Archives de la catégorie ‘Ecriture

Pont de Bercy   70 comments

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Ben voyons, Mo est en panne d’inspiration pour son blog hebdo, alors elle lance un appel déchirant.. mais subtil..

« t’aurais pas une idée pour le blog… ?? »

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Je vais  narrer une histoire véridique,  qui m’est arrivée à l’époque où nous habitions dans le XIIeme.. l’époque où la Bastoche n’avait pas encore eu à subir le génie créateur de Jack..  où la place Rambouillet ne se nommait pas encore place du colonel Bourgoin.. bref le temps où Paname était encore Paname.. mon pays..

Je bossais à l’époque dans un grand immeuble du boulevard Blanqui.. Métro Corvisart.. et le soir, j’avais pris l’habitude de rentrer à pinces.. histoire de me façonner les quadriceps.. vu qu’étant devenu accro au ski de fond.. je caressais  le fol espoir.. le doux rêve de participer un jour à la Vasaloppet..

D’accord..  un peu branquignol comme idée.. mais ça me trottait dans la tronche..

Pont de Bercy

Donc le soir je m’enfilais le boulevard Blanqui.. la place d’Italie.. le boulevard de la gare (pardon.. Vincent Auriol).. le pont de Bercy et le boulevard de Bercy jusqu’à Dugommier et là.. pile-poil rue de Charenton.. 5 bornes.. pas de quoi fouetter un greffier*.. mais bon.. tous les jours.

Le quartier était un peu beaucoup différent d’aujourd’hui et le boulevard de Bercy avait un côté un peu moins urbain. Quelques bistrots pointillaient le parcours.. mais ça restait quand même plus  sinistre.. surtout à la tombée de la nuit.

Square Morin

Un soir alors que j’étais en vue du square Morin et son kiosque à musique.. devant moi, un peu plus loin..

une silhouette allongée.. que les piétons évitaient soigneusement, se hâtant de retrouver un peu de  luminosité.. plus haut sur le boulevard.

Je me penche.. et à la question:

« ça va pas.. je peux vous aider ?? »

le tas recroquevillé  me répond:

 » j’ai mal..  j’ai été attaqué. »

Arrivant de la  gare de Lyon avec sa valoche il s’était un peu paumé dans les petites rues du coin et avait été victime de malfaisants qui, outre lui avoir  balancé des mandales*, lui avaient défoncé le buffet à coup de satons* et piqué sa valoche.

Avisant une cabine de  téléphone un peu plus loin, j’extirpe de mes fouilles* une poignée de piécettes et me dirige vers l’édicule pour héler la maison poulardin*.

Hélas, comme d’usage, la cabine avait été restructurée et le fil du biniou* pendait misérablement..

Guignant un bistrot en face,  bistrot je le confesse, où je ne serais pas entré de mon plein gré.. en temps usuel.

Je m’y dirige, supportant sur mes endosses*, le pauvre gars plié en deux..

Arrêt des conversations.. je dépose le malheureux sur une chaise.. et  me tournant vers le loufiat derrière son rade* j’essaye de narrer..

Mes mots se perdent dans un beuglement:

« Sortez moi ça d’ici  j’veux pas d’emmerdes.. »

vl’a cézigue qui prend les abeilles*.. et qui me demande de rejoindre le trottoir avec mon pacson….

Je suis d’un naturel enjoué et patient.. mais je confesse que  mes limites sont vite atteintes.. faut pas trop me les briser.

Devant ma détermination.. appuyé  par  un ou deux habitués.. il consent en maugréant à appeler la maison bourreman*..

« Mais vous restez là »

me balance-t-il toujours aussi gracieux…. L’urbanité de l’humain secourable.. mais à la mode  pithécanthrope…

Peu de temps après.. la sirène du tôlé noir et blanc déchire la bienveillante sérénité de ce havre de paix.. et une escouade de lardus* débarque dans le rade*..

celui qui semble être le chef.. (il avait une moustache..) écoute  le poil frémissant.. et s’enquiert auprès de la victime:

« vous pourriez les reconnaitre..? »

Soudain, s’avisant du côté un peu incomplet de son interrogatoire aux mots simples mais efficaces, se tourne vers moi et tonitrue:

« et vous.. ? qu’est-ce que vous foutiez là ? »

A cet instant, j’ai ressenti un frisson..

