Cauchemars et amour d’enfance   55 comments

Pour le concours d’écriture actuel chez Mimi Pinson dont le règlement est  ici :  

http://minik89.wordpress.com/2013/03/06/on-fait-la-belle/

et dont les textes sont rassemblés là : 

http://minik89.wordpress.com/2013/03/08/vos-textes-d-on-fait-la-belle/

J’ai présenté le texte suivant :

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Cauchemars.

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«  »Je » est un autre »  affirmait l’un, « Connais-toi toi-même » intimait l’autre.

Et alors, quel intérêt? Pourquoi ai-je voulu en savoir plus? Pourquoi me suis-je adressé à ce psychanalyste prétentieux?

Je fais des cauchemars depuis que je suis tout petit. Ils me laissent une impression terrifiante sans que je garde le moindre souvenir de leur contenu au réveil. Cependant,  je m’y habitue plus ou moins et dans la journée je n’y pense plus. Il ne m’en reste comme désagrément qu’un sourd mal de tête permanent probablement causé par la lumière trop vive du bureau  qui agresse  mes yeux fragiles malgré mes lunettes fumées.

Je suis quelqu’un de très ordinaire, comptable dans une société d’import-export de cercueils. J’aime  passer à l’heure du déjeuner dans le dépôt de marchandises et même les essayer parfois, cela me procure un profond sentiment de quiétude et soulage mon mal de tête. Il faut dire de plus que je n’ai jamais bien faim dans la journée, la cuisine de la cantine est infâme et le cuisinier met toujours trop d’ail.

Je n’ai pas de petite amie en ce moment. Les relations que j’ai pu avoir avant ont toutes tourné court sans que je sache comment ni pourquoi. Les filles que j’ai connues ont apparemment disparu de ma vie sans me laisser d’explications. Peut-être que je criais la nuit pendant mes cauchemars?

J’ai ma séance de psychanalyse tard ce soir. Je suis allongé sur le divan. Dehors, le ciel  d’hiver vire déjà au noir. L’homme de l’art, assis dans un fauteuil derrière moi, s’apprête à me faire revivre mes cauchemars sous hypnose pour les « désamorcer »…

La séance ne lui a pas porté chance, au psychanalyste. Quelle idée d’avoir amené à ma conscience mes souvenirs de la nuit? Il n’a plus l’air aussi prétentieux, mais les morts ont rarement l’air prétentieux, surtout vidés de leur sang, aplatis comme des éponges desséchées avec deux trous rouges au creux du cou.

.

Mo

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De son côté, Marc avait écrit le texte qui suit, mais m’a laissé galamment la première place.

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Un amour d’enfance.

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Nous recevions ce matin pour  notre émission littéraire  Maria Helena  Gomez  qui vient de publier les mémoires de sa grand mère Rachel Gomez née Rachel  Stein..

Un témoignage saisissant sur une période passée, et nous n’hésitons pas à en publier quelques pages  des plus importantes.

 » je suis née en 1889 à Braunau en Autriche, une petite ville sur la rivière  Inn dont la quiétude  n’a d’égale que la douceur de vivre.

Mon père a voulu m’envoyer très tôt à l’école publique du village où je me fis une véritable amie, Paula.  Ses  parents tenaient l’unique auberge du village et son père  qui quelque fois abusait du schnaps, s’échinait à la fleurir de géraniums.

Paula avait un frère  très gentil qui venait   s’amuser avec nous et passait de longues heures à dessiner ou peindre, il avait une passion pour le paysage de montagne, et je dois admettre que même si son talent  n’était pas immense, il  y mettait  beaucoup d’ardeur.

Nous passions des jours heureux, entre l’école, les vacances, les promenades dans la  montage, la beauté de la nature à l’éveil du printemps.

Un soir d’été de 1908, mon père  nous annonça, à ma  mère, mes soeurs et moi qu’il avait trouvé du travail en Amérique du sud, et qu’il nous fallait  réfléchir et nous faire à cette idée.

L’Autriche ne  lui semblait pas un bon avenir nous déclara-t-il, et le Paraguay, semblait offrir des opportunités plus grandes que le Klondyke à l’époque de la ruée vers l’or..

J’étais jeune fille alors et plus intéressée par le  frère de Paula que par  ce pays  que je voyais si loin sur la carte.. cela me parut une déchirure..

Néanmoins,  nous dûmes nous plier à cette volonté.. et après un interminable voyage via Paris, le Havre.. nous nous installions  dans  une maison à San Pedro, à  plusieurs dizaines de  kilomètres d’Asuncion,   la capitale…

Notre départ  de Braunau  fut un moment des plus pénibles,  nous étions en larmes, Paula se serrait contre moi, son frère ne disait mot, mais je lisais dans ses yeux combien ces moments étaient déchirants, j’échafaudais en rêve son arrivée dans ce pays de gauchos.. me faisant la surprise..

Tout cela,  je dus l’oublier, mon père  nous demanda de ne plus écrire en Europe..  de  ne plus entretenir de liens avec le passé..

