Mon bloche, il est crouni   40 comments

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Hé  oui, pas simple, la langue de chez moi..

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ARGOT

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J’ai eu durant des années un collègue de bureau.. breton de souche.. qui ne cessait de me répéter que je n’avais pas de racines, pas d’histoire..

Il me parlait du Gwen a du, du Brogoz ma zadou.. Cadoudal et tout le toutim..

Lui avait des racines, une langue, une culture.. et moi, rien, je ne pouvais rien revendiquer..

J’avais beau lui dire qu’aussi loin que je le savais, mes ancêtres étaient nés à Paris..  lui parler de la Commune, de Bruant..

Rien, je n’avais rien.. pas de gastronomie.. pas de langue.. j’étais un « sans racines »..

Le plus souvent, je renonçais à débattre.. parce qu’au fond de moi, je m’en fichais complètement..

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C’est vrai, gosse en Savoie j’avais droit à « parigot tête de veau », « parisien tête de chien »..

même le père de Mo m’avais traité de « parisien à gros bec »..

Je pense qu’aujourd’hui encore…

Seulement des parisiens.. des vrais à l’ancienne.. y’en a pas bezeff.. y’a souvent un lien avec la province.. alors que moi..

à part ma grand-mère paternelle née dans les Hautes-Alpes et qui a donné la filière toulonnaise

vu que ses parents avaient fui la Commune pour se réfugier dans le Sud..

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Mais bon, passons.. je suis donc d’ici.. Paname et sa banlieue.. Paname avec son passé.. Paname et Ménilmuche..

Mon grand-père, qui est né rue d’Aligre dans le XIIe, bossait le fer-blanc comme son dabe..

et c’est avec lui et mon père que j’ai acquis  quelques rudiments de la langue de chez moi..

Au fait, pour dépister un parigot, c’est assez fastoche.. il y a quelques trucs..

j’en livre un.. chez nous on dit « tonde la plouse » et non  « tondreu la peulouse »..

On dit aussi du « gruhère » et non du « gruillère ».. donc, à leur côté, j’ai attrapé un accent pas terrible..

La première fois que je me suis entendu au magnétophone.. j’ai eu l’impression d’être un frangin à Mistinguette « reineuuu du mondeuuu »..

Ben, c’est comme ça, je ne peux pas le renier..

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Revenons à mon propos : « mon bloche, il est crouni »…

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argot

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Les ceusses qui jactent.. jaspinent l’argomuche auront entravé..

pas besoin de se creuser la calbombe, on sait ou on ne sait pas..  on pige ou on ne pige pas..

Je ne sais pas de quand date l’argot ou le louchebem.. parait que du temps de Villon, déjà..

En tout cas, pour lire du Simonin, faut s’cramponner.. pas question de chanstiquer.. faut s’humecter la menteuse.. se boucher les portugaises..

et s’faire chauffer l’citron..

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Mais je ne vais pas vous faire tartir plus longtemps..

Etant môme, lors des séances pêche avec mon grand-père.. ce dernier qui les avait à la retourne..

préférait que ce soit moi qui change l’asticot inanimé sur son petit hameçon..

Certes, il avait peut-être les châsses défaillants.. mais c’était surtout qu’il n’avait pas envie de sortir ses pognes de ses fouilles..

Le prose sur le pliant.. le tire-moelle sur le grimpant.. installé qu’il était..

Alors, il sortait la ligne de l’eau et lachait : « mon bloche il est crouni »..

Je savais ce que j’avais à faire.. enlever la pelure du bestiau du grappin.. en prendre un neuf bien remuant.. lui traverser la boîte à ragoût..

et zoup! immersion..

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Voilà.. le bloche était crouni.. nazebroque.. clamecé..

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asticot-mod1

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Marc

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Publié 15 décembre 2014 par Leodamgan dans Prose à Marc

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40 réponses à “Mon bloche, il est crouni

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  1. mais quand parle en argot, nous ne sommes pas compris de l’extérieur … est ce qui cela qui fait vraiment notre histoire, l’histoire d’un peuple. Mais la langue maternelle est l,histoire, une science, une tradition, une culture .. peut importe si elle est étrangère au pays ..