Je confesse que mes années soixante-huitardes m’avaient laissé une indicible méfiance face à la maréchaussée..

Je me suis senti mal parti. Ai pensé :   « ça y est je vais y avoir droit.. je suis dans le pétrin.. »

Une voix  venue du fond de la salle.. une voix forte avec cet accent riz-pain-sel* de chez moi.. que le regretté Julien Carette ne pourrait renier,

une voix lâcha.. forte et ferme.. gouaillante:

« ah ben elle est raide celle là. . y s’fait chier à porter s’cours et c’est lui qui va être emmerdé.. ».

Je n’ai pas vu cet anonyme.. mais  50 ans après, je le remercie..

Cette intervention pertinente, qui ma foi, résumait assez bien mon ressenti eut l’effet escompté.

Bougonnant dans ses bacchantes.. le chef se tourna vers la victime.. et l’entrainant dans le panier à salade..  suivi par sa volée de képis:

« Venez on va tourner dans le coin voir si on les retrouve.. ».

La paix revint dans l‘estanco*..  le brouhaha des conversations reprit avec quelques bribes peu affables pour les chaussettes à clous*..

J’en profitai pour m’esbigner*.. Par acquis de conscience, j’avais demandé au taulier si je devais quelque chose pour le coup de biglot. pensant qu’il n’en serait  rien..

« Ouais un franc . . ».

J’ai carmé* sans  bonnir* le moindre commentaire..

Et je suis  ressorti chez les humains.. J’ai repris ma route rue de Charenton..

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Je ne me souviens pas si j’ai raconté ça à Mo..  En tout cas c’est chose faite..

Bah je ne lui en veux pas à l’argousin*..  il était sans doute fatigué de sa journée.. et puis bon..

Maintenant.. à mon âge.. avec le temps.. et ce qui se passe..

J’ai révisé.. faut bien admettre que bourdille* c’est pas de tout repos comme turbin..

Alors parfois.. mais quand même..

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Marc

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Petit lexique argot (de Mo) :

greffier : chat

mandales : claques

coups de satons : coups de pieds

la maison poulardin : la police

fouilles : poches

biniou : combiné téléphonique

endosses : épaules

rade : désigne le zinc de bistrot ou le bistrot lui-même.

prendre les abeilles : se mettre en colère

la maison bourreman : la police

lardus : flics

riz-pain-sel: épicier

estanco : estaminet

chaussettes à clous : flics (mais vous le saviez sûrement…)

s’esbigner : s’éclipser

carmer : payer

bonnir : dire

argousin, bourdille : flic

 

 

 

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Publié 9 juin 2018 par Leodamgan dans Ecriture, Non classé, Prose à Marc

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Retour de marché   50 comments

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Nous revenons  du marché..

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il pleut.. une pluie froide..  pénétrante… glacée.. le vent fort  rend la marche encore plus  douloureuse..

malgré un équipement  breton  l’eau fouette le visage.. s’étale sur les lunettes… les mains sont glacées..  il fait sombre.. le jour tarde à se lever..

il reste au chaud, lui..

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La circulation est merdique.. un monde fou de grands banlieusards..

coupe à travers  notre petite ville pour rejoindre l’autoroute qui les mènera enfin vers le périph’ immobile..

La rue des écoles apporte son lot d’embouteillages..

outre les mamans qui déposent la chair de leur chair juste devant la porte en stationnant au milieu de la   rue..

ben oui.. sont atrophiés des  jambes, les lardons..  nous on y allait à pied.. mais là..

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ils ont juste les  pouces  qui s’allongent démesurément à force de tweeter.. va être  sexy l’homo-iphonus…  petite tête.. petites  jambes et pouces de 20 cm..

des tarsiens..

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Un   nergumène  (s’il est né comme ça)  apporte avec satisfaction son concours au  bordel automobile.. il aide à traverser..

en fait son intérêt est contraire à la fluidité du flux.. dès qu’au loin se profile un potentiel piéton..

il jette son corps  casquetté et fluogileté  en travers de la route.. tel le corps d’obèse face au taureau (il a mal fini le gonze)..