Le temps s’est écoulé,  l’exploitation de mon père a prospéré..  j’ai rencontré  Luis..  nous nous sommes mariés..

La guerre a commencé en Europe.. mais grâce à Dieu nous fûmes loin de tout ça.. les nouvelles ne nous parvenaient guère et puis à quoi bon..  J’ai pris l’habitude d’ignorer..  juste me concentrer sur le bien-être de mon mari et de  mes enfants..  Aujourd’hui, pour mes 50 ans, on a fait la fête..  Luis a tenu  à ce que ce soit grandiose.. Outre une fête dans l’hacienda avec le boeuf en broche et le feu d’artifice..

Il a tenu à nous emmener au cinéma à Asuncion…

J’ai du mal à écrire ces lignes maintenant..  la séance  a commencé par les actualités du monde.. les nouvelles..

Il a été question d’un nouveau courant de pensée  qui  enflamme l’Autriche et l’Allemagne réunifiées..

J’ai vu  sur l’écran .. un petit homme.. qui levait le bras .. si droit..  et  j’ai cru défaillir.. malgré son uniforme et sa moustache.. il avait  le même sourire.. les mêmes yeux..  le frère  de ma seule vraie amie..

Adolf..

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Marc

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Publié 9 mars 2013 par Leodamgan dans Divertissement, Non classé

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55 réponses à “Cauchemars et amour d’enfance

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  1. Bravo à tous les deux ! On frémit d’horreur ! Heureusement que c’est encore l’après-midi …
    .j’essaierai de ne pas y penser avant de m’endormir . 😉

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  2. Les textes arrivent, le choix va être difficile 🙂 🙂

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  3. Vous êtes très loquaces aujourd’hui, c’est très bien. Je me permets de féliciter Mo qui débute si j’ai bien compris !

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  4. Bravo Mo, bravo Marc, vous auriez pu jouer tous les deux, non ?

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  5. De quoi en faire nous aussi des cauchemars! superbes vos textes…
    Mo, oui tu as raison, c’est bien du lamier au pied des jonquilles,un envahisseur très efficace que j’aime bien!

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  6. je dors aussi dans un cercueil, comme Dracula , histoire de rire jaune …
    Terrible ta chute Mo :mrgreen:

    je reviendrai lire le texte de Marc !

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  7. Aucun rapport Mo , mais ma page avec les commentaires que je laisse chez mes copains et copines est blanche depuis ce matin ! je ne vois plus rien chez vous 😦

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  8. Le « comptable dans une société d’import-export de cercueils » est donc un vampire ???
    😯

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    • On ne peut rien vous cacher. Je n’ai jamais sous-estimé votre perspicacité! 🙂 D’ailleurs, nous nous connaissons depuis combien de temps? Il ne faut pas se laisser abuser par notre accord mutuel de vouvoiement… (certains disent « voussoiement »).

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  9. Il arrive que les souvenirs d’enfants soient des cauchemars…. Superbes vos textes j’en ai la moustache qui tremble ;-).
    Bises à vous deux

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  10. Sympa que vous ayez écrit tous les deux 🙂 Je ne vois pas pourquoi ni à qui cela aurait posé un problème.

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  11. Excellent, ton texte! ça fait rêver…

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  12. La chute de Marc est terrible !!!

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  13. J’aime les 2 !!!
    Et le plus cauchemardesque n’est pas celui que l’on croit !!!!!!

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  14. Deux textes bien écrits qui nous font frémir.Vous êtes doués.
    Bises

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  15. merci à vous deux pour vos textes ! ils sont épatants tous les deux …..entre les deux mon coeur va encore balancer ! et puis tous les autres aussi ! merci de proposer ton aide Mo pour le comptage ! je ne sais même pas où aller chercher la trame du tableau de comptage ! et toi , tu fais çà très bien ! alors merci d’avance !

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  16. Si on mélange ça donne « cauchemars d’un souvenir d’enfance’ 😉

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  17. Bonsoir tous les deux,
    Le cauchemar récurrent de Mo correspondait peut-être à une nécessité de changer de vie, d’environnement. Le cauchemar se poursuit dans la chute ce qui nous place dans une quatrième dimension.
    L’histoire de Marc tourne lui aussi au cauchemar….

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  18. Mo, dans ton récit, dès le début, l’atmosphère est pesante. On s’attend à un dénouement tragique (pas celui-là!). Pour Marc, le récit est beaucoup plus léger mais … quelle chute effrayante ! Ce qui m’a surprise : tu as écrit le récit d’un homme et Marc celui d’une femme. Je vous classe ex aequo ! Bises.

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  19. J’ai une tite préférence pour le texte de Mo dont la chute est vraiment superbe. Le texte de Marc, très troublant, nous rappelle que le peintre frustré qui a malheureusement donné ce qu’on connait, avait « aussi » un visage humain. Très intelligent, mais je préfère le léger.

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  20. Bon début de semaine…il neige sur Grenoble

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