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  2. bon il faut juste essayé de comprendre pas toujours evident

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  3. J’ai bien rigoler, mais j’ai pas tout compris non plus.

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  4. Rien compris à l’argot mais c’est si drôle 🙂 Rares sont les parisiens de souche, alors je trouve que c’est bien d’avoir ces racines, comme les avoir tout court. Mais surtout ne pas devenir le vrai : arrogant, désagréable, agressif et… la liste est fort longue…
    Parisienne d’adoption, parfois traitée de « sale polack » 🙂 mais citoyenne du monde, autrement

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    • Donc, pour toi, le vrai (????) parisien est « arrogant, désagréable, agressif… « . Je ne sais pas qui tu as pu rencontrer en arrivant, mais pour Marc, les caractéristiques que tu mentionnes sont plutôt propres aux « pièces rapportées » plus ou moins récentes, les parisiens comme il l’entend, ceux là mêmes qui sont comme lui, seraient plutôt indifférents aux questions d’ordre géographique et ne tireraient aucune gloriole d’être de la capitale.
      Parce que c’est comme ça.. Comme d’autres sont de Toulon ou de Craponne sur Arzon.
      En ce qui me concerne, arrivée à Paris à 25 ans depuis ma province Ch’ti pour travailler, je n’ai eu affaire à rien de tel. Par contre, c’est dans ma province natale que j’avais été traitée de « polack » (oui, je suis d’origine polonaise aussi, mes grands-parents étant arrivés en France dans les années 1920). C’est au point que ma soeur m’a demandé : « Comment, tu oses dire que tu es d’origine polonaise? », mais à Paris, cela ne semblait déranger personne que j’ai pu rencontrer.
      Ceci étant, on trouve des gens prétentieux partout.

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      • Ravie d’apprendre que tu aies des origines polonaises, Mo et effectivement, je ne sais pas distinguer les « vrais » parisiens de pièces rapportées 🙂 Certes, il y a des gens prétentieux partout mais comme je répondais à Juliette, je ne suis pas la seule à avoir cette opinion.
        Tu n’as pas mon accent, ni mon nom « à coucher dehors », que j’ai changé, à cause de ces remarques, entre autres…
        Et non seulement lors de mes années de « galères » j’ai croisé des personnes plus que désagréables mais les journalistes étaient encore pires. Et combien de fois ai-je entendu que je venais « bouffer le pain des Français ». Mais passons, je m’y suis faite et à présent, j’évite les « nuisibles » et je me suis faite des amis formidables

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    • j’avais pas lu ton mot Elisabeth ! ma maman vraie parigote de parent et grands parents parigots était très simple , sans prétention , et le reste de la famille que j’ai encore là bas aussi …faut pas généraliser comme ça …

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      • Désolée, Juliette, j’évite les généralisations en principe mais mes 33 années de vie parisienne continuent à me donner cette impression, confirmée d’ailleurs par les provinciaux et touristes. Mais je t’assure, je connais aussi des gens formidables et sûrement, des parisiens de souche, comme ta famille le sont certainement

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  5. j’aime bien l’anecdote du ver clamsé ! j’ai presque tout pigé, vu que j’ai un peu vadrouillé quand j’étais mioche …et que j’ai des racines étalées …
    j’ai trouvé ce p’tit dico Mo : http://fr.wikipedia.org/wiki/Patois_marnais
    Le coup du parisien à gros bec m’a fait rigolé, entre autres
    😉

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  6. J’ai un livre de Simonin. J’ai calé à la troisième page.
    C’est vrai qu’à la campagne on m’a traité de parigote, comme on en traitait d’autres de polaks ou de ritals. Je n’ai jamais pensé que c’était injurieux. Mais essayez donc maintenant de parler de nègres (terme courant lorsque j’étais jeune) ou de bougnoules !!

