Bro gozh ma zadoù   59 comments

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Que dire de la colline écrasée de soleil.. des pins qui se penchent vers la mer bleue.. immensément bleue…

Le chant des cigales… cette chaleur qui vous prend… la sieste sous les muriers platanes..

les fourmis qui courent  sur le fil de fer là.. au dessus de la tête tandis qu’une incoercible envie de dormir..

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Que dire des petits matins dans la forêt des  landes.. en marchant entre les bruyères et les fougères.. cette odeur forte d’humidité.. le pas élastique sur le sol couvert d’aiguilles de pins.. l’odeur de la  résine qui suinte vers les petits pots d’argile..

On se dirige vers le  lac  qui fume..  saupoudré du jaune du pollen des pins.. le  martellement au loin du pic.. et un gros remous la bas  près des nénuphars..

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Que dire  du ciel  étoilé..  du chant des grillons..

des insectes de la nuit quand la tiède brise de mer passe au dessus du maquis encore chaud de la  journée et vous porte cette odeur unique..

des  plantes du maquis.. bruyères.. arbousiers.. cistes.. myrtes..

Les marins grecs  qui la nommaient Callisté.. prétendaient qu’on sentait cette ile avant de la voir..

Oui.. tous ces  moments.. tous ces instants de ma jeunesse.. Le Pradet.. Ondres.. Solenzara..

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Pourtant..  depuis 15 ans que nous sommes ici.. je n’ai pas de nostalgie…  Peut être parce que je suis sûr que je ne pourrais retrouver ces souvenirs..

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mais aussi  parce que,  quand nous arrivons à Lann Bihoué,  que l’avion amorce son dernier virage sur le tarmac,

j’ai l’impression de revenir  d’un lieu d’où je ne suis jamais vraiment parti..

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Pourquoi ici.. j’aime la pluie.. le vent.. le vrai.. comme le mistral.. celui qui fait chanter les fils..

gronder la barre au loin comme si un train sans fin déchirait  le souffle de la nuit..

Pourquoi je me sens si misérable face à ces tonnes d’eaux vertes et écumantes qui se fracassent sur la côte sauvage..

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et qui peuvent en  quelques jours se retrouver si bleues.. si calmes..

Pourquoi j’aime ces arbustes qui poussent dans le  vent salé, l’ajonc qui nous offre son or presque toute l’année

Le cri des goélands piailleurs et bagarreurs qui se chipotent  pour une étoile de mer ou un morceau de papier..

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Et les sentiers..  qui serpentent entres des murets moussus et couverts d’arbustes..

on s’attend à tout moment à entendre le cri de la chouette.. ou même de voir l’Ankou et sa carriole grinçante..

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Les chemins dans la dune..  aux plantes si belles et parfois rares qui  résistent aux conditions les plus rudes.. vent.. sable..

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Et parfois l’eau salée quand, dans un effort énorme, la terrible  alliance de la houle et du vent .. permet à la mer d’aller couvrir des endroits que d’ordinaire elle ne voit  que de loin, laissant à  son départ ses cadeaux d’estran.. algues.. goémon.. varech.. peu importe le nom.. morceaux de bois galets roulés et roulés encore..

Que dire  de toute cela… né à Paris depuis pas mal de générations.. serais-je en train de trahir mes ancêtres… Bro gozh ma zadoù..

C’est vrai que  je n’ose même plus  retourner à Paris tellement je souffre de voir ce qu’il est devenu..

Alors  ça doit être un réflexe de survie.. je me suis créé un nouveau pays.. ou un besoin de se raccrocher à la nature.. aux rochers immuables qui seront encore là bien après nous..   au menhirs qui  veillent sur  ce coin  comme des soldats pétrifiés..

Il y a dans cette terre sauvage accrochée sur son granit ..offerte aux terribles vents.. quelque  sort.. quelque charme.. qui  attrape l’âme aussi surement qu’un bagad peut, à sa guise, donner envie de danser.. ou de pleurer ..

 

 

Chaque pays a sa folie, la Bretagne les a toutes.

 (Jacques Cambry, fondateur de l’Académie celtique en 1805).

