Archives de la catégorie ‘vacances

Notre sentier breton   91 comments

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 Il est  un temps où l’on doit payer..

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payer à notre corps les excès que nous lui avons fait subir..  Doucement mais surement il se venge… avec son allié l’âge il triomphe… il exulte..

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Nous avons enfin retrouvé notre sentier côtier, abandonné depuis  au moins deux ans…  Marc a retrouve des genoux neufs en titane.. et moi le dos m’a accordé une permission.. Certes nous avons repris doucement, mais ce fut comme des retrouvailles.. les  pierres.. les arbustes  penchés.. les rochers…  tous nous ont dit bonjour…

Ce chemin côtier depuis la barre d’Etel, serpente, chemine et guide le promeneur jusqu’à la grande plage de Plouharnel.. L’idée serait un jour de  pouvoir aller de Gavres à Quiberon… C’est un chemin qui longe la côte, juste derrière l’ultime dune.. abrité  du vent et écrasé de soleil en été…  

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ravagé par la mer l’hiver quand elle se déchaine et passe par-dessus ce  fragile rempart…. déversant des tonnes d’eau et de sable …

Seuls piétons et bicyclettes y  sont autorisés, parfois nous croisons des militaires..  barda sur le dos.. le chef devant.. avec juste sa boussole et sa petite carte..  et eux..  en groupe.. au pas de course.. suants.. soufflants..  mais en groupe.. unis..

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La  zone dunaire  est protégée, la faune et la flore y sont admirables.. uniques.. on y observe nombre d’oiseaux, mammifères..  fleurs..  

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une quantité importante de lapins.. source de repas plus copieux pour les plus grands oiseaux de proie.. 

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le petit émouchet se contentant de prises plus modestes..

Combien de temps cette zone dunaire résistera-t-elle à la cupidité « promoteuresque… »..

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A l’instar des lapins qui creusent leurs terriers…

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Il s’y trouve également des vestiges d’une période plus sombre..  casemates, bunker.. vestiges qui montrent que le béton reste, hélas, un élément pérenne  contre les éléments naturels.. Il faut reconnaitre que, sur cette côte, ils ont fait  fort nos  maçons d’outre Rhin … peut-être qu’exiger un loyer pour ces constructions sauvages.. qui, certes aujourd’hui, assurent d’autres fonctionnalités que celles pour lesquelles elles furent  édifiées… ne serait pas usurpé.

Il n’en demeure pas moins vrai qu’aujourd’hui encore.. il arrive des accidents avec certaines trouvailles….

La nature fait son œuvre.. petit à petit..  grains après grains.. rouille après rouille.. elle   mettra du temps .. mais le temps viendra.

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 Nous avons repris nos marches.. moi devant et Marc derrière..  il  me sert d’abri à cyclistes.. certains se considérant sur une piste de vitesse.. ils passent en nous frôlant..   nous arrivant dessus comme  un  kamikaze .. Le moindre écart est synonyme d’accident grave.. Il y a bien une épithète pour les  qualifier.. mais  oserai-je ..  en trois lettres..  avec un  « o »..

Il y a deux catégories de gens sur ce sentier.. et en fonction de la saison, la différence est remarquable..  quand le temps est au gris.. au vent.. au froid..  les  gens  se croisent et se saluent.. On arrive à revoir les mêmes visages.. les mêmes  couples..

Quand arrive l’été..   le ton change.. rares sont les bonjours… visages sont fermés.. vélos neufs..  tenues directement sorties du magasin.. c’est le temps où le sentier ne nous appartient plus..  il est en libre service.. papiers.. mouchoirs.. clefs de voiture…

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J’avais éprouvé ce sentiment de complicité quand nous faisons nos randonnées dans le Queyras.. souvent en croisant d’autres sacs  à dos..  ils  nous est arrivé de nous arrêter.. échanger.. et même boire un coup.. et puis repartir.. comme si la montagne.. la marche.. le chemin..  redonnaient aux gens  le sens profond qui sans aucun doute est au fond de chacun de nous..  la fraternité..

L’âge nous a fait quitter la montagne.. reste ce sentier.. ai-je tort d’y croire encore à ce sentiment.. en tout cas..  la belle saison n’est pas si belle que ça.. Il est beau ce sentier.. ses  genêts..   depuis combien de temps existe-t-il..

