Nostalgie d’ovalie   45 comments

Fait du vent.. fort.. on attend 130 km/h cette après-midi.. la rivière d’Etel est bien haute..

et Mo me lance des yeux de biche en me demandant si des fois,

je n’aurais pas une idée de Blog..

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Va savoir…

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Alors, l’actualité aidant, je ne parle pas de l’odyssée.. d’Ulysse and Co.. je parle du match de samedi.. que les journalistes toujours avides d’anglicismes, ont baptisé « le crunch ».. moi, ça m’horripile ces mots anglais partout.. crunch, punchline, pitch.. encore écrit comme ça.. crunc’h.. ça ferait plus Breton que Grand-breton!

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chabalChabal

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Pour moi France-Angleterre.. c’est l’histoire.. comme avait lâché Alphonse Alimi le boxeur. Il avait vengé Jeanne d’Arc.. c’est Trafalgar, Fachoda.. Mers el Kebir.. sur la pelouse bien sûr.. en fait je les aime bien les Rosbifs.. surtout quand ils perdent..

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lomuLomou

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Tout ça à cause du rugby.. prononcer à la française : ruby.. si on peut rouler le « r » c’est encore mieux.. j’ai découvert ce sport quand j’avais une quinzaine d’années.. et malgré les espoirs de mon père, je n’aimais pas trop le foot..

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dessin7.

il avait beau m’emmener au Parc des Princes.. l’ancien.. celui avec la piste cyclable où crissaient les crampons.. me faire vociférer aux exploits du Racing Club de Paris je suis tombé dans l’ovalie.. avec plusieurs camarades de classe, on s’était inscrit et le jeudi (je crois bien que c’était le jeudi après-midi à cette époque), on allait au stade Pershing ou au stade Bonvoisin à Vincennes.. tâter du cuir..

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dessin6.
Je n’ai jamais été fluet, et je me suis retrouvé numéro 3.. c’est-à-dire l’un des trois qui poussent devant à la mêlée.. à droite.. sort peu enviable.. car à notre niveau de jeu.. l’activité se résumait à pousser comme des bœufs.. soufflants et transpirants, l’oreille et la joue sur celle du mec d’en face.. La sueur.. les cheveux collés..le souffle..le bras au dessus du plus petit au milieu appelé le talonneur.. avec le bras du mec derrière qui t’attrape le short par devant comme il peut.. l’objectif était de faire passer le ballon derrière.. bien sûr les échanges de coups de satons étaient monnaie courante.. et je m’étais bricolé des espèces de protège-tibias pour mettre sous mes chaussettes.. donc on poussait.. soufflait.. le plus souvent ça se terminait en magma humain.. ceux au maillot propre derrière s’étaient déjà amusés à faire quelques courses et passes.. que se relevant à peine.. il fallait jouer une touche.. ou pire.. refaire une mêlée..

.melee

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Notre jeu n’avait rien de ce que l’on voit à la télé.. c’était brouillon, mal organisé.. mais il y avait cette chose unique de ce sport unique.. une unité, une seule envie. . un seul but.. gagner ensemble.. une solidarité, une fraternité.. comment pourrais-je transcrire cette sensation.. cette force qui vous pousse.. cette puissance que l’on ressent .. ces grognements.. cette odeur de sueur et d’haleines mêlées.. la douleur à l’épaule.. à l’oreille .. ces cris.. durant ces minutes le monde se résume à la pénombre de l’arc de cette cathédrale humaine..

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rugby1.
si ça s’effondre .. on se retrouve face contre terre.. le nez dans la boue.. désarticulé.. l’hiver quand les corps fument.. la mêlée se transforme en un organisme vivant.. qui se déplace.. d’avant en arrière.. bouge.. vit.. meugle… nimbé de brume.. une communion.. bien sûr c’est un sport dur.. qui fait mal.. quand se termine le match..

