de  jeunes lapereaux ont payé de leur vie une curiosité maladive… une adaptation de la nature au modernisme.. le choucas ne s’effraye pas du bruit hurlant des réacteurs…pas plus que l’émouchet guettant la musaraigne… tout ce  petit monde est habitué au bruit… à la fureur… finalement.. nous aussi…  les « spotters » (NDLR : collectionneurs qui prennent  en photos avions et empennages…l’objectif étant de posséder la dernière  publicité sur un avion…le dernier type avion…),  eux  sont encore aux aguets… zoom d’un mètre sur le trépied… l’autochtone lui n’y prend plus garde… il a muté… il est de la zone…aéroportuaire…. c’est son monde..son quotidien.. on ne  fait plus guère attention à l’avion qui longe la route.. ou qui passe sur le pont au dessus.. c’est habituel….

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Autroroute4

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Chaque matin..durant des années…. qu’il pleuve.. qu’il vente.. qu’il neige.. 43 km   à se taper.. pour aller au taf.. bah c’est pas un drame.. il y a bien pire.. mais j’ai eu de la chance..

pas un carton.. pas un accrochage.. j’ai pourtant eu droit à  pas mal de choses.. le matelas et le sommier qui se décroche de la galerie.. le pneu de camion qui éclate et la bande  de roulement qui vole.. le camion de bois  qui sème ses troncs comme des allumettes qui tombent d’une boite.. le container trop  haut sur la plateforme..le camion passe.. le container   lui..  tape le tunnel et  reste à l’entrée.. le bateau du vacancier qui  quitte sa remorque..

c’est vrai que dans ces moments là. quand on freine.. .le coeur tape..les jambes tremblent.. ça se passe tellement vite…

 

Oui.. j’ai eu du fion.. aujourd’hui.. je ne roule  plus beaucoup.. les gens me  paraissent  complètement excités… j’ai vieilli..  mais quand j’y repense..  il m’arrive de regretter le soleil levant sur les pistes.. l’avion qui part  pour une destination qui fait rêver.. l’odeur du kérosène..

Bah.. c’est la vie..

Marc

*** Presque toutes les photos ont été prises depuis la voiture sur le trajet du boulot.

Publié 11 octobre 2015 par Leodamgan dans Prose à Marc

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