Archives de mai 2011

Mon paradis perdu   19 comments

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Il y avait dans le temps


un endroit.. connu de beaucoup d’initiés..qui y communiaient en secret…

mais qui était un lieu de perdition.. de rêve..

un repaire paradisiaque.

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Oh non il n’était pas habité

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par des créatures .. comme les gueuses du Walhalla..

succubes  au corps à peine voilé guettant goulument le chaland

égaré.. le guerrier mort l’épée à la main..en hurlant Odin..

( comme ce vieux Kirk Douglas au Fort La Latte..)

un lieu de débauche pour nantis ( oui, je sais, c’est pas le moment..) réservé à une frange d’initiés..

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non.. mieux que cela.. le phantasme à l’état pur.. le rêve..
un monde solipsiste..

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le sous sol du magasin deux de la Samaritaine..

le rayon bricolage…

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les créatures qui vous y accueillaient étaient le plus souvent des hommes en blouses grises..

compétents et attentionnés..

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Et les quelques créatures du sexe féminin qui y vivaient

n’avaient rien de comparable avec celles parfumées..maquillées ..miches serrées et la bouche en cul de poule..

au regard un peu méprisant de celles qui officiaient au rayon parfum..

dans un autre magasin. .. à la lumière..

celles là étaient compétentes, efficaces..professionnelles..

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Là..le monde troglodyte.. vous recevait..

vous immergeait dans une fraternité de connaisseurs..

un brouhaha discret.. comme dans un lieu saint..
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certes..il fallait savoir qu’au sol..les bandes de couleurs

étaient le fil d’Ariane des autres magasins..

le bleu pour le numéro 3..le jaune pour le 1..

mais l’initié savait.. et circulait là dedans

comme un saumon revenant sur son lieu de naissance..

aller à la vaisselle sur le demi étage..pas de problème..

à l’oisellerie au dernier étage..aucun souci..

cet endroit était la cour des miracles.. on y trouvait tout..

et même des choses que l’imagination la plus débridée n’aurait oser inventer..

le plaisir malsain de plonger sa main dans la boite de vis de huit..

ou de boulons de douze..

des boites comme celles des grainetiers..

ou du marchand de bonbons qui officiait à la porte…

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Partout des casiers en bois patinés par les attouchements..

dans lesquels on versait des cartons de vis. de clous.. d’écrous et de boulons..

différentes tailles ..modèles..

et on achetait au poids.. le tout mis dans une enveloppe sac en papier kraft marron

tamponnée     » La samaritaine    »

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ah certes.. ça n’a rien à voir avec le  » blister  » d’aujourd’hui..

cette saloperie en plastique épais qui protège la vis en alliage alumino galvanisé..

sans doute fabriquée je ne sais où.. ( et taisons le..)

et dont la robustesse est celle de la guimauve un soir de fête à Neuneu..
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non..là,  elle s’était laissée palper, la vis,  ..étreindre.. estimer..

en fait.. le magasin avait confiance..

et c’est vrai qu’aucun des communiants n’aurait oser en mettre une poignée dans sa poche..

ça n’était pas de mise dans la confrérie..

sans doute quelques hérétiques se sont livrés à ces jeux pour assouvir une pulsion kleptomane..

mais chaque habitué.. avait le regard réprobateur.. intense..

il convenait de fixer intensément le contrevenant..
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ah le sous sol du magasin deux.. que de temps y ai je passé..

avec le plaisir suprême de donner des renseignements aux nouveaux prosélytes..

il suffisait d’être en veston ( comme on disait à l’époque) et n’avoir aucun sac ou autre sacoche..

pour passer pour un chef de rayon..

le couronnement suprême était de donner un renseignement sur un objet difficile à dénicher..

un bouvet..?? oui monsieur.. sur votre droite là bas.. derrière les forets..

le bloc moteur Peugeot..oh monsieur.. en 500 watt il sera un peu juste pour le 12mm dans le béton..

il vous faut directement la 1200 Watt..
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eh oui.. que de souvenirs dans ce lieu..

que de rêves de pavillon..de bricolage.. d’atelier bien rangé…

Il y a des coins dans Paris.. où je n’ose plus retourner.. je n’ose plus ..

c’est trop d’émotions de voir ce qui est arrivé..comment tout a changé..

oui, je sais, c’est le progrès..c’est inéluctable…

mais trop de choses remontent.. sans doute aussi la secrète douleur d’avoir perdu sa jeunesse..

Je ne sais pas ce que sont devenus les vendeuses et les vendeurs..

mais je les remercie..

ils aimaient leur métier.. ils étaient compétents et serviables..

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 Vendeurs de la Samaritaine

sous-sol du magasin deux..

merci..