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c-rivesRives, dit : « casque d’or ».

le retour aux vestiaires.. joyeux de la victoire ou tristes .. les corps sont meurtris.. couverts de boue.. on récupère un peu.. assis sur le banc.. l’entraineur essaye de dire les mots qui vont bien.. et puis la douche.. chaude.. très chaude.. qui nous sort de la gangue de terre et de boue.. les petits picotements commencent.. les petits saignements des griffes .. estafilades.. coups de crampons.. la boue avait étouffé le saignement.. mais là il se libère. .. ça picote, ça cuit.. l’épaule fait mal.. le genou..

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chaussures.
A l’époque, les crampons étaient constitués de petits disques de cuir cloués sur la chaussure.. bien sûr, à l’usage, le petit clou était plus apparent …
J’ai joué deux ans.. et puis après le bac, l’école à Clichy.. ce fut moins facile.. alors je me suis tourné vers autre chose.. j’ai pratiqué l’aïkido.. j’ai bien aimé..

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dessin-2

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Mais jamais je n’ai ressenti ce que j’ai vécu durant ces deux années.. inscrites au plus profond de moi.. peut-être je paye aujourd’hui avec les genoux qui sont douloureux.. et l’épaule qui m’a abandonné.. quand je regarde un match à la télé.. tous ces moments remontent.. les odeurs.. les cris.. les coups..

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L’autre fois.. la jeune fille d’une amie qui était allée voir un match à Twickenham.. me faisait part de son étonnement d’avoir entendu le bruit.. le choc des corps.. ben oui.. à la télévision on ne le perçoit pas.. mais ça fait du bruit.. masse contre masse.. corps contre corps.. pas de protection.. masse de muscles contre masse de muscles..

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Ce samedi soir c’est France-Angleterre..

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Je penserai à ma jeunesse.. à ces moments intenses.. je penserai au match France-Angleterre de 1970.. quand l’essai valait 3 points.. je l’avais suivi ce dimanche après-midi depuis le foyer des soldats.. où je faisais mes 16 mois.. les Français avaient étrillé les Anglais 35 à 13.. Historiques, les Dauga, Trillo, Bourgarel (un ailier aux jambes de feu***)..

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Depuis le temps a passé.. les règles ont un peu évolué.. l’essai vaut 5 points.. le professionnalisme est arrivé.. la publicité sur les maillots.. et les affaires de dopage.. eh oui.. mais l’esprit reste.. Je pourrais écrire des heures sur ce sport..

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Pour la conclusion.. je suis partagé entre deux pensées :
Celle de Saint-Exupéry : « Le but du sport est d’unir les hommes »
ou celle de Walter Spanghero.. (merci à lui) :
« Eh bé.. si j’avais pas eu le nez.. je prenais son coup de poing en pleine figure »

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logo-ffr.
Allez France !!!!

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Marc

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*** Bourgarel était d’origine antillaise. Lors de la tournée de l’équipe de France en 1971, l’Afrique du sud où sévissait l’apartheid s’opposa à sa venue. Le Président Ferrasse, appartenant aux « gros pardessus » comme on dit, fut très clair : ce serait l’équipe de France avec Bourgarel ou rien. Durant les matches, le malheureux Bourgarel fut l’objet d’agressions terribles. Mais ses camarades : Dourthe, Skrela , Spanghero .. lui manifestèrent ce que ce jeu nous donne : de la solidarité. Il y eut une gigantesque bagarre générale, puis le jeu reprit et le second « test match » se termina par un match nul. Sur un drop de Cantoni..