Marc

 

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Publié 7 janvier 2019 par Leodamgan dans Bretagne, Non classé, Prose à Marc

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59 réponses à “Bro gozh ma zadoù

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  1. Coucou Mo,
    Tu parles très bien de ce que tu as aimé et de ce que tu aimes, et je comprends bien tous ces ressentis que tu nous offres ici.
    Je suis également Parisienne. J’y ai vécu, puis dans sa proche banlieue alors encore préservée et à l’époque encore dans la nature. Au fil des ans, la nature a disparu remplacée par des immeubles et du béton, alors je suis allée me perdre dans le Gard quelques années pour revenir ensuite sur Montpellier pour raisons professionnelles.
    Je t’avoue que retourner à mes sources me serait parfaitement impossible. Déjà une semaine et j’étouffe ;-(
    Alors oui, je comprends, et puis l’essentiel, c’est de se sentir bien là ou on vit, pas là ou on est né non ?.
    Pour notre prochaine destination, la Bretagne nous plairait bien, mais c’est beaucoup trop loin des personnes qui nous sont chères. Heureusement, d’autres endroits me séduisent tout autant 😉
    Merci pour ce partage.
    Bises et bonne journée

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  2. Quelle belle façon de décrire la Bretagne! Cela donne envie de s’y installer.
    Tu veux faire concurrence au vieux bougon?

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  3. Une page magnifique! Il est des endroits où l’on a envie de poser ses bagages, où l’on se dit enfin « je suis d’ici » et qu’importe qu’on y soit né ou pas du moment qu’on s’y sent chez soi, en osmose avec la nature et ceux qui y vivent.

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  4. Comme tu parles bien de notre belle Bretagne.
    Moi aussi je suis née ailleurs qu’en Bretagne, mais de parents bretons tout de même. Née à FOURQUEUX dans les Yvelines, cela ne s’invente pas !
    Je suis arrivée en Bretagne après une mise en longue maladie qui a été convertie en invalidité en 2006 et je ne voudrais pour rien au monde revenir habiter en région parisienne. Partagée entre mon pays gallo et mon île de Batz, je suis heureuse d’avoir retrouvé mes racines.
    Bises et bon début de semaine

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  5. Tu me fait rêver avec une baisse de température de -16 c

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  6. Née a Paris de parents bretons et vivant maintenant sur la côte sauvage vendéenne comme je te comprends et tu décris si bien ce que je ressens.Bisous

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    Martine Martin-Cosquer
  7. oui la Bretagne est belle et attachante!

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  8. Quelle série magnifique, wow, je suis totalement sous le charme… Avec un coup de coeur tout particulier pour l’antépénultième, on ne sait pas si on est en montagne dans une tempête de neige ou au bord de l’océan, j’adore… ♥

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  9. Tu aurais pu trouver pire comme port d’attache d’adoption 🙂 que ta Bretagne est belle, même si ton coeur vagabonde parfois un peu plus au sud, à l’opposé dans l’Hexagone ! et tu as raison de penser que tu ne retrouverais pas la même chose, parce que tout change et parce que tu as aussi perdu ton regard d’enfant. Alors ces images tu les as dans le coeur, et c’est ce qui importe. Bises

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  10. bonsoir à tous les deux , ah oui mais c’est paradisiaque comme endroit et tes photos waouh j’aime +++++++++ ! ces falaise , les arbres et l’eau et reflets tout pour me plaire !! et ce ciel magique !!!! , les fleurs et la nature mais que c’est beaux +++ , et les vues du ciel et +++ un régal merci bisous belle semaine a +

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  11. Ça donne envie de bouger ces belles images !