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peut-être mettons nous nos pas dans ceux de Cadoudal..  et même de ceux qui ont aligné leur présence.. que ce soit à Kerzerho  ou à Carnac…   s’il pouvait nous raconter..

Il faut être humble sur ce sentier..  savoir imaginer.. retrouver… profiter de ce don de la nature

Et  si  chacun devait y passer pour simplement.. plus tard..  garder cet usage…en se croisant, dire simplement :

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« Bonjour ».

Marc

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Publié 5 septembre 2021 par Leodamgan dans Bretagne, dunes, Etel, Non classé, vacances

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Les Landes, les lacs (partie 3)   91 comments

Il y a dans  ce coin une quantité importante de lacs dont certains de bonne taille..

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d’autant plus grands aux yeux du  gamin que j’étais. Ces lacs portent des noms dont je ne pourrais donner la signification : Garros, lac du Turc, Yrieux… Celui qui était près de notre maison, les gens l’appelaient la Laguibe.

A l’époque elle était très poissonneuse en particulier grâce à des importations de poissons Nord Américains.. le blackBass et le Calico-Bass.

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blackbass

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Le calico-Bass.. perche soleil en français est un poisson qui ne devient guère plus grand qu’une main.. pour les espèces acclimatées dans le sud ouest.. mais c’est un poisson doté d’une voracité extrême qui, en fait, s’est révélé être un fléau pour l’équilibre halieutique.

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Nous n’étions que des amateurs débutants.. mon père avait investi dans du fil, quelques bouchons et des pochettes d’hameçon.. pour les cannes nous coupions des bambous du bord du chemin.. en faisant attention de ne pas les prendre trop verts..  car trop lourds et trop cassants.. La pêche est l’école de la patience, ça commence par la canne.. il  faut attendre que le bambou sèche.

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La laguibe

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Nous partions le matin à la fraiche.. et après quelques instants de marche, nous trouvions notre poste usuel, un bon plan d’eau abrité du vent et pas trop envahi de nénuphars..

J’avais le souvenir olfactif de plantes du bord de ce lac.. nous avancions sur un tapis moussu, élastique sous nos pas  comme une éponge humide et dégageant une odeur unique et spécifique à ce coin, une odeur qui s’est incrustée dans tout mon être.. Je pensais ne jamais identifier ce parfum, et il y a quelques années, au hasard d’une commande de plantes aquatiques, en ouvrant le colis… les images me sont revenues comme si je remontais le temps..

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Menthe aquatique

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C’était de la menthe aquatique. ce tapis d’herbe humide du matin qui s’enfonçait  sous nos pieds… c’était ça.. tout simplement..

Quand nous rentrions le midi avec notre pêche  nous avions sur les mains ce mélange d’odeurs et ces petites plaques argentées d’écailles de poisson collées de ci ou de là comme sur le costume pailleté d’un artiste  de cirque.

Une odeur de poisson, de menthe, d’herbe et de la sciure des asticots..

Les asticots étaient vendus « à la mesure ».. dans de la sciure..

il faut réinvestir souvent car les asticots mutent rapidement et une boite un peu ancienne devient vite une boite d’énormes mouches bleues que l’on entend bombiner à travers les trous de la boite en plastique…

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Le plus souvent mon père optait pour les vers.. il fallait retourner le fumier pour trouver de gros lombrics gras et dodus mais bien trop gros pour la gueule du calicobass.. les vers étaient réservés pour le black bass.. le black comme ils disent.

Il faut faire un pelote de vers sur un hameçon de  bonne taille et descendre cet appât  gigotant et tortillant entre les feuilles de nénuphars quand le soleil commence à chauffer.. descendre doucement.. tester chaque trou avec patience.. la sueur sur le front, les  crampes dans le bras tant le bambou est lourd.

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Alors parfois, on déchaine l’enfer..  ce superbe poisson qu’est le black bass ouvre une gueule démesurée, et dans un grand « blop » caractéristique,  happe la pelote d’appât.. et d’un coup..  la sérénité du lac est troublée.. le poisson saute  hors de l’eau.. se débat dans une gerbe d’éclaboussures.. file vers  l’amas de branches qui est son refuge.. la canne plie.. il faut donner du mou pour épargner le fil.. mais pas trop.. résister suffisamment.. ne pas se  hâter mais l’empêcher de gagner les coins inextricables  où il sait que le nylon va se rompre, coincé dans une racine..

