Il était une fois les Halles de Paris   52 comments

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Deux  charmantes lectrices  m’ont  demandé de parler des Halles…

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ça fait  plaisir..  mais des Halles d’avant..  des Halles du temps où c’était le ventre de paris.. des Halles de la bouffe.. de la tortore.. de la nuit.. les Halles des louchebems où les quartiers sanguinolents se baladent dans des  chariots  sur les trottoirs rouges de sang.. les têtes de veaux langue pendante.. qui vous dévisagent depuis le bac en osier.. la malle à Gouffé..  les Halles de la marée.. des  marchandes de poisson.. une voix de poissarde qu’on disait..

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En fait faut que je précise.. suis né  dans  le coin.. rue Vieille du Temple ..  et malgré une  émigration en banlieue pour mes bronches.. j’ai  connu les Halles.. de jour et de  nuit.. môme et adolescent.. et  homme jeune.. ces pavillons Baltard .. fierté du modernisme conquérant quand l’homme domestique  la fonte.. et  en façonne des volutes et autres feuilles d’acanthes.. dont il orne tout ce qui est immobile.. entrées de métro.. kiosques à musique.. pont etc.. les ponts  étant  eux, agrémentés de pulpeuses naïades.. d’hypothétiques dauphins cracheurs.. ou de zouaves culottés qui attendent que l’eau leur arrive au menton..

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Parler des Halles dans  un petit billet  est impossible.. enfin pour moi.. trop de  choses reviennent.. trop d’images.. trop de souvenirs de ces fins de nuits  où la tradition voulait qu’on aille manger une soupe à l’oignon aux Halles.. au pied de Cochon ou chez Robert Vatier..  la Halle au vin qui fut déplacée pour construire Jussieu où je fus poursuivi par les études et les CRS..  certains soirs d’un beau mois de mai.. les Halles où j’emmenai une nuit d’été une jeune fille blonde  en robe jaune..   et talons hauts .. rencontrée sur les Champs  et avide de découvrir Paris avec un guide   prévenant.. miss Iowa…  je me souviens d’elle enjambant les filets des sang sur le trottoir  au milieu des quolibets et remarques alertes  de ces géants  en  capuches blanches maculées de sang.. ça a du lui en faire des images..

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Je ne suis  jamais allé à Rungis..  mais c’est comme le reste.. ben oui.. fallait bien que ça  change.. un amoncèlement de  détritus de  nourritures.. de cageots.. des gens affairés.. des cris.. le gros.. le 1/2 gros.. chacun allant y faire ses courses pour payer moins cher.. Les torrents de  flotte.. de détritus.. de bouts de légumes.. de sang.. dans le caniveau.. les balayeurs au balai d’osier  qui canalisent.. domptent le flux avec le sac en jute roulé.. direction la bouche moloch de l’égout.. bien sur.. le flux entrant et sortant.. des commerçants.. immense.. comme  les globules rouges d’une artère de  vie.. des camions énormes  qui arrivaient par la rue du Louvre.. et qui  restaient là immobiles comme  de gros scarabées bloqués devant une entrée de fourmilière..  un embouteillage permanent.. un ami qui avait une cartonnerie rue Greneta a du déménager.. plus personne ne voulait venir livrer..  je m’égare.

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les Halles c’était le quartier hérité du moyen âge.. la cour des miracles.. les gueux..  avec ce  bouillonnement de vie.. de bruit.. d’odeurs.. de restaurants..  dont les patrons d’origines  différentes garantissaient une cuisine locale.. Auvergne.. Rouergue.. Alsace.. les Halles  la nuit c’était l’ambiance des travailleurs  initiés.. habitués.. les lève- tôt.. 04h00 du mat.. faut démarrer.. des bistrots où certains buvaient  le verre de sang de bœuf.. mais c’était aussi celle des noctambules  venus  terminer  la nuit.. chacun  un peu gris.. on se parlait.. rigolait dans une communauté éméchée dont le seul objet était de se dire qu’on avait passé une bonne soirée..