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Publié 4 février 2017 par Leodamgan dans Divertissement, Non classé, Prose à Marc

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45 réponses à “Nostalgie d’ovalie

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  1. j’imagine Mo te faisant des yeux langoureux Marc pour un texte 🙂
    ou peut être t’a elle simplement menacé de te plaquer si non ! je rigoleu bêtement …
    bonne soirée à vous deux …

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  2. Je n’aime pas le rugby…le foot non plus d’ailleurs…mais raconté comme ça…

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  3. Sacré sport 🙂

    Le plus important reste la mémoire, sans nostalgie et toutes ces émotions, odeurs, bruits qui remontent de la mêlée …

    Ca change du jardinage 😉

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  4. haha, excellent ! quel sport de brutes quand même…
    J’adore mes petits dessins 😀
    Quand j’étais petite, je préférais le football qui me semblait plus chic ! Maintenant, non…
    Bises

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  5. pour ton épaule Marc ! 🙂

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  6. Superbe billet sur un sport qui a bercé toute mon enfance…Mon quart de sang irlandais sans doute…
    ¸¸.•*¨*• ☆

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  7. bon courage pour la tempete

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  8. C’est bien, de défendre ce que l’on aime ! Chris

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  9. j’avais choisi le volley et la voile, sport sans contact avec çuid’en face ; mais mêmes émotions, solidarité, effort commun, et…choc et bleus 🙂
    et que ceux qui jouent le mieux l’emportent !

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  10. J’aime bien ce récit d’autant que j’avais un copain qui faisait du rugby en banlieue parisienne et qui était revenu une fois avec dix huit points de suture au crâne. Il avait foncé tête baissée sans regarder qu’il y avait un type en face qui faisait pareil. Ma femme a regardé le match de ce soir en poussant des hurlements 🙂 🙂

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    • Marc n’a pas hurlé hier, il a juste un peu ronchonné et s’est esclaffé par moments , ce qui ne l’a pas empêché de vibrer.
      En ce qui me concerne, je n’ai pas regardé le match et me suis juste enquise du résultat à la fin. Il y avait avant le match Irlande/Ecosse et je n’ai écouté que l’hymne « Flowers of Scotland » que je trouve très émouvant chanté à l’unisson.
      Mo

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  11. ehhh ! J’ai adoré ce billet étant moi-même, bien que breton, issu de la RP (hélas).
    Lorsque je fis mes armes en Corrèze ce fut ça : « Quoi le foot ? C’est quoi ce truc là ? Ici c’est le RUGEBY ! » ET j’ai dû m’y plier. Taillé comme une arbalète à l’époque, j’ai appris à aimer ce sport de « brutos » joué, comme on dit par des gentlemen (sorry pour l’anglissisme) Concernant le tournoi de ce jour, je me suis plus régalé avec le Ecosse-Irlande qu’avec le CRUNCH ! Bizzz à vous les amis et promis on se voit dès que nous avons nos amarres du côté de Lorient (club de foot en perdition) Amitiés cafardesques

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  12. Ouch ! On se fait vraiment trop mal au rugby, je préfère les sports solitaires où on ne risque pas de se faire laminer comme la course à pied ! Bravo pour ce texte qui transpire (abondement) la nostalgie. L’écriture de Marc, c’est toujours un régal !

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  13. Ah, le rugby! Pensez à la pôooovre mère que je suis, et qui voit sa fille passionnée de rugby! Après s’être déchiré les ligaments croisés et divers tendons, elle s’est mise à l’arbitrage. Moins dangereux, sauf que les entrainements, elle les fait avec les joueurs. J’ai reconnu dans l’écriture de ce texte la même ferveur, la même passion que lorsqu’elle m’en parle. Moi qui rêvais pour elle de danse et de musique…

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    • Eh bien tu as une fille sportive! Toi, la muse musicienne (mais randonneuse expérimentée tout de même)… Marc trouve ça très bien. Elle sera quelqu’un de très bien!
      Dommage pour l’équipe française de rugby féminin qui a perdu face à Albion dimanche dernier, ta fille aurait fait une excellente recrue! 😉
      Mais bon, je reconnais qu’elle s’est fait de sérieuses blessures, je me souviens que tu en avais parlé sur ton blog. 😦

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  14. Je ne rate pas une occasion de regarder un match de Rugby … à la télé. Je n’ai jamais touché un ballon ovale, je ne comprends pas bien les règles et les placements, mais j’aime beaucoup. En 1970, j’étais en France, tous les noms que cite Marc me reviennent en mémoire. Je me souviens que les Spanghero étaient deux et que Georges Pompidou était intervenu, je crois, pour que l’un deux soit le capitaine….
    J’aime bien ce sport.