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    • Il faut cesser aussi le racisme anti-parigot! Le politiquement correct n’est pas allé assez loin! 😉
      Pour comprendre Simonin, il faut potasser « La méthode à Mimile » de Alphonse Boudard. On le trouve en livre de poche ou en ligne.

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  7. Mon père récitait  » l’histoire du corbac et de son coulant baraqué » … j’ai presque tout pigé le texte de Marc . 😉

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  8. Moi, pas de racine, pas de langue tordue, tant mieux! Parisienne de parents français nés hors de France.

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  9. Les longues années que j’ai passées à Paris, travaillant en milieux ouvriers pendant les vacances universitaires m’ont permis de me déboucher un peu les oreilles, mais alors juste un peu.
    L’être humain est fier d’afficher ses particularismes de langage ou de sol et je peux comprendre que Brassens ait dédié une chanson aux « imbéciles heureux qui sont nés quelque part », y compris à Sète.
    Mais c’est un bel exercice que ce billet.
    Bonne journée à vous

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  10. Bravo pour ce bel exercice de style ! Mes racines sont plutôt étalées aussi, ce qui finalement a aiguisé mon sens de l’adaptation.. 🙂 Bonne journée à vous deux..

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  11. Ancêtres bavards…

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  12. Je sus passée hier vous mettre l’histoire du corbeau et du renard, et je suis repartie… où avais-je la tête ?
    « Un pignouf de corbac sur un arbre planqué
    S’enfilait par la gueule un coulant baraqué

    Maître renard, qui n’avait que trois clous comme béctance
    Lui tendit le crachoir et lui tint la jéctance

    oh hé beau canari, si tu pousses ta gueulante aussi bien qu’tes fringué
    T’es un pote à la r’dresse des costauds du cartier

    A ces mots, le corbac se sentant s’émouvoir
    Lui dégueule le fromton sur le coin du mouchoi »
    Bref, ce n’est pas du tout ce que j’avais appris par coeur à l’époque mais c’est juste pour apporter ma pierre à votre édifice !

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  13. Ce n’est pas toujours facile de comprendre l’argot et aujourd’hui j’ai appris « tonde la plouse  » et gruhère .
    J’ai une amie picarde qui dit toujours pour le mot Courgette des Gourgettes ce n’est pas de l’argot mais je n’ose lui dire qu’elle dit Gourgette et non courgette , il faudrait que je l’enregistre pour qu’elle réalise sinon elle ne voudra pas me croire .
    Bises

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  14. On se dirait chez Audiard 🙂 🙂 Mon épouse est parisienne, née dans le quatorzième. Lui parler d’habiter en province lui donne des angoisses. Moi, je suis content d’être champenois : « Si tu cré que j’te cré, tu peux ben crére que j’te cré po. » Je reprenais l’accent champenois tous les étés, au grand dam de ma mère.

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    • Nonobstant cet accent champenois, la phrase reste parfaitement compréhensible… D’autre part, il n’y a pas un côté normand dans cette affirmation contrastée malgré la distance de la Normandie avec la Champagne?
      Nous apprécions beaucoup la Champagne pour la qualité de sa limonade. 😉

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  15. Je parle couramment l’argot des fortifs. Mais, crapahuter par monts et par vaux nous fait attraper d’autres accents et expressions : c’est ça une langue vivante !

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  16. Tu sais quoi? Je viens de finir la lecture du livre « Mort à crédit » de Céline et dans ce livre j’ai lu pour la première fois ce mot bezef, pas étonnant Céline aussi était un parigot.

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  17. Excellent… ça me rappelle mon enfance dans le 18ème Arrdt… Il y a paraît-il un accent parisien et parfois on me disait que je parlais comme une marchande de poisson, comme j’aime le poisson pas de souci… De plus avec un père espagnol à l’école c’était l’espinguoin, c’est tout mignon les petits pingouins…
    Bisous x 2

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