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Ben oui.. fallait que ca migre.. insalubre.. plus de rats que d’humains.. des rats dans le métro gros comme des radis noirs  dopés aux OGM .. trop grouillant.. trop enchevêtré.. fallait du propre.. du faïencé.. de l’inox.. même  le nom  il ne veut plus rien dire… le MIN..   mine de quoi.. mine de rien.. ah oui.. j’ai bonne mine avec mes souvenirs.. ben oui..  on vieillit..   mais moi, je  ne suis pas comme le bon vin.. je vieillis mal.. j’ai le regret de cette époque  qui  était  bien moins dure qu’aujourd’hui.. c’est vrai   mais qui .. outre ma  jeunesse  avait sans doute.. bah.. à quoi ca sert … d’épiloguer.. mais c’est comme le reste..

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Bien sur avec Mo nous sommes  allés voir le musée  Pompidou.. pour guider des amis Belges.. on a fait un crochet par la Rue Coquillière.. pour aller acheter du matériel  de cuisine chez Dehillerin.. et puis en allant  vers le Louvre  et le quai aux fleurs.. j’ai jeté un œil sur la statue de Gaspard de Coligny rue de Rivoli.. cette statue me fichait une trouille bleue étant môme.. va comprendre Charles.. l’a pourtant mal fini le gonze..

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Frehel chantait .. « Où est il donc »..    http://www.youtube.com/watch?v=7ypsfxGX00I   cette musique qui n’est pourtant pas de mon époque.. c’est ça.. l’ambiance des bistrots du matin.. le  glouglou du perco.. le café presque à mâcher.. la fumée des clopes.. l’aube pas encore debout cette  flemmarde.. la buée sur les carreaux derrière  les rideaux bonne femme  un peu crades qui faseyent sur la  tringle en laiton.. le patron.. bâche vissée sur le crane.. qui verse le calva dans  des petits verres bombés.. les dames au martinet de la rue Etienne Marcel.. les descendantes  (peut être pas) de celles qui me grattaient le menton et donnaient à ma mère des tickets de rationnement  quand  elle allait me promener au jardin des  Tuileries.. que je hume.. que je profite comme on disait..

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Bah oui.. c’est ça mon bled à moi..  mes racines..

Marc

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Publié 12 février 2013 par Leodamgan dans Prose à Marc

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52 réponses à “Il était une fois les Halles de Paris

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  1. Quel bel engouement… Le ventre de Paris… Zola ! Et voilà que je me prends à regretter un endroit que je ne connais pas. Merci !

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  2. Au moins c’est pittoresque ! Vous étiez donc sur les barricades en Mai 1968 ? Purée, comme le temps passe 😉

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  3. Fort, comme ceux des Halles…

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  4. C’est vraiment le quartier que j’aurais aimé connaître du temps de son activité. J’ai relu « le ventre de Paris » de Zola récemment : un chef d’oeuvre, on s’y croirait !
    Superbes les photos de ce billet !

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  5. Fort bien décrit, on sent que c’est du vécu! Mais bon, c’est « un temps que les moins de 20 ans ne peuvent pas connaitre »…

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  6. Joli reportage ! Merci 🙂

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  7. Cela a du être fascinant d’être jeune dans ce quartier 🙂

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  8. Merci Marc pour cette rétrospective remplie de couleurs, d’odeurs et d’émotions .
    Bizzz à tous les deux .

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  9. moi ça me fait limite peur toute cette foule, ces marchandises ……etc …petit campagnard que je suis ! ^^

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  10. Maintenant ce sont les Halles du pique poquet, de la drogue et la violence, des gens qui puent et qui t’écrase sans s’excuser. Pandore-moi de décrire un tableau si négatif de Halles, mais c’est la réalité surtout la mienne, heureusement qu’il y a toi pour me faire encore rêver de certains endroits de Paris.