C’est un poisson noble.. courageux qui lutte avec  force.

Plus âgé, quand il m’est arrivé de reprendre des blacks, seul le premier  finissait au four (car c’est un poisson délicieux), les autres, je les remettais à l’eau.

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Lac du Turc

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En fait, je dis que j’aime la pêche, mais je crois que c’est l’ambiance de la pêche que j’aime.. que ce soit  l’atmosphère des lacs le matin quand ils sont en brume fumante au petit jour.. la surface  immobile jaune du pollen des pins.. seuls le cri de la poule d’eau ou le martèlement du pic rompent le silence.. l’attente, le guet..

ou plus récemment, les yeux rivés sur les gros moulinets.. l’odeur du diesel et le balancement du bateau que les deux moteurs de 450Cv propulsent en trainant les énormes appâts.. dans l’attente incertaine du marlin suicidaire…

J’ai toujours eu de la peine pour les poissons…

Dans le roman d’Hemingway le vieil homme dit fréquemment.. « je n’ai rien contre toi poisson.. »  oui, je n’ai rien .. hormis un à pêcher pour le plaisir du gout qu’est-ce qui nous pousse à aimer la pêche.. qui fait que le cœur bat quand on sent le poisson se débattre au bout de la ligne.. penser que la ligne peut se rompre.. qu’on peut le perdre sans le voir et que c’est ainsi.. la règle…

Mais quand il est dans le fond de la  barque ou du bateau vaincu et sanglant.. j’avoue que je n’ai plus de plaisir.. j’ai de la peine.. de la honte d’avoir arraché à la nature un élément qu’elle a mis du temps à construire..

Gamin  je ne me posais pas toutes ces interrogations.. je  faisais secrètement le concours pour en attraper plus que mon père.. ou des plus gros.

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Poisson fariné à frire

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Quand nous rentrions,  ma mère les vidait.. il fallait les rouler dans la farine et les passer à la friture.. on mangeait ça le soir avec du sel.. dans un plaisir partagé, mon père lançait sa phrase favorite : « vivre du produit de sa pêche.. ».

C’est vrai que cela économisait l’achat de viande même si ma mère se désolait de voir sa bassine d’huile destinée aux frites se transformer en bassine pour les fritures de poissons.

Au delà de la taille de la friture ma mère  n’intervenait pas. Autant elle était capable de vider un poulet, chose que je serai sans doute infichu de faire aujourd’hui sauf en cas de grande disette, sur les poissons de bonne taille, elle était pétrifiée à  l’idée de les ouvrir et de les vider d’autant que les  bestioles  pêchées à la dernière  minute avaient coutume de s’agiter en ultimes soubresauts sur la paillasse de l’évier ce qui déclenchait des hurlements  ainsi qu’un repli stratégique en dehors de la cuisine.. le tout ponctué de « ah non je ne peux pas.. je ne peux pas.. ».

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J’ai donc appris jeune à vider un poisson et acquis une parfaite connaissance du système natatoire ainsi que des parties de peau noire qu’il convient  d’enlever.

Les lacs et la pêche dans les Landes sont intimement liés dans mes souvenirs, le bord de mer se résume en grosses vagues, énormes troncs pour se protéger du vent chargé de millions de grains de sable.. et trempotage hasardeux dans le reste d’écume laissé par des lames bien trop importantes pour un gamin.

Les lacs dans les Landes, c’est d’abord  l’accès, l’approche.. le plus exaltant prés de la maison,

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Lac d’Yrieux

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le plus sauvage était le lac d’Yrieux.. propriété de je ne sais quel groupe d’actionnaires, il y était interdit d’y pêcher en barque, mais la pêche du bord y était tolérée..  et même si elle était interdite je ne sais pas si un garde chasse (si tant est qu’il en existât) se serait risqué de mettre une amende.. il parait  que dans ces cas là, les cabanes ou autres granges brulent avec facilité..

Donc il fallait accéder à ce lac par un chemin  peu tracé à travers les sous bois de bruyères et de fougères.. ces  fougères sont  hautes.. vertes au printemps et roussies à l’automne..

Emprunter ces chemins le matin  était pour moi comme participer à la création du monde.. l’odeur des aiguilles des pins humides de rosée,  parfums de résine..  les bruyères .. un sol souple.. élastique.. et puis au détour d’un entrelacs de fougère.. la surface du lac.. fumante.. lisse.. jaune du pollen des pins comme si on y avait saupoudré de la fleur de soufre..