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Il y a donc  la terrible conjonction.. la buée..  la pluie.. les essuie-glace qui  jettent l’éponge.. les feux des voitures.. des voitures partout..

l’un veut tourner.. l’autre pas..

les piétons qui se faufilent.. les assermentés qui vivent leur heure de  gloire du matin… les bras en croix  devant les  véhicules.. les Jésus du macadam..

il y a un très beau mot dans la langue française qui résume bien : c’est le bordel.. le boxon..

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Mais bon.. sommes rentrés sans encombres..

j’ai laissé un parapluie devant la porte au cas où un étrenneux en retard viendrait à sonner..

mais c’est, en principe, fait..  les éboueurs..  les pompiers…  une vaine tentative de faux agents mais vrais fraudeurs..

qui se prétendaient  « les encombrants »..

grâce à mon vidéo-interphone ils furent éconduits sans coup férir ni discussion stérile..

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Hier le facteur a réussi à nous coincer entre deux séjours bretons..   toujours les calendriers avec les petits chats.. ras le bol des greffiers..

pourraient mettre Charlize Theron.. ou Miss décembre.. ou le  ministre des PTT.. au moins, on connaitrait sa tronche..

oui, je sais.. il  y a  sexy lurette que les PTT n’existent plus.. mais  désolé.. je nostalgise.. même le mollet du facteur a changé.. le vélo est électrique..

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Eh oui.. bon, « ah-ign don » ( sic) comme disait ma grand-mère.. faut s’y mettre.. je vais aller  regarder la télé..  😉

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Punaise quelle vie..

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Marc

 

Publié 13 décembre 2017 par Leodamgan dans Divertissement, Ecriture, Non classé, Prose à Marc

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Dans l’espace, sur une espèce d’exoplanète,   77 comments

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Dans le cadre du jeu proposé par Carnets paresseux, ici, je recycle un vieux documentaire

car comme l’a bien dit Lavoisier (après Anaxagore) : « Rien ne se perd, rien ne se crée ».

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sous la lumière cruciforme

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d’un soleil étranger,

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 nos intrépides explorateurs combattent de hideux aliens au péril de leur vie.

Ce valeureux fantassin fait partie de ceux qui ont déjà exterminé les abominations marines à tentacules et les féroces chats chevaucheurs d’hippocampes aériens  (horreurs griffues venues de Pluton).

Il reste des monstres blindés, intéressants néanmoins,  car il est possible de les manger sans risquer d’exo-intoxication alimentaire (après les avoir désinfectés dans un court-bouillon parfumé aux herbes aromatiques, toutefois).

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D’autres monstres gigantesques rôdent en silence, trahis seulement par leurs traces dans le limon spongieux.

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Quelles espèces vivantes nous reste-t-il à rencontrer?

Cette énigmatique statue est-elle faite à l’image d’une race dominante disparue ou à celle de leur divinité?

Et quelle peut être la signification de cette flèche?

N’importe… Si une vie intelligente existe toujours ici, elle ne s’est pas encore manifestée à nos explorateurs.

Il nous faudrait épuiser et vérifier toutes les hypothèses possibles pour trouver des réponses à nos interrogations.

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Le prêtre de l’expédition est formel :

ces monolithes témoignent indubitablement d’un culte religieux rendu depuis longtemps au dieu venu du Centaure.

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Pour le linguiste de l’équipe, leur écriture reste à déchiffrer (ces stries trop régulières ne sauraient être l’effet du hasard et des intempéries).

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D’après l’exobiologiste, la faune et la flore de cette planète sont très dangereuses pour nous  malgré leur aspect parfois anodin.

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cette végétation rouge, par exemple, qui pourrait nous faire croire en sécurité sur Mars, est si nocive que sa simple vue peut endommager le nerf optique. Evitez donc de la fixer trop longtemps.

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Ce qui a adopté la forme d’un gentil papillon vénusien amateur de mimosa et autres gentilles fleurettes est un redoutable parasite sournois, polymorphe et pervers de surcroît.

Avant de comprendre ce qui vous arrive, vous vous retrouvez plus infestés de chenilles qu’une carotte dentellisée par les larves de la mouche de la carotte.

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Quant aux champignons, je préfère ne pas même en parler. Ce ne sont pas des champignons, d’abord…

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Cachée derrière le buisson vert épineux, c’est probablement l’entrée de l’antre d’un des monstres. Nos courageux astronautes vont l’explorer maintenant.

