Archives de 7 janvier 2019

Bro gozh ma zadoù   59 comments

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Que dire de la colline écrasée de soleil.. des pins qui se penchent vers la mer bleue.. immensément bleue…

Le chant des cigales… cette chaleur qui vous prend… la sieste sous les muriers platanes..

les fourmis qui courent  sur le fil de fer là.. au dessus de la tête tandis qu’une incoercible envie de dormir..

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Que dire des petits matins dans la forêt des  landes.. en marchant entre les bruyères et les fougères.. cette odeur forte d’humidité.. le pas élastique sur le sol couvert d’aiguilles de pins.. l’odeur de la  résine qui suinte vers les petits pots d’argile..

On se dirige vers le  lac  qui fume..  saupoudré du jaune du pollen des pins.. le  martellement au loin du pic.. et un gros remous la bas  près des nénuphars..

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Que dire  du ciel  étoilé..  du chant des grillons..

des insectes de la nuit quand la tiède brise de mer passe au dessus du maquis encore chaud de la  journée et vous porte cette odeur unique..

des  plantes du maquis.. bruyères.. arbousiers.. cistes.. myrtes..

Les marins grecs  qui la nommaient Callisté.. prétendaient qu’on sentait cette ile avant de la voir..

Oui.. tous ces  moments.. tous ces instants de ma jeunesse.. Le Pradet.. Ondres.. Solenzara..

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Pourtant..  depuis 15 ans que nous sommes ici.. je n’ai pas de nostalgie…  Peut être parce que je suis sûr que je ne pourrais retrouver ces souvenirs..

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mais aussi  parce que,  quand nous arrivons à Lann Bihoué,  que l’avion amorce son dernier virage sur le tarmac,

j’ai l’impression de revenir  d’un lieu d’où je ne suis jamais vraiment parti..

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Pourquoi ici.. j’aime la pluie.. le vent.. le vrai.. comme le mistral.. celui qui fait chanter les fils..

gronder la barre au loin comme si un train sans fin déchirait  le souffle de la nuit..

Pourquoi je me sens si misérable face à ces tonnes d’eaux vertes et écumantes qui se fracassent sur la côte sauvage..

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et qui peuvent en  quelques jours se retrouver si bleues.. si calmes..

Pourquoi j’aime ces arbustes qui poussent dans le  vent salé, l’ajonc qui nous offre son or presque toute l’année

Le cri des goélands piailleurs et bagarreurs qui se chipotent  pour une étoile de mer ou un morceau de papier..

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Et les sentiers..  qui serpentent entres des murets moussus et couverts d’arbustes..

on s’attend à tout moment à entendre le cri de la chouette.. ou même de voir l’Ankou et sa carriole grinçante..

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Les chemins dans la dune..  aux plantes si belles et parfois rares qui  résistent aux conditions les plus rudes.. vent.. sable..

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Et parfois l’eau salée quand, dans un effort énorme, la terrible  alliance de la houle et du vent .. permet à la mer d’aller couvrir des endroits que d’ordinaire elle ne voit  que de loin, laissant à  son départ ses cadeaux d’estran.. algues.. goémon.. varech.. peu importe le nom.. morceaux de bois galets roulés et roulés encore..

Que dire  de toute cela… né à Paris depuis pas mal de générations.. serais-je en train de trahir mes ancêtres… Bro gozh ma zadoù..

C’est vrai que  je n’ose même plus  retourner à Paris tellement je souffre de voir ce qu’il est devenu..

Alors  ça doit être un réflexe de survie.. je me suis créé un nouveau pays.. ou un besoin de se raccrocher à la nature.. aux rochers immuables qui seront encore là bien après nous..   au menhirs qui  veillent sur  ce coin  comme des soldats pétrifiés..

Il y a dans cette terre sauvage accrochée sur son granit ..offerte aux terribles vents.. quelque  sort.. quelque charme.. qui  attrape l’âme aussi surement qu’un bagad peut, à sa guise, donner envie de danser.. ou de pleurer ..

 

 

Chaque pays a sa folie, la Bretagne les a toutes.

 (Jacques Cambry, fondateur de l’Académie celtique en 1805).

Marc

 

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Publié 7 janvier 2019 par Leodamgan dans Bretagne, Non classé, Prose à Marc

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