Le chant du coucou.. et le martèlement d’un pic au loin..  avec soudain  un grand bruit d’éclaboussure,

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preuve indiscutable  de la présence de poisson.. de gros poisson..

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(A suivre, courage à vous, plus qu’un épisode et c’est fini).

Marc

Publié 25 juillet 2021 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc, vacances

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Les Landes à vélo (partie 2).   85 comments

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Nous avions deux vélos, mais mère avait sur le porte bagage une petite chaise pour enfant destinée à ma sœur. Moi,  je m’asseyais sur le cadre du vélo de mon père.. les années suivantes.. grandissant.. j’avais eu droit à : primo l’achat  d’occasion d’un vélo  à ma taille et secundo d’avoir droit à le voir expédié.

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Mon premier vélo avait été un petit vélo bleu qui me permettait d’aller au marché chercher quelques denrées et surtout d’aller voir la marchande de beurre dont j’étais tombé amoureux.

Ma mère n’a jamais été très rassurée sur un vélo. Si elle était capable d’assumer une ligne droite et ce sur de longues distances  elle perdait rapidement son assurance face au moindre incident de parcours et à la moindre incongruité.

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Ma sœur avait beau lui  hurler des « vas y Bobet »  depuis le porte-bagage.. ma mère peinait et souffrait sur la route de la plage.

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Un malveillant serpent traversant la route l’a même fait valdinguer, elle, le vélo et ma sœur hurlant dans le fossé..

Ce stupide reptile choisissant le moment où elle arrivait pour traverser la chaussée. Bien sûr ma mère a paniqué, déjà devant la soudaineté  de l’intrusion  et ensuite une répulsion naturelle l’a poussé à vouloir déclencher deux manœuvres.. un coup de guidon et un coup de  frein.. manœuvres que son inexpérience n’a pas pardonné..

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Cet épisode du serpent a d’ailleurs marqué une forte perte de motivation pour affronter quotidiennement les cinq kilomètres qu’il fallait parcourir pour arriver sur la plage. Outre la distance, les landes ont cette particularité d’être le coin le plus chaud  de France métropolitaine que je connaisse.. j’ai eu chaud à Toulon.. très chaud au bord du Gapeau à guetter le chevesne.. très très chaud même..

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Mais jamais comme sur cette  route  bordée de pins.. qui menait à la plage.. se l’affronter à l’heure du déjeuner relève  plus du parcours disciplinaire de Biribi que de la promenade rieuse sous les frondaisons d’une route bordée de platanes.

La route était longue et se terminait par une zone dunaire où les végétaux disputaient âprement leur survie au sable et au vent, qui  il faut bien le dire, peut être particulièrement violent.

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A cette époque les traces  de l’occupation et ses  alignements  de blockhaus étaient encore très fortes.

Aujourd’hui  on trouve toujours ces cubes de béton a usages multiples, supports d’expressions, toilettes, etc.. mais le plus souvent  sous l’effet  de l’érosion , de la corrosion  , des tempêtes d’hiver  des mouvements de la dune  ce sont des édifices  cassés, corrodés .. (j’en ai vu des transformés en habitation dans le Nord).

Mais à l’époque, tout était encore en place.. on trouvait  les affuts des mitrailleuses.. des douilles d’obus .. le temps avait commencé son œuvre, tout était encore très présent, ce n’était pas encore une évocation d’un épisode de l’histoire… c’était encore le témoignage d’un départ à la hâte.. mais aussi la marque d’un travail gigantesque de béton et de ferraille..

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Ce qui était remarquable aussi c’étaient les billes de bois échouées sur la plage.. des troncs énormes sans doute tombés de quelques grumiers car mal arrimés.

Je savais par le magasin Guyenne et Gascogne que nous étions en Gascogne.. mais je n’avais pas encore  la perception des tempêtes qui peuvent se déchainer.. l’océan se résumait pour moi à la bande humide d’estran où l’écume venait à loisir massacrer mon château de sable

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Les vagues étaient trop fortes pour moi, j’admirais mon père qui osait aller se tremper avec de l’eau jusqu’au torse acceptant le déferlement de cette masse d’eau qui m’impressionnait.