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S’ils n’en reviennent pas, ayez une pensée émue pour eux…

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Publié 12 janvier 2017 par Leodamgan dans concours, Divertissement, Ecriture, Non classé

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J’irai cracher sur ta tombe   56 comments

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Claude Vougeot, commissaire de police basé en Côte d’or, s’offrait une petite sieste au bureau après avoir tapé le carton avec ses subordonnés à l’heure de l’apéritif et consommé un déjeuner aussi copieux qu’honorablement arrosé des vins du crû.

Soudain, la sonnerie du téléphone le réveilla sans égards pour l’état de béatitude dans lequel il était plongé.

Le profanateur de sieste n’était autre que Julien Asse, directeur régional de la police judiciaire qui s’inquiétait de la disparition de Fernand Vergelesses, un ami intime qui appartenait au même club privé que lui, club dans le cadre duquel on échangeait des points de vue d’ordre encore plus privé.

Son ami avait déjà séché deux réunions mensuelles du club sans fournir d’explications et n’avait donné aucun autre signe de vie.

Claude Vougeot, son meilleur limier quand il n’était pas occupé à déguster les vins de Bourgogne, fut chargé de mener discrètement une enquête officieuse dans le domaine viticole de ce Fernand Vergelesses,  gros négociant-vigneron-récoltant-éleveur dans la côte d’or.

Pour ce faire, il se présenta comme un intermédiaire exclusif chargé de négocier une énorme commande de vins hors de prix pour un marché asiatique.

Compte tenu de cette circonstance exceptionnelle, et Fernand Vergelesses semblant absent, le commissaire fut reçu par Geoffrey Chambertin lui-même, beau-fils de Fernand, qui le présenta avec empressement au reste de la famille.

Il y avait là : Yvonne Romanée, épouse de Fernand, qui avait conservé son nom de jeune fille,

Geoffrey Chambertin (déjà présenté) , fils d’un premier lit de Yvonne Romanée,

et Alix Corton-Maltese, fiancée de Geoffrey.

Outre les proches de Fernand, le jardinier Beppo Mare logeait au domaine.

Claude Vougeot, connaissait  ces gens par ouï-dire.  Les ragots allaient même bon train.

Geoffrey, le beau-fils aurait un point de vue beaucoup plus financier que son beau-père sur la culture de la vigne, il rongerait son frein en attendant de lui succéder.

Sa fiancée Alix, italienne à la plastique somptueuse et à la réputation sulfureuse, le mènerait par le bout du nez et serait extrêmement désireuse de l’aider à dilapider son héritage.

Elle aurait par ailleurs de suspectes relations avec Beppo Mare, le beau jardinier (italien lui aussi), amateur d’amour et de vin mais ne possédant pas un fifrelin.

A la cave, tout en appréciant la robe, la cuisse, le parfum, l’attaque,  le tanin, la longueur en bouche, la remontée… des vins du domaine,  le commissaire Vougeot se sentait titillé (en outre) par une association d’idées qu’il avait autant de mal à éclaircir  que la note fruitée du grand crû qu’il dégustait expertement à cet instant précis.

Quand Geoffrey Chambertin l’avait accueilli à la porte, il tenait encore à la main le livre qu’il lisait :

« J’irai cracher sur vos tombes » de Vernon Sullivan.

« Cracher »… Cracher?… Crachoir?

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5crachoir.

Instinctivement, Claude Vougeot fixa le crachoir qu’il utilisait d’ailleurs en ce moment.

C’était un gros tonneau qui en faisait office.

Le couvercle percé d’un entonnoir en cuivre avait un tour plus clair que le reste comme si on l’avait récemment ôté puis mal replacé.

Sans réfléchir, le commissaire retira le couvercle.

Il vit flotter, sur la vineuse  et expectoreuse  surface, une perruque.

Il plongea la main dans le mélange et souleva la tête colorée,

mais parfaitement conservée  par le tanin de vins un peu jeunes,  

de Fernand Vergelesses.

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« Encore une affaire résolue » pensa-t-il,

tout en déterminant enfin la note fruitée du grand crû :

du cassis!

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Article récupéré pour le concours de l’agenda ironique de novembre, géré par Valentyne :

https://lajumentverte.wordpress.com/2016/11/02/agenda-de-novembre-cest-parti/

nous en sommes là des publications:

https://lajumentverte.wordpress.com/2016/11/12/polars-ironique-de-novembre-a-mi-chemin/

Publié 15 novembre 2016 par Leodamgan dans concours, Divertissement, Ecriture, Non classé

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J’irai cracher sur vos tombes.   30 comments

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Nanar de l’été

(hors concours)

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Claude Vougeot, commissaire de police basé en Côte d’or, s’offrait une petite sieste au bureau après avoir tapé le carton avec ses subordonnés à l’heure de l’apéritif et consommé un déjeuner aussi copieux qu’honorablement arrosé des vins du crû.

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Soudain, la sonnerie du téléphone le réveilla sans égards pour l’état de béatitude dans lequel il était plongé.

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Le profanateur de sieste n’était autre que Julien Asse, directeur régional de la police judiciaire qui s’inquiétait de la disparition de Fernand Vergelesses, un ami intime qui appartenait au même club privé que lui, club dans le cadre duquel on échangeait des points de vue d’ordre encore plus privé.

Son ami avait déjà séché deux réunions mensuelles du club sans fournir d’explications et n’avait donné aucun autre signe de vie.

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Claude Vougeot, son meilleur limier quand il n’était pas occupé à déguster les vins de Bourgogne, fut chargé de mener discrètement une enquête officieuse dans le domaine viticole de ce Fernand Vergelesses,  gros négociant-vigneron-récoltant-éleveur dans la côte d’or.

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Pour ce faire, il se présenta comme un intermédiaire exclusif chargé de négocier une énorme commande de vins hors de prix pour un marché asiatique.

Compte tenu de cette circonstance exceptionnelle, et Fernand Vergelesses semblant absent, le commissaire fut reçu par Geoffrey Chambertin lui-même, beau-fils de Fernand, qui le présenta avec empressement au reste de la famille.

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Il y avait là : Yvonne Romanée, épouse de Fernand, qui avait conservé son nom de jeune fille,

Geoffrey Chambertin (déjà présenté) , fils d’un premier lit de Yvonne Romanée,

et Alix Corton-Maltese, fiancée de Geoffrey.

Outre les proches de Fernand, le jardinier Beppo Mare logeait au domaine.

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Claude Vougeot, connaissait  ces gens par ouï-dire.  Les ragots allaient même bon train.

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Geoffrey, le beau-fils aurait un point de vue beaucoup plus financier que son beau-père sur la culture de la vigne, il rongerait son frein en attendant de lui succéder.

Sa fiancée Alix, italienne à la plastique somptueuse et à la réputation sulfureuse, le mènerait par le bout du nez et serait extrêmement désireuse de l’aider à dilapider son héritage.

Elle aurait par ailleurs de suspectes relations avec Beppo Mare, le beau jardinier (italien lui aussi), amateur d’amour et de vin mais ne possédant pas un fifrelin.

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4degustation

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A la cave, tout en appréciant la robe, la cuisse, le parfum, l’attaque,  le tanin, la longueur en bouche, la remontée… des vins du domaine,  le commissaire Vougeot se sentait titillé (en outre) par une association d’idées qu’il avait autant de mal à éclaircir  que la note fruitée du grand crû qu’il dégustait expertement à cet instant précis.

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Quand Geoffrey Chambertin l’avait accueilli à la porte, il tenait encore à la main le livre qu’il lisait :

« J’irai cracher sur vos tombes » de Vernon Sullivan.

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« Cracher »… Cracher?… Crachoir?

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5crachoir

 

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Instinctivement, Claude Vougeot fixa le crachoir qu’il utilisait d’ailleurs en ce moment.

C’était un gros tonneau qui en faisait office.

Le couvercle percé d’un entonnoir en cuivre avait un tour plus clair que le reste comme si on l’avait récemment ôté puis mal replacé.

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Sans réfléchir, le commissaire retira le couvercle.

Il vit flotter, sur la vineuse  et expectoreuse  surface, une perruque.

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Il plongea la main dans le mélange et souleva la tête colorée,

mais parfaitement conservée  par le tanin de vins un peu jeunes,  

de Fernand Vergelesses.

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« Encore une affaire résolue » pensa-t-il,

tout en déterminant enfin la note fruitée du grand crû :

du cassis!

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Publié 9 août 2012 par Leodamgan dans Divertissement, Ecriture

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