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    • Il faut espérer que dans quelques années on verra d’autres équipes africaines que les Springboks, entrer dans la coupe du monde.
      la Namibie n’en est pas loin.. pas mal de joueurs Africains pratiquent en France, c’est une bonne chose.
      Tu as raison, les frères Spanghero font partie de la légende de ce sport., comme les frères Boniface ou les frères Canberabero .
      Marc

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  15. Oh Rugby, je n’y sais rien mais absolument rien. Si qq pouvait m’expliquer au moins pour comprendre ce que c’est comme sport …:) Comme ça tu m’as initiée un peu, merci!

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    • C’est un jeu très simple..
      Il se pratique entre deux équipes.. de 7, 13 ou 15 joueurs..sur un terrain de 144 m de long . au maximum et 70 m de large.. au minimum. En général le terrain est en plein vent et on peut y jouer par tous les temps sauf si il gèle à pierre fendre…le sol est trop dur..
      L’objectif est d’aller déposer un ballon ovale derrière la ligne de fond de terrain de l’ équipe adverse..la singularité de cette progression est que l’on doit toujours passer le ballon en arrière..
      Et ce avec les mains ou les pieds..même la tête..
      On peut arrêter l’adversaire par presque tous les moyens.. sauf lui prendre la tête ou le cou..
      Bien sur les coups bas sont interdits, judo karaté également.
      Un match dure 80 minutes..avec un arrêt de 15 mn..bienvenu .. !! au bout de 40 mn..
      Voilà.. c’est simple.. ensuite on agrémente avec des règles de plus en plus complexes.. qui ont des noms en anglais pour faire beau..
      Puisque parait il ce sont les anglais qui ont inventé ce jeu..même si ça se pratiquait en Gaule sous le nom de soule depuis la nuit des temps..
      Voilà..
      Marc

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  16. Bonjour
    J’aime bien regarder de temps en temps
    Bisous

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  17. J’aime beaucoup ce billet comme le rugby d’ailleurs !

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  18. Tu as raison Marc on utilise de plus en plus de mots anglais sans souvent savoir leur signification .
    Dernièrement j’ai entendu une femme dire à propos de la déco de sa maison que c’était le style Jungle fever , j’ai dû aller faire des recherches pour voir de quoi il s’agissait .
    En tout cas ton article sur le Rugby est superbe .
    Bises

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    • Je ne connaissais pas « Jungle fever » mais je m’agace sur « news room », « punch line », « breaking news », « trendy », j’en passe et des meilleures. Ce sont les journalistes TV, tout ça. J’ai envie de dire « shit! » ou « bullshit », du coup… Il y en a même qui prononcent des mots courants à l’anglaise, j’ai entendu : « agèneda » pour « agenda », « Rèmebrandt » pour « Rembrandt »… En plus, ce n’est pas toujours cohérent, ils peuvent prononcer dans la même phrase sans frémir : « Effe Bi Aïe » et « Cé I A » .
      Merci pour le compliment.

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  19. Bonjour
    Je te souhaite un bon week-end
    Bisous

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  20. eh oui, super post, Mo… je te le dis d’ici, de la capitale du rugby… 🙂

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  21. Mo a eu raison, ce billet est passionnant même si on n’est pas fan de sport .
    Marc a un vrai don pour raconter les histoires.
    Bizzz à tous les deux.

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  22. le rugby une des rares passions de ma vie, très bien retranscrite ici 😉 j’ai lu le petit livre de Serge Simon « la mêlée » sincèrement tu la décris aussi passionnément que lui. L’un de mes fils à joué de 11 à 20 ans et bien ses amis de rugby c’est la même (ou presque) équipe aujourd’hui. C’est un sport à part peut être un peu moins aujourd’hui mais tu as raison, avec le même esprit.

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