Le plus souvent nous étions ratatinés derrière un tronc d’arbre, maigre abri face au vent qui nous  abrasait de ses milliers de grains de sable. Mon père essayait avec des branches et un morceau de toile de compléter notre abri.. mais  le repas de midi crissait sous la dent.

Parfois il faisait si chaud que ma mère gardait la chambre dans la pénombre, un gant de toilette sur le front.. une cuvette à proximité.

Je me souviens d’une fois où, avec mon père nous  avions affronté la route de la plage.. sous un soleil digne de Bidon V mais  le sable était si brulant sous nos pieds que nous avions dû battre en retraite.

Petit à petit, la distance, la chaleur nous a éloigné de la plage , mon père s’est alors tourné vers la pêche dans les lacs.

(à suivre).

Marc

Publié 18 juillet 2021 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc, vacances

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Les Landes (partie 1)   78 comments

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Si je ne compte pas mon séjour Savoyard étant petit môme, séjour médical pour soigner mes bronchioles jugées fragiles par les Diafoirus de l’époque, mes premières vacances, mes premiers congés payés datent des années 50.. sur la côte Landaise.

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Je crois que ce furent aussi les premières pour mes parents qui avaient dû retrouver un peu d’équilibre budgétaire après l’achat en 47 d’une maison en banlieue, considérée alors comme la campagne, achat vivement recommandé  également par les médecins de l’époque comme incontournable pour la sauvegarde de mes bronchioles.. l’appartement de la Rue des Gravilliers ayant été jugé impropre à leur reconstruction.

Bien sûr mes pauvres parents ne possédaient pas la queue d’un et l’argent avait été prêté avec intérêt par le grand-père qui avait vu là sans doute, l’occasion d’un petit rendement sur des redevables exploitables à merci.

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Donc, par l’intermédiaire d’un copain de régiment et c’est sûr que la période précédente avait été l’occasion de tisser des liens, mon père obtint l’adresse de gens qui louaient une partie de leur maison sur la côte Landaise. En fait si les chambres à coucher étaient  effectivement indépendantes, c’était cuisine commune, il fallait partager la cuisinière, et l’âtre. Comme gamin, je n’ai pas eu conscience que cette promiscuité et ce partage soviétique puisse poser problème, je me souviens que ma mère avait quelques réticences sur l’état de nettoyage des casseroles, mais ça moi..

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Moi, je me souviens simplement des odeurs et du chant du jambon dans la grande poêle noircie…. l’odeur des petits piments verts qui s’ y tortillaient, et la  mutation lente et parfumée du jambon, à cet instant suprême où le gras passe du blanc au translucide.. à cette transparence du mica comme celui de la salamandre de ma chambre et cette odeur..  cette odeur qui gagne, qui imprègne, qui envahit.. et qui reste des années et des années après comme un tatouage.

La chimie parle de sublimation pour le passage de l’état solide à l’état  gazeux, mais faut pas chercher, le savant de l’époque qui a baptisé ce processus était un Landais.. eh oui.. c’est sublime…!!

Donc nos premiers congés payés .. il avait fallu s’organiser car la location n’offrait aucun complément, nous devions donc expédier la logistique et il en faut.. les draps les serviettes.. affaires de plage, affaires de pluie.. lainages au cas où..

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Ma mère m’a laissé cet héritage du « au cas où », je me souviens de mes randonnées dans le Queyras bien des années après, où nous partions Mo et moi, pour des randonnées pour la journée, Je me retrouvais  avec un sac « au cas où », en fait avec le barda, nous avions de quoi passer plusieurs jours et nuits  seuls, sans secours.. j’avais tout ce qu’il faut à un Jeremiah Johnson pour débuter sa vie de trappeur.. hormis le fusil Hawkins de calibre douze…. nourriture, eau, couverture de survie, cordage, hache, lampe, allumettes, médicaments de base pour coupures, maux de tête et même du sérum antivenimeux en cas de morsure de serpent..

Tout ça pour dire que l’expédition dans les Landes fut préparée par ma mère avec une rigueur militaire.. nous ne partions pas à sept kilomètres de Bayonne, nous partions au Mato Grosso sur les traces de Raymond Maufrais.

