Homme libre.   37 comments

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C’était en mai 72.. eh oui.. 4 ans après les z’évènements…!!!

(Prose à Marc)

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Je travaillais Boulevard Blanqui.. mais ce matin là.. en partant.. je pris la ligne numéro 1.. direction Concorde..  je la quittais à la station Louvre…

Une bien belle station décorée façon musée qui donne rue de Rivoli.. non loin de la Samaritaine.. du quai de la Mégisserie.. et du paradis qu’est (était) le sous sol du magasin deux..

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Ce matin là.. fut différent.. je ne sais quelle pulsion unique dans  mon existence me prit.. mais en allant vers Dugommier.. pour prendre le métro direction Corvisart..  je me suis dit..   » je n’y vais pas »..  je fis demi tour vers Reuilly-Diderot..

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Et moi.. qui n’avais jamais.. au grand jamais fait l’école buissonnière.. je venais de décider de faire le boulot buissonnier.. un plaisir indicible venait de m’envahir.. l’homme libre.. j’étais un homme libre…

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Au lieu de prendre la rue du Louvre et remonter vers Manufrance..  je suis reparti vers le square du Vert Galant.. le long des quais..   l’air était doux.. le ciel magnifique..

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Et il régnait  cette atmosphère de printemps où la nature reprend vie.. il faisait beau.. l’air était léger.. les filles étaient belles.. la jupe colorée et mobile…

Et j’ai fait mon tour..  doucement,  savourant chaque pas remontant la Seine jusqu’au pont Sully.. le nez au vent humant les arbres en fleurs.. regardant le fleuve.. les arbres.. j’ai fait le grand tour…..  le marché aux fleurs….l’horloge de la Conciergerie..

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 La Conciergerie qui m’avait tant ému quand je la visitais.. penser que des gens avaient attendu ici.. l’appel.. le ci-devant Machin.. la ci-devant Truc.. et direction la veuve.. la bascule à Charlot.. oui, j’avais éprouvé une étrange impression devant ces pierres grises.. mais là.. cette pensée resta fugace..

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j’étais un homme libre.. dans un monde libre.. heureux..

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Je fis le tour par le pont du Carrousel… ou Royal.. je ne sais plus.. en tout cas.. je passais devant la piscine Deligny.. le seul endroit où à l’époque.. se bronzaient les nymphettes en topless.. ayant bien évidemment fait le choix de se positionner de façon que les ouvriers de la Monnaie puissent venir les reluquer à la pause.. dans le fond.. une petite récompense visuelle pour les masses laborieuses..

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J’ai poursuivi ma balade..  pour terminer au bistrot situé près du Pont Neuf sur les quais..à côté du magasin deux.. (de la Samaritaine).

Il était l’heure de déjeuner.. et j’ai demandé un casse-croûte au pâté.. avec un verre de Gamay..
le paradis.. attablé.. face au quai.. regardant passer les jeunes femmes.. le défilé des voitures et taxis..  et le sublime du sublime.. un casse-dalle au pâté et un verre de rouquin..   comme quoi.. le plaisir de la vie peut être simple.. et bonté divine.. j’étais heureux..

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Mais cet état de grâce ne pouvait durer.. était ce le sandwich.. ou le vin.. mais soudain.. l’angoisse me pris..  le remord.. un sentiment puissant de culpabilité me fit quitter soudainement la table du bonheur et sauter dans un taxi.. « Corvisart s’il vous plait… »

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Eh oui.. les forces du patronat avaient gagné… je suis arrivé tout penaud au bureau.. je suis allé voir mon chef pour m’excuser de ce contretemps du à des contraintes exogènes indépendantes de ma volonté…
Mon chef bredouilla.. « oui.. bon.. bon.. pas de problème.. »
et je repris le collier.. posant de nouveau le joug à l’endroit où le poil avait à peine eut le temps de gouter à l’érection..

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Ce fut en 40 ans.. ma seule demi-journée de révolte.. d’homme libre.. j’y pense encore…
Misère que j’y avais pris du plaisir..

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Je n’suis pas un numéro.. je suis un homme liiiibre….!!!

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Marc

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Publié 25 juillet 2012 par Leodamgan dans Prose à Marc

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37 réponses à “Homme libre.

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  1. Bravo !!!! Pour le fait de l’avoir fait, pour la petite histoire si bien relatée…pour le plaisir de te lire… Merci !

  2. et 40 ans après le plaisir est intact, pour vous et pour nous 🙂

  3. C’est la lutte finaaale…
    Et en 68, Marc il faisait quoi ??? Même pas une petite révolte ,,, 🙂

  4. Génial ! ce bonheur, que c’est bon. Il n’est pas tout seul Marc, moi aussi je le fais et pas qu’une seule fois, hey ! c’est la fllibuste qui parle ! Mais dis-moi, Marc devait avoir de sérieux arguments auprès de son employeur, car il avait tout de même , l’haleine un peu chargée non ? après avoir goulument ingurgité son rouquin !

  5. En vieillissant, on comprend qu’il est inutile de se révolter. On peut changer les têtes mais les privilèges ne font que changer de main.

  6. C’est comme lorsqu’on était malade enfant, qu’on restait au lit à lire, à regarder la télé, jus d’orange et petits beurres pendant que les autres étaient en classe…

  7. Une chouette escapade d’une demi journée !
    si tous les travailleurs faisaient ça en même temps ce serait le bordel …
    ET VIVE L’ANARCHIE !!!

  8. la dernière phrase de Marc fait inévitablement penser au  » prisonnier  »

  9. J’ai vécu à Paris dans une autre vie et en lisant ton histoire je me suis vu être à ta place en revoyant tout ces lieux de ma mémoire, en tout cas merci pour ce voyage d’un autre temps.

  10. Si on est le n°6 avec un canotier, c’est quand même bien. Tout le monde à eu son boulot buissonnier. Moi j’en profitais quand j’allais à un symposium professionnel. Pendant une heure, je ramassais des prospectus, les résumés des interventions d’orateurs, un peu de tout, et j’allais me balader le reste de journée. Une fois, c’était à Versailles, pas loin du château, j’ai pu faire le tour du grand canal (7km je crois) et une partie des jardins.

  11. Malheureusement la période des symposium n’a duré que 10 ans, après le contexte du travail a beaucoup changé.

  12. Rooo, que c’est bien, que c’est beau, que c’est juste géant et en plus, quel style.

    Vive l’homme libre !

    Bises

  13. Libre une demi journée : il y a de quoi s’en souvenir ! J’ai beaucoup aimé ton texte qui m’a rappelé le nombre de fois où j’ai fait la même chose quand je préparais Boulle au sortir du pensionnat ! J’avais été prisonnière 8 ans et voilà que l’on me lâche rue des prêtres St Séverin en plein St Michel. J’ai loupé Boulle mais je n’ai pas regretté mon tourisme dans le quartier ! Je me suis rattrapée l’année suivante.
    Je te vois déam-buller en lisant ton texte.

  14. Quel grand plaisir de lire cette histoire…libre une demi journée……formidable!!!!!Agnès

  15. belle évasion !!!!! on ne peut se sentir prisonnier trop longtemps , on étouffe…..il faut parfois ruer dans les brancards….mais sans tirer sur les ambulances !

  16. J’ai adoré cette histoire vrai Marc, même si ce n’était qu’une demi-journée, tu t’es rebellé et tu as fait ce que tu as eu envie e pas ce que les autres ont voulu. Bravo!Bises

  17. Une parenthèse de liberté qui a gardé toute sa saveur !

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