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  11. Un joli billet qui me fait connaitre cette vie des halles « d avant » et très bien narré!
    bonne journée

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  12. Un très bel article richement illustré. Bonne journée

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  13. Comme elles ont eu raison ce deux charmantes lectrices de vous inciter à en parler… car vous en parlez fort bien, avec le cœur.
    C’est drôle mais le mois dernier en passant dans le quartier en pleine rénovation , j’essayais d’imaginer cet « avant » que je n’ai pas connu.
    Il y a aussi cette chanson de Reggiani qui prend les teintes de cette Paris-nostalgie

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  14. On s’y croirait !
    j’imagine bien les têtes de veau aux laNgues pendantes, le sang dégoulinant, les rats dans le métro, les voix de poissardes, les cris, les odeurs presque ;;;
    c’est drôlement bien décrit Marc …
    Mon père qui a vécu à Paris m’ a raconté les Halles aussi mais oralement …

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  15. Nos enfants parleront avec émotions de Rungis…
    :mrgreen:

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  16. Ça donne envie de relire le Ventre de Paris. Oui, il fallait bien que ça évolue, l’endroit a perdu en âme mais gagné en commodité et salubrité. Resteront les cartes postales.

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  17. magnifique billet sur le « ventre de Paris » ! Bravo Mo

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  18. Vous l’avez peut être regardée

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    • Non, nous ne l’avons jamais regardé, mais c’est bien l’ambiance des photos que j’ai trouvées! La même origine parfois, peut-être. On trouve beaucoup de photos de Doisneau sur ce sujet.
      Merci pour ce complément!

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  19. tes photos sont superbes ! je suis certaine que les gros rats de l’époque étaient moins dégoutants à manger que nos poulets de maintenant…. moi, j’aime bien voir les cageots trainer partout !
    A bientot Soe

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  20. Un article bien écrit qui éveille les souvenirs de ceux qui ont connu les Halles comme toi Marc et je comprends que c’était une autre vie, une autre époque. Les photos appuient le récit, on rentre dans le sujet.
    Bises

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  21. Encore un beau billet, souvenirs souvenirs…Plus d’une fois j’y suis allée, étonnante cette foule ou grouillait toute une vie de besogneux… ses odeurs, ..
    j’avais un peu oublié…Il est vrai que lorsque je vais à Paris tout est si différents.Lorsque je débarque à la gare de Lyon, je me sens presque étrangère maintenant et cherche mes repères et repaires amis ;-)… Je me souviens « du pied de cochon » et encore quelques petites brasseries où j’allais à mes 20 et quelques années…
    Je me rappelle des puces de Saint-Ouen, où enfant j’allais jouer dans les dunettes avant toutes les constructions…j’avais une voisine chiffonnière qui allait vendre ses trouvailles des jours précédents…
    Bravo marc tu as l’art de conter le vieux Paris qui ravive la mémoire enfoui…
    bisous à vous deux

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  22. Salut mon amie, aujourd’hui il fait soleil, La pluie c enfin arrêter !!!!!!je te souhaite une bonne fin de journée, bise a+

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  23. J’ai connu les Halles de Baltar et m’y suis aventurée quand le sang avait été absorbé par le caniveau. Mon oncle nous emmenait avaler une soupe à l’oignon. J’ai protesté quand il a été décidé d’abattre les bâtiments, j’ai même versé une larme. Aujourd’hui, ils détruisent de nouveau après avoir interminablement bouché l’énorme trou qui ne semble pas vouloir ensevelir la vie d’antan.

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  24. Salut mon amie, il fait soleil c super !!!!!!!je te souhaite une bonne fin de journée, bise a+

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  25. Par chez nous , c’est « Les Capus » son marché, sa place St Michel ,… de la vie, des odeurs multicolores, des marchandises , tout le monde s’y croise….on y va pour acheter pas cher et c’est vrai on y finit aussi les nuits ,… autours d’une table , pour des huitres ou une soupe ; mais c’est entrain de changer doucement depuis quelques années ….la ville a invité il y a peu un artiste pour créer un évènement ; il devait choisir parmi toutes les nombreuses places . Sur St Michel il a répondu :  » ah non ! pas ici ! il n’y a strictement rien à faire , c’est déjà un théâtre vivant !!! « 

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  26. Salut mon amie mo, ici les jardin sont inondé on est pas prét d’y faire grand chose!!!!!, il y a un vent glacial ce matin, mais il fait soleil !!!!!!!je te souhaite un bon vendredi, bise a+

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