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Marc

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Publié 21 mai 2011 par Leodamgan dans Prose à Marc

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Té, galinette!   17 comments

J’ai tanné Marc pour qu’il me raconte une autre histoire

et j’ai gagné!

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  Bon.. té galinette.. je vais te raconter une histoire vraie..

Une histoire vré..

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Comme on en raconte le soir sous les micocouliers..

Quand le temps est venu pour les petits grillons de se déchainer..et d’inviter la copine au bal..

On les entend le soir quand il fait chaud.. que la soirée est tiède et le ciel constellé d’étoiles..

‘’ nique..nique..nique.. ‘’ bruissent-ils dans la garrigue surchauffée du soleil de la journée..

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Plein d’espoirs les gonzes..

Mais bon.. je vais raconter.


C’était il y a bien longtemps.. j’étais minot et comme d’habitude je
passais mes vacances à Toulon.. pour être précis au Pradet..

C’est vrai que j’ai un peu de sang moko dans les veines..

(eh oui.. pépé le Moko c’est parce qu’il était de Toulon.. )

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Donc..
Un matin..alors que le soleil se levait à peine..

nous descendîmes avec mon
père.. sur la plage..

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A l’heure ou le sable est encore gris et humide de la nuit.. nous
descendîmes pour aller à la pêche..
car le matin.. les loups se rapprochent du bord et on fait souvent de
grosses prises..

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A défaut de loups…de beaux sars.. que l’on mange ensuite avec un bon aïoli..

à l’ombre des mûriers arbres..

sur la terrasse en tomettes rouges qui font crisser les feuilles racornies des platanes…..

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Donc, nous étions sur la plage.. avec tout le matériel..les cannes..les palangrottes..

et de grosses roumagnoles au cas où un banc de muges serait venu titiller sur le bord…

Bien sûr.. les moredus et les escavennes dans le journal humide avec un peu de varech..

Ce paquet d’esques, source permanente de conflits car il fallait le garder dans la petite glacière en zinc..

avec le beurre et les produits frais .. sur le pain de glace

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( à l’époque..le soir..on mettait 1 franc dans un seau à la porte du jardin..et le matin.. miracle de la Sainte Baume..

le franc était parti..et il y avait un pain de glace..

C’est sur qu’il fallait se lever et le récupérer avant que les cigales ne se mettent à chanter.. car sinon.. té..

on récupérait un cube pour mettre dans le pastis..)

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Bien sûr ma Mère trouvait que ce n’était pas propre.. cette promiscuité

c’est vrai qu’au bout de quelques jours.. ce sent un peu..mais quoi..

en Bretagne on dit ça sent la marée..

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Donc revenons à la plage..

Au détour du rocher de la plage de Monaco..vers le lieu dit les Pins Penchés..

qu’est-ce qui sort de l’eau façon Ursula Andress…

un homme..poilu comme un singe.. avec un slip si petit qu’on aurait dit
qu’il avait rétréci..

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Mais peuchère galinette.. ce petit bout de tissu .. eh bé.. il était
énorme.. tout gonflé.. une énorme boullasse entre les jambes il avait le nabu..

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N’écoutant que mon empathie ( eh oui, à cet âge j’avais du
vocabulaire)..je me dis..oh le pôvre..il a une maladie des “gesticules”.. et
il vient se baigner le matin pour ne pas gêner les genss..

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Ne pas leur imposer la vue de son infirmité..quelle délicatesse..
ce singe ruisselant sort de l’eau et se dirige vers le bord..

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Moi, j’essaye de ne pas appesantir mon regard sur son entrejambe..mais tout
de même.. une hypertrophie des badigoinces.. un elephant man de la balloche..

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je m’apitoyai sur sa disgrâce.

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Quand soudain.. une espèce de lanière gris brun sort du slip et se met à
s’agiter.. un serpent.. un alien dans l’Eminence..
c’est sûr..j’ai eu un frisson.. le mec farfouille dans le slip et les
poils.. et vaï.. il sort un poulpe.. le prend..le mord entre les deux
yeux.. et le jette dans un cageot posé à coté..

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Sainte mère..

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en fait..il plongeait..pêchait les poulpes et ne sachant où les ranger, les
mettait dans son slip..

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Il se faisait gratouiller le chinois par les céphalopodes..
Je me suis senti floué dans ma commisération.. floué dans mon bon coeur..
voilà galinette..

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Une histoire vraie et véridique.. une histoire de minot..

de quand c’était le temps heureux des promesses simples du lendemain..

Ah le salaud.. m’avoir gâché mes sentiments…

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N’empêche que même aujourd’hui.. si je pêchais le poulpe..

et que je ne sache ou le ranger..

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…ça ou des oursins..

Ah fan de chichourle…

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Publié 8 mai 2011 par Leodamgan dans Prose à Marc

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