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Les Landes (partie 1)   78 comments

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Si je ne compte pas mon séjour Savoyard étant petit môme, séjour médical pour soigner mes bronchioles jugées fragiles par les Diafoirus de l’époque, mes premières vacances, mes premiers congés payés datent des années 50.. sur la côte Landaise.

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Je crois que ce furent aussi les premières pour mes parents qui avaient dû retrouver un peu d’équilibre budgétaire après l’achat en 47 d’une maison en banlieue, considérée alors comme la campagne, achat vivement recommandé  également par les médecins de l’époque comme incontournable pour la sauvegarde de mes bronchioles.. l’appartement de la Rue des Gravilliers ayant été jugé impropre à leur reconstruction.

Bien sûr mes pauvres parents ne possédaient pas la queue d’un et l’argent avait été prêté avec intérêt par le grand-père qui avait vu là sans doute, l’occasion d’un petit rendement sur des redevables exploitables à merci.

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Donc, par l’intermédiaire d’un copain de régiment et c’est sûr que la période précédente avait été l’occasion de tisser des liens, mon père obtint l’adresse de gens qui louaient une partie de leur maison sur la côte Landaise. En fait si les chambres à coucher étaient  effectivement indépendantes, c’était cuisine commune, il fallait partager la cuisinière, et l’âtre. Comme gamin, je n’ai pas eu conscience que cette promiscuité et ce partage soviétique puisse poser problème, je me souviens que ma mère avait quelques réticences sur l’état de nettoyage des casseroles, mais ça moi..

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Moi, je me souviens simplement des odeurs et du chant du jambon dans la grande poêle noircie…. l’odeur des petits piments verts qui s’ y tortillaient, et la  mutation lente et parfumée du jambon, à cet instant suprême où le gras passe du blanc au translucide.. à cette transparence du mica comme celui de la salamandre de ma chambre et cette odeur..  cette odeur qui gagne, qui imprègne, qui envahit.. et qui reste des années et des années après comme un tatouage.

La chimie parle de sublimation pour le passage de l’état solide à l’état  gazeux, mais faut pas chercher, le savant de l’époque qui a baptisé ce processus était un Landais.. eh oui.. c’est sublime…!!

Donc nos premiers congés payés .. il avait fallu s’organiser car la location n’offrait aucun complément, nous devions donc expédier la logistique et il en faut.. les draps les serviettes.. affaires de plage, affaires de pluie.. lainages au cas où..

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Ma mère m’a laissé cet héritage du « au cas où », je me souviens de mes randonnées dans le Queyras bien des années après, où nous partions Mo et moi, pour des randonnées pour la journée, Je me retrouvais  avec un sac « au cas où », en fait avec le barda, nous avions de quoi passer plusieurs jours et nuits  seuls, sans secours.. j’avais tout ce qu’il faut à un Jeremiah Johnson pour débuter sa vie de trappeur.. hormis le fusil Hawkins de calibre douze…. nourriture, eau, couverture de survie, cordage, hache, lampe, allumettes, médicaments de base pour coupures, maux de tête et même du sérum antivenimeux en cas de morsure de serpent..

Tout ça pour dire que l’expédition dans les Landes fut préparée par ma mère avec une rigueur militaire.. nous ne partions pas à sept kilomètres de Bayonne, nous partions au Mato Grosso sur les traces de Raymond Maufrais.

Quatre, nous étions quatre, mes parents ma sœur et moi à partir par le train et bien évidemment tout cela  ne pouvait pas tenir dans  des valises. Ma mère eut l’idée d’utiliser des grands sacs à pomme de terre obligeamment prêtés par mon grand père, dans lesquelles nous tassâmes  tout  ce qui était linge et choses peu fragiles, charge ensuite de les coudre et d’y adjoindre une étiquette en tissu mentionnant origine et destinataire. 

Je revois ma mère avec son aiguille de matelassier luttant contre la tendance expansive des draps et serviettes, afin de coudre au plus serré de façon à compacter au mieux les ballots.

