Archives de 26 novembre 2017

Les avions et moi.   56 comments

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Nous  sommes partis d’Orly à l’heure..

le ciel était bien couvert..

le décollage nous a  fait rapidement traverser cette couche de nuages..

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Et nous nous sommes  retrouvés au dessus de cette mer  cotonneuse.. une étendue de mousse. .  il y avait encore quelques  longs nuages  au dessus de nous.. le soleil  était déjà bien bas sur l’horizon et s’échinait à nous fournir toute sa palette de rouge orangé..  version cartes de Noël d’avant.. celles avec la maison qui  fume et  les petites paillettes dorées qui se décollent..

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Mo, comme d’usage, bouquinait près de moi.. l’hôtesse circulait dans l’allée centrale.. bref.. de l’habituel..

Mon regard errait sur ces couches molletonnées.. aux dessins réguliers..  lignes .. petits dômes.. crevasses d’une régularité   humaine.. m’imaginant survolant le pôle ou quelque zone arctique..

Etre là haut.. dans une machine volante.. volant vers le soleil..

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Mon premier contact avec un avion fut terrifiant.. un avion  à réaction  comme on disait alors.. passa  sans prévenir au dessus de la maison.. un rugissement.. j’eus tellement peur que je me suis réfugié sous la table de cuisine..  mon père qui était dans la cour.. lâcha :  « Ahh il a dû passer le mur du son »..

Une image  me traversa l’esprit.. un avion qui fonce dans une meule de foin.. étrange..

Pour moi  les avions c’étaient ces machines que l’on voyait  loin, loin la haut dans le ciel.. et qui le traversait lentement d’un bout à l’autre de l’horizon.. en faisant  « waon waon waon »..

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Mon père me racontait que pendant la guerre..  le ciel en était rempli.. que l’on  pouvait reconnaitre au bruit du moteur si c’était un ami ou un ennemi..

Et que les  raids américains en couvraient le ciel..  le premier passait l’horizon d’un côté.. qu’il en surgissait encore de l’autre coté..

L’été.. allongé dans herbe..il y en avait toujours un dans le ciel.. « waon waon waon »..

Et puis le temps a passé.. gamin, dans mon lit sous les toits le soir.. étant près d’Orly.. je savais distinguer un Vickers Viscount et son sifflement caractéristique d’un gros Constellation.. ou les  avions de la Postale..

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Puis vint le temps du réacteur.. le Comète.. puis la Caravelle..

La première fois que je vis cet avion..  je m’en souviens bien.. Il faisait des essais sur Orly..  sidérant.. un avion avec les moteurs  à l’arrière…

Ma vie s’est poursuivie.. accompagnée  d’histoires d’avions..  bandes dessinées..  Spirou et l’oncle Paul.. Buck Danny.. les romans.. St Exupery.. Chennault.. les tigres  volants..

Le service militaire.. laver les Mirages III..  poser les parachutes  de queue.. charger les Transall…

Puis un beau jour de juillet  68.. la vie active dans une compagnie aérienne Française…

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Tout s’était accéléré.. le Super G  disparut au profit des 707.. que l’on baptisait.. « Château de Chambord.. Ville de  Blois.. »

Le 747 .. Jumbo.. énorme.. hors normes  à l’instar de l’A380.. qui devrait être appelé « Mammouthjet ».. le 747 bouscula tout..

Il fallu revoir les hangars..les aménagements.. le travail en piste..

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Il y a quelques jours c’était l’anniversaire du premier vol Concorde..

Ahhh  Concorde.. un avion superbe..  hélas associé à un terrible drame..

Tous les jours à 11h15.. il donnait le signal du départ à la cantine..

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Pour aller  à Maurice.. on survole la nuit des villes dont les noms s’égrènent dans les romans de Monfreid..  ou  plus près hélas.. dans l’actualité..

« Khartoum.. Addis Abeba.. Mogadiscio.. Dar es salam.. »

On survole  le désert et des énormes taches de lumière nous  montrent ces villes.. je m’imaginais des endroits minuscules.. mais ce sont des taches énormes.. des villes pleines de lumières.. des rues.. des artères..   Et puis le sombre.. le rien..  et parfois.. une lumière.. ou deux.. un bout de route éclairé..

J’éprouve  cette même sensation que dans les trains de nuit de mon enfance.. derrière ces lumières.. ce sont des vies.. des gens  qui sont là.. ensembles..  et nous.. nous passons..

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En survolant la corne de l’Afrique.. et ses zones désertiques..  rien.. le  ciel monstrueusement étoilé.. en bas c’est le désert.. le sable .. les cailloux.. les rochers.. Et puis pour nous rappeler nos origines..  ça et là.. une lumière.. comme il y a  100 000 ans le feu..  des gens sont là.. vivent.. partagent.. échangent..

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Là haut les étoiles..  le feu clignotant  rouge  ( ndlr : ou vert) du bout de  l’aile.. parfois les phares de l’avion..  les réacteurs.. les moteurs qui tournent..  on pense à Mermoz.. l’aéropostale.. quand ils survolaient le désert vers Cap Juby avant de se lancer pour la  grande traversée… Ce ne sont pas quelques lettres qui poussaient ces hommes d’exception à risquer leur  vie.. les  pirates du désert.. le pot au noir.. les montagnes énormes des Andes.. la neige.. la panne de moteur..  Qu’est-ce qui les poussait.. à faire ce qu’aucune bête n’aurait fait…

Le gout de voler.. surement.. l’exploit.. probablement. .  mais sans aucun doute ce qui pousse chacun d’entre nous  à faire  ce que nous devons faire.. à le faire bien.. au mieux..  le faire coute que  coute..

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Bien sur eux payaient de leur vie.. comme d’autres aujourd’hui dans leur  métier…

Dehors il fait  moins 55 ou moins 60 degrés..   l’avion a séjourné des heures sur la piste  surchauffée.. et l’ensemble supporte ces  variations de température.. dans  le cockpit du  Concorde on voyait nettement l’allongement de la  cabine..  ( le fuselage s’allongeait de  20 cm).

Depuis Pilatre de Rozier, Ader.. combien   sont morts.. pour que je puisse rêvasser sur mon siège de cet ATR qui nous emmène vers Lorient..

Combien d’exploits.. humains.. techniques.. combien de sacrifices.. Combien de progrès  ne verrai-je pas.. on parle d’avions fusées..

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Tiens.. on arrive à Lann Bihoué..

on va retrouver notre Twingo..

« waon waon waon »…

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Marc

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Publié 26 novembre 2017 par Leodamgan dans Non classé, Prose à Marc, Voyages

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