Quatre, nous étions quatre, mes parents ma sœur et moi à partir par le train et bien évidemment tout cela  ne pouvait pas tenir dans  des valises. Ma mère eut l’idée d’utiliser des grands sacs à pomme de terre obligeamment prêtés par mon grand père, dans lesquelles nous tassâmes  tout  ce qui était linge et choses peu fragiles, charge ensuite de les coudre et d’y adjoindre une étiquette en tissu mentionnant origine et destinataire. 

Je revois ma mère avec son aiguille de matelassier luttant contre la tendance expansive des draps et serviettes, afin de coudre au plus serré de façon à compacter au mieux les ballots.

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Ce préambule réalisé , il restait un savant calcul  intégrant les délais d’acheminement de la SNCF, nos propres délais de route et la disponibilité du loueur pour venir nous récupérer à la  gare.. nous, nos valises, nos ballots et nos vélos.. Car bien sûr il n’était pas envisageable que nous restions prisonniers de cette location si agréable fut elle à quelques kilomètres de l’océan.

L’organisation matriarcale et militaire avait tout prévu et tout calculé..

le jour J nous descendîmes à la gare déposer ballots et vélos (ces derniers offrant l’intérêt de soulager le portage des ballots). Nous devions retrouver tout cela à la gare de Ondres le matin de notre arrivée.

Je ne me souviens plus très bien, mais il devait y avoir des perturbations de trains et des problèmes de grèves car le parcours me parut long et interminable et hormis la petite table pliante du compartiment qui me bouleversa à jamais je me souviens de nombreux changements de trains et d’un casse-croûte dans un terrain vague d’Hendaye .. ou d’Irun..?  en attendant  de reprendre un train qui nous remonta jusqu’à notre destination.

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Enfin nous arrivâmes et à la gare un voisin du loueur nous attendait ainsi que nos ballots et nos vélos. Pour transporter tout ce beau monde il était venu avec sa charrette et un cheval qui me parut énorme appelé Pompon.

La maison était à quelques kilomètres de la gare mais je n’ai pas de souvenirs du trajet, je me souviens des pins immenses, du petit pot de fleur accroché au bas du tronc.. ma sœur décida péremptoire que ce petit pot était là pour que les arbres puissent faire pipi.. Mon père m’expliqua que c’était pour la résine. ce qui me laissa profondément perplexe.. la résine.. la résine..

Je me souviens des odeurs, des bruyères et des grandes fougères du sol sablonneux qui résonnait sourd sous les sabots du cheval.

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Au détour d’un petit chemin en descente bordé de chênes lièges au tronc partiellement dénudés.. j’appris plus tard que c’était le lot des chênes liège.. d’être régulièrement impudiques exposant leur tronc rougeâtre et lisse à la vue du passant… au bout du chemin sablonneux..  une petite maison basse où fumait la cheminée.

Les logeurs étaient deux personnes qui me parurent très âgées, lui, le béret poussiéreux vissé sur le crane, en fait je n’ai jamais su ce qu’il y avait en dessous..  des cheveux? de la savane?? du désertique et elle en chignon et tablier à carreaux.

Mon souvenir  le plus intense fut  le passage dans la cuisine avec la cuisinière qui ronflait dans un coin.. ça je connaissais pour avoir passé  du temps au Zébracier sur la cuisinière de la maison, mais dans le fond, le long du mur noirci, une cheminée  immense avec chenets et crémaillères ..

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Une botte de sarments crépitait en lançant dans le conduit noir des gerbes de petites étincelles.. je n’avais jamais vu ça.. devant la cheminée une petite chaise basse.. Cette cuisine dans laquelle nous allions prendre nos repas n’était qu’une étape avant la partie couchage proprement dite où mes découvertes furent encore plus grandes et déconcertantes.

Dans la salle à manger où on avait installé mon lit tout m’était étranger..  les meubles bien sûr.. les photographies et autres objets marqués « Lourdes » accrochés au mur.. et deux choses.. une petite statuette de matador évitant avec sa cape un énorme taureau et une bouteille torsadée avec des gens en béret marquée Izarra.

Tout cela ne me fut pas hostile, mais me laissa une impression bien moins chaleureuse que la cuisine. Mes parents étaient installés dans une chambre à coté, avec en bout de lit un petit lit pour ma sœur.

A cet âge les souvenirs sont  comme un puzzle, des images, des épisodes, des odeurs..

(A suivre)

Marc

Publié 11 juillet 2021 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc, vacances

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