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  12. Quel beau texte et merci de l’avoir partagé. Les photos sont si belles, d’ailleurs ou de ton environnement si cher, l’essentiel est de se sentir bien là où l’être se trouve. Rien n’est immuable, et les racines de naissance peuvent se modifier au cours d’une vie, n’empêche que lorsque j’arrive chez mon fils en Belgique à la campagne, cela sent le terroir quitté. Le mien est divisé en trois. Bruxelles a des attraits, l’urbanisation et bien des modifications ont changé ce qu’était cette capitale que j’aimais tant il y a longtemps. Elle s’est dégradée pour une raison de profit. Bruxelles est loin d’être Paris, où il y a trop de monde, mais un vrai musée à ciel ouvert. Passons les dégâts inciviques comme partout.
    Lorsque je franchis la frontière Néerlandaise, j’ai cette impression profonde, dans mes tripes de rentrer chez moi, alors que je n’y a jamais vécu. Question d’adéquation de leur culture avec la mienne. Dans le langage et la vie quotidienne. A Bruxelles, aussi, une autre manière 🙂 En France, une longue histoire avant de m’y installer, généalogique, et actuellement y habitant depuis quatorze ans. Je n’y resterai pas. Je me sens exilée, déracinée. Ce n’est pas triste. Tes photos et ton authenticité me touchent comme si je m’y trouvais. 🙂 Merci.

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  13. Splendide diaporama, ça fait du bien de lire des choses comme cela en plein janvier…le Mistral est assez cuisant de froid, ces temps-ci, et les cigales se les caillent grave.
    Mais on n’a jamais été aussi près du printemps comme disent les optimistes indécrottables…
    Bises célestes
     •.¸¸.•*`*•.¸¸☆

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    • Merci Célestine
      On a eu des petites gelées blanches en Bretagne aussi : il a fallu gratter le pare-brise mais maintenant, avec les températures positives, on se prend à espérer le beau temps en vrais optimistes!

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  14. Un peu comme la mer, qui se retire pour toujours renaître. Un seul monde.

    Belle poésie, comme toujours, dans les mots du souvenir sans nostalgie.

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  15. Bonjour Mo et Marc
    comme c’est joliment écrit et illustré !!!

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  16. Bonjour Mo et Marc,
    Je comprends tous les mots de Marc… tiens j’irai bien faire un tour sur un sentier douanier,
    Belle année à vous deux .

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  17. Merci pour ce beau voyage poétique Marc !

    Heureuse année 2019

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  18. Je ne retrouve plus mon commentaire!!!
    Je disais que je trouvais ce texte très beau. C’est pour concurrencer le vieux bougon?
    Tu vas nous donner envie de s’installer tous en bretagne

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  19. Mes félicitations à Marc (et sans doute à toi pour les photos ?). Non seulement le contenu est plein de sensibilité, mais c’est en plus très joliment écrit.

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  20. Merci pour ce partage de photos !
    Bises
    Michel

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  21. J’avais bien reconnu le style de Marc . Il a un art pour décrire et faire partager ses impressions . A l’école , il devait avoir de super notes en rédaction . Merci pour ce voyage en images et en sensations .
    Bizzz à tous les deux .

    ps: beaucoup de bretons ont émigrés à Paris au cours des siècles . C’est bien aussi que les parisiens fassent le chemin inverse .

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  22. Textes et images superbes

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  23. bon séjour à Paris , on s ‘habitue dans les lieux ou l’ on vit , .. pour moi qui ne quitte que rarement la Bretagne( je fut aussi expatriée ) , mais je n ‘avait que nostalgie , du crachin et de la mer , ..je ne suis plus voyageuse …

    bientôt le printemps ,chez nous il est toujours beau .

    kenavo mo et MARC

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  24. Comme quoi on peut être enchanté dans des lieux très divers, et peu importe après tout si l’on est né ici ou là… Chris

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  25. Bonjour
    Voir la nature,cela fait du bien!
    Je te souhaite une très bonne année 2019! Qu’elle t’apporte bonheur, santé et la réalisation d tout ce que tu désires!
    Bisous

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  26. Ben voilà, quand je veux faire de la poésie, faut que j’aille la chercher. Aujourd’hui, j’ai demandé à Emile Verhaeren de me suppléer. Vous, vous l’écrivez ! .C’est miux. Florentin

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  27. Merci pour ce superbe billet et pour cette ode à la Bretagne profonde et mystérieuse à la fois !
    Bonne journée !
    Pierre

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  28. heureux qui comme Ulysse… s’en revient en Bretagne, voilà un superbe et vibrant hommage

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