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Ce préambule réalisé , il restait un savant calcul  intégrant les délais d’acheminement de la SNCF, nos propres délais de route et la disponibilité du loueur pour venir nous récupérer à la  gare.. nous, nos valises, nos ballots et nos vélos.. Car bien sûr il n’était pas envisageable que nous restions prisonniers de cette location si agréable fut elle à quelques kilomètres de l’océan.

L’organisation matriarcale et militaire avait tout prévu et tout calculé..

le jour J nous descendîmes à la gare déposer ballots et vélos (ces derniers offrant l’intérêt de soulager le portage des ballots). Nous devions retrouver tout cela à la gare de Ondres le matin de notre arrivée.

Je ne me souviens plus très bien, mais il devait y avoir des perturbations de trains et des problèmes de grèves car le parcours me parut long et interminable et hormis la petite table pliante du compartiment qui me bouleversa à jamais je me souviens de nombreux changements de trains et d’un casse-croûte dans un terrain vague d’Hendaye .. ou d’Irun..?  en attendant  de reprendre un train qui nous remonta jusqu’à notre destination.

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Enfin nous arrivâmes et à la gare un voisin du loueur nous attendait ainsi que nos ballots et nos vélos. Pour transporter tout ce beau monde il était venu avec sa charrette et un cheval qui me parut énorme appelé Pompon.

La maison était à quelques kilomètres de la gare mais je n’ai pas de souvenirs du trajet, je me souviens des pins immenses, du petit pot de fleur accroché au bas du tronc.. ma sœur décida péremptoire que ce petit pot était là pour que les arbres puissent faire pipi.. Mon père m’expliqua que c’était pour la résine. ce qui me laissa profondément perplexe.. la résine.. la résine..

Je me souviens des odeurs, des bruyères et des grandes fougères du sol sablonneux qui résonnait sourd sous les sabots du cheval.

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Au détour d’un petit chemin en descente bordé de chênes lièges au tronc partiellement dénudés.. j’appris plus tard que c’était le lot des chênes liège.. d’être régulièrement impudiques exposant leur tronc rougeâtre et lisse à la vue du passant… au bout du chemin sablonneux..  une petite maison basse où fumait la cheminée.

Les logeurs étaient deux personnes qui me parurent très âgées, lui, le béret poussiéreux vissé sur le crane, en fait je n’ai jamais su ce qu’il y avait en dessous..  des cheveux? de la savane?? du désertique et elle en chignon et tablier à carreaux.

Mon souvenir  le plus intense fut  le passage dans la cuisine avec la cuisinière qui ronflait dans un coin.. ça je connaissais pour avoir passé  du temps au Zébracier sur la cuisinière de la maison, mais dans le fond, le long du mur noirci, une cheminée  immense avec chenets et crémaillères ..

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Une botte de sarments crépitait en lançant dans le conduit noir des gerbes de petites étincelles.. je n’avais jamais vu ça.. devant la cheminée une petite chaise basse.. Cette cuisine dans laquelle nous allions prendre nos repas n’était qu’une étape avant la partie couchage proprement dite où mes découvertes furent encore plus grandes et déconcertantes.

Dans la salle à manger où on avait installé mon lit tout m’était étranger..  les meubles bien sûr.. les photographies et autres objets marqués « Lourdes » accrochés au mur.. et deux choses.. une petite statuette de matador évitant avec sa cape un énorme taureau et une bouteille torsadée avec des gens en béret marquée Izarra.

Tout cela ne me fut pas hostile, mais me laissa une impression bien moins chaleureuse que la cuisine. Mes parents étaient installés dans une chambre à coté, avec en bout de lit un petit lit pour ma sœur.

A cet âge les souvenirs sont  comme un puzzle, des images, des épisodes, des odeurs..

(A suivre)

Marc

Publié 11 juillet 2